CHAPITRE PREMIER
Le mauYais séminariste.
Avant d'énumérer les vices et les défauts auxquels le mauvais séminariste est sujet, nous prions nos jeunes lecteurs de ne pas croire que la réunion de tous ces vices et défauts soit nécessaire pour constituer un mauvais séminariste proprement dit. Il est évident qu'un seul vice, s'il est grave, suffit pour le rendre mauvais, et indigne du sacerdoce.
Entrons maintenant f^ans le détail et considérons les signes caractéristiques de l'infortuné jeune homme qui pose devant nous.
Le mauvais séminariste est ordinairement au séminaire contre son gré : des circonstances tout humaines l'y ont amené. Ses parents, peu favorisés des dons de la fortune, ont fait des sacrifices considérables pour son éducation, et cent fois ils lui ont laissé voir que c'était vers le séminaire qu'ils désiraient qu'il se dirigeât.
Sans doute il irait bien contre leur volonté s'il pouvait choisir une autre carrière ; mais il n'en voit presque aucune qu'il puisse aborder. Les unes exigent des grades, et il n'a pas assez de talent pour les obtenir ; les autres demandent beaucoup de travail et d'argent : or le travail lui pèse et l'argent lui manque. Reprendre l'agriculture au sein de sa famille ou quelque métier, c'est ce qui ne se voit guère après sept ou huit années passées
dans les collèges ou les petits séminaires. L'état ecclésiastique lui offre seul un débouché convenable : en l'embrassant, il fait plaisir à ses parents, il s'assure un avenir honorable, et il espère quelque assistance de la part de certaines personnes pieuses qui croiront faire une bonne œuvre en secondant sa vocation. C'est donc vers le sacerdoce qu'il fait voile, mais uniquement par des \Ties humaines, comme nous l'avons dit, et disposé au fond à renoncer au séminaire s'il pouvait prendre avec plus d'avantage un autre parti.
11 se dit, il est vrai, vaguement à lui-même qu'il s'utilisera dans le saint minisière, qu'il confessera, qu'il prêchera comme tant d'autres ; mais c'est une vaine pâture qu'il donne à sa conscience pour l'apaiser : son goût, son attrait, ses inclinations n'ont point ce caractère tranché qui est le trait saillant du séminariste solidement pieux. Il entre au séminaire froidement et par calcul ; il n'y entre point par un motif de zèle et avec un élan de ferveur.
Sa vie du monde a été pitoyable ; n'ayant jamais eu un vrai fonds de vertu, plusieurs vices ont pris possession de sonàme ; l'impureté surtout y a fait des ravages. Sujet à des habitudes invétérées, il n'a presque rien fait pour les combattre, et l'on chercherait en vain dans son passé cette transition subite et complète qui caractérise une conversion proprement dite.
Des chutes graves et fréquentes ont précédé immédiatement son entrée au séminaire, et jamais il n'a eu pour ses péchés ce vif sentiment d'horreur qu'éprouve toujours celui qui revient sincèrement à Dieu.
Quelquefois il a donné des scandales, et ceux qui en ont été les témoins n'ont pas vu qu'il les ait réparés d'une manière éclatante par une vie sainte.
Dans le séminaire, si l'hypocrisie ne voile pas ses vices, ce qui a souvent lieu, il se distingue par une conduite qui afflige ses supérieurs et scandalise ses condiFciples.
L'insubordination est son élément ; le règlement lui est à charge et il ne se fait aucun scrupule de l'enfreindre habituellement, et même quelquefois assez grièvement.
S'il ne se porte pas à cet égard aux derniers excès, c'est bien moins parce qu'il respecte la règle comme l'expression de la volonté de Dieu, que parce qu'il redoute une expulsion qui lui interdirait la seule carrière à laquelle il puisse prétendre.
L'étude est pour lui sans attrait ; la paresse est un de ses vices dominants ; il travaille tout juste autant qu'il le faut pour arracher à ses examinateurs une sentence d'admission. En sondant ses dispositions intimes, il pourrait prévoir à coup sur qu'une fois sorti du séminaire, il rompra définitivement avec l'étude et les livres.
Les séminaristes les moins édifiants sont ses amis de prédilection ; c'est dans leur compagnie qu'il aime à passer, malgré les défenses de ses supérieurs, les heures de récréation et le temps des promenades. Avec eux il est à l'aise ; il s'ouvre, il s'épanche dans des conversations toujours frivoles, quelquefois peu édifiantes et souvent même dangereuses.
La piété lui est étrangère : présent de corps aux exercices communs parce que la nécessité l'y obhge,
son cœur s'égare clans une multitude de futilités dont il aime à se repaitre.
Ses communions sont froides comme tous ses exercices, et c'est lui qu'on voit le moins souvent à la table sainte, dont il s'approche avec des dispositions plus qu'équivoques.
De temps en temps, des passions mal éteintes annoncent leur présence par de violents assauts, et des chutes humiliantes en sont le résultat. Les vacances surtout sont l'occasion de ces assauts et de ces chutes.
Il se relève lâchement, il combat mollement, il se coiifesse froidement, cl (oui annonce qu'une nouvelle attaque sera le signal d'une nouvelle défaite.
Mais c'est surtout en ce qui touche la vocation que le mauvais séminariste se distingue des bons. Ceux-ci ne se croient jamais appelés ; ils tremblent sans avoir aucun sujet de trembler, et leurs confesseurs se donnent des peines incroyables pour leur inspirer confiance et courage ; quelquefois même toutes les ressources de leur zèle sont vaines, et ceux de leurs pénitents sur la vocation desquels ils n'ont pas la moindre inquiétude, renoncent au sacerdoce par un excès de frayeur. Mais notre jeune téméraire est dans des dispositions toutes différentes. Rien ne le trouble, rien ne l'alarme ; il s'engage dans les ordres sacrés avec un calme parfait, et il est si aveugle qu'il ne lui vient pas même en pensée de douter s'il y est appelé.
Il s'abstient, en fait de vocation, de chercher dans des auteurs graves la lumière qu'il redoute ; il supporte avec peine les instructions qui se font sur
cette matière, et autant il est mécontent de les entendre, autant il est prompt à les oublier.
Il ne consulte pas même son confesseur à cet égard, et croit que tout est bien quand il a déclaré ses péchés de la semaine. Il ne peut se résoudre à faire connaître sa vie passée, et emploie divers subterfuges pour se soustraire à une confession générale, toujours recommandée et souvent absolument nécessaire.
Si son confesseur prend l'initiative et lui manifeste des craintes sur sa vocation ; au lieu de faire comme le bon séminariste qui, dans ce cas, renonce à l'état ecclésiastique ou ajourne du moins la réception des saints ordres, il désoie et embarrasse son confesseur par son entêtement à soutenir que sa vocation est bonne et légitime ; il laisse même voir que son parti est pris et que rien ne le fera reculer.
S'il ne peut ol)tenir de son confesseur une décision favorable, il le traite de petit esprit ou de casuiste trop sévère, et va frapper à une autre porte avec l'espoir de trouver un directeur plus accommodant.
Pauvre jeune liomme ! S'il était sincère et s'il cherchait la lumière de bonne foi , il verrait immédiatement qu'il n'a pas peut-être une seule des marques généralement assignées pour une bonne vocation.
Ainsi, par exemple, l'innocence conservée depuis le baptême, il est certain qu'il ne la possède point et qu'il l'a perdue mJlle fois par des péchés peut-être énormes.
L'innoceni'c rt'paréc par une longue et sérieuse pénitence, peut-il dire quelle est en lui ? Cette
convei'sioii douteuse après de grands crimes ; ces rechutes fréquentes très-peu de temps avant son entrée au séminaire et peut-être même depuis qu'il y séjourne ; ce peu d'horreur pour des désordres qui feraient plutôt choisir aux saints des maisons de repentir qu'un séminaire ; cette absence complète de pénitence et d'expiation proportionnée au nombre et à la gravité des péchés commis : en vérité, est-ce là une innocence réparée comme l'Église l'ordonne ?
^K pu7'eté d'hitention peut-elle du moins le rassurer ? Il aime à se le persuader ; mais au fond de son àme, sil veut y pénétrer, il doit voir que les grands ressorts qui le font agir ne sont point un tendre amour pour Notre Seigneur Jésus-Christ, \\i\ zèle ardent pour procurer sa gloire, la sainte passion du salut des âmes et un dévouement complet au service de l'Église, mais des motifs terrestres et tout humains qu'il n'oserait révéler même à ses amis, et qui sont bien plus de nature à lui attirer les châtiments de Lieu que ses grâces et ses faveurs.
La grande aptitude pour les fonctiom ecclésiastiques est encore un point qui devrait l'inquiéter ; car cette aptitude est extérieure ou intérieure : en supposant qu'il ait la première, c'est-à-dire la bonne grâce, la bienséance, la modestie et les autres dispositions naturelles, qui souvent lui font défaut, a-t-il l'aptitude intérieure si essentiellement requise, savoir : la sainteté, le courage, l'abnégation, la prudence et les autres qualités que les saints exigent ?
Quant kr esprit ecclésiastique, comment pourrait-il
croire qu'il le possède, si sa conduite est telle que nous venons de la dépeindre? x\'est-il pas évident que c'est lesprit du monde et non l'esprit de Jésus-Christ qui l'anime ?
• Enfin le choix de révêque ou des supérieurs qui le remplacent peut-il au moins lui procurer quelque ombre de confiance ? Oui, s'il n'a rien négligé pour mettre son évêque ou ses suppléants en état de faire un choix éclairé et judicieux. Mais s'il a usé de déguisement, d'artifices, de flatteries, de sollicitations importunes ; s'il s'est obstinément refusé à consulter ses supérieurs sur des points délicats et essentiels ; s'il leur a positivement caché certains détails dont la connaissance leur était nécessaire pour bien juger de sa vocation ; sur quoi s'appuie-t-il pour croire que parce qu'il figure sur la liste de ceux que l' évêque fait appeler aux saints ordres, il peut légitimement et consciencieusement répondre à cet appel ?
Tels sont les traits principaux qui signalent le mauvais séminariste. Nous pourrions en produire bien d'autres ; mais ceux-ci suffiront pour mettre sur la voie les infortunés jeunes gens auxquels ils conviennent. Voyons maintenant l'effroyable avenir qu'ils se préparent.
Le plus horrible spectacle que la terre puisse offrir, est incontestablement un mauvais prêtre. Dieu jette sur lui des regards de colère, l'Église le vomit de son sein, les hommes le méprisent, et lui-même, quand un éclair de réflexion brille à ses yeux, reconnaît lindignité de sa conduite et s'abandonne quelquefois au désespoir. Mais le comble du II. 1.
mal, c'est que jamais il ne se damne seul : qui pourrait dire, pendant les quarante ou cinquante années de son ministère de mort, les âmes qu'il plonge en enfer en s'y plongeant lui-même ?
Cet état vous fait frémir, jeune et pauvre ami ; tant mieux, ah ! mille fois tant mieux : puisse-t-il vous faire trembler jusqu'à la moelle des os ! Ce frissonnement sera pour vous une précieuse garantie contre le plus grand des malheurs.
Mais, pensez-y bien, cet état sera le vôtre si vous êtes un mauvais séminariste, et si vous entrez dans le sacerdoce par une autre porte que celle d'une bonne et légitime vocation. Jésus-Christ vous le déclare : avant même d'être prêtre et par le fait seul de votre intrusion dans les saints ordres, vous serez à ses yeux un usurpateur téméraire, disons le mot, un voleur : Qui non intrat per ostium, sed ascendit aliundè, ille fur est et latro.
Voyons comment les choses se passeront.
La chute d'un prêtre dans le péché mortel est la victoire que le démon ambitionne plus que tout autre. Pour la remporter, cette victoire, il n'est pas de moyens qu'il n'emploie, d'efforts qu'il ne fasse, de ruses qu'il ne mette en jeu. Pendant des mois ri des années entières il revient incessamment à la charge et n'abandonne janiais l'espoir du succès. Avouons-le, les plus pieux séminaristes, devenus des prêtres fervents et réguliers, sont quelquefois victi^nes de ces terribles assauts. Le plus grand nombre triomphe, il est vrai ; mais quelques-uns succombent : leur défaite coûte cher à l'enfer, mais elle n'est pas sans exemple.
Que sera-ce donc de vous, jeune homme que rien
n'affermit, que rien ne protège, et qui vous lancez dans le sacerdoce comme un soldat sans armes sur un champ de bataille hérissé d'ennemis î
Ce qui soutient le bon prêtre, ce sont les grâces de l'ordination qu'une vocation sainte lui a procurées : aurez-vous ces grâces pour appui, vous qui, contre Tordre de Dieu, aurez escaladé le sanctuaire comme un voleur : Ille fur est et latro ?
. Ce qui soutient le bon prêtre, c'est l'horreur du péché et la détermination où il a toujours été depuis son entrée au séminaire de mourir plutôt que de le commettre : aurez-vous cette horreur étant prêtre si vous ne l'aviez nullement étant séminariste ? Vous le croyez peut-être, mais en vérité, nous vous le déclarons, l'espoir qui vous séduit est une illusion qui vous aveugle.
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est une vigilance craintive et assidue : veillerez-vous de la sorte, vous que la dissipation étourdit, que l'amour du plaisir entraine et qui ne croyez jamais au danger? Ce qui soutient le bon prêtre, c'est la fuite des occasions même les moins dangereuses en apparence : fuirez-vous comme lui ces occasions, vous qui les recherchez pendant les vacances, quoique vous en ayez été cent fois la victime, et que votre confesseur, d'accord avec votre conscience, vous prescrive rigoureusement de les éviter ?
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est l'éloignement du monde, des jeux, des courses et des festins bruyants : l'imiterez-vous sur ce point, vous que le séminaire fatigue, qui soupirez après une vie commode, et qui n'avez d'attrait que pour ce qui flatte votre chair sensuelle et immortifiée ?
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est la fréquentation des fervents confrères qui réchauffent de leur feu et qu'il prend pour modèles : fréquenterez-vous de tels prêtres, vous qui fuyez la compagnie des pieux séminaristes et qui ne vous plaisez qu'avec les moins édifiants et les plus relâchés ?
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est l'esprit d'ordre et l'amour de la règle : aurez-vous ces heureuses dispositions, vous pour qui le règlement du séminaire est un joug accablant et qui le violez en toute rencontre sans le moindre scrupule ?
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est l'amour des âmes et le zèle dont il pratique les œuvres pour procurer leur salut : aurez-vous ce zèle ardent pour le salut de l'àme de vos frères, ^ ous qui n'en avez pas pour sauver la votre, et qui cherchez en vain dans votre cœur froid les saintes ardeurs de la charité ?
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est l'amour de l'étude et de la retraite : aurez-vous cet amour, vous qui détestez la solitude, qui ne savez que faire dans votre cellule et qui bâillez en ouvrant un livre ?
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est la haute idée qu il a eue dès le principe et qu'il fortifie tous les jours encore, de l'éminence de sa dignité et de la sublimité de ses fonctions : aurez-vous sans cesse présente à l'esprit cette idée salutaire, vous qui n'avez jamais eu l'intelligence du sacerdoce, que les instructions des retraites du séminaire laissent froid et insensible, qui considérez l'état ecclésiastique comme une carrière ordinaire, et qui vous faites prêtre comme les jeunes gens du monde se font médecins ou avocats ?
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Ce qui soutient le bon prêtre, c'est la réception des sacrements et le soin qu'il prend de s'en approcher toujours avec les dispositions qui en assurent les fruits : les recevrez-vous de cette manière, vous qui les traitez avec tant d'indifférence au séminaire et qui n'en tirez aucun fruit pour votre avancement spirituel ?
Ce qui soutient le bon prêtre, c'est le zèle pour la prière et les exercices de piété, qu'il considère comme sa principale sauvegarde et dont il s'acquitte avec une inviolable fidélité : imiterez-vous ce fervent confrère, vous que l'idée de piété rebute, qui trouvez toujours l'oraison trop longue, qui ne priez que des lèvres et qui affligez vos supérieurs par votre froide insensibilité pour les choses de Dieu ?
Ce qui soutient le bon prêtre enfin, c'est la retraite annuelle, ce puissant levier qui le relève de ses langueurs : aimerez- vous comme lui cette précieuse retraite et en tirerez-vous des fruits abon- .dants, vous qui faites celles du séminaire sans aucun profit pour votre âme, et qui les trouvez fatigantes parce qu'elles vous obligent de rentrer dans votre intérieur où vous ne trouvez que désordre et que confusion ?
Or si, comme nous l'avons déjà dit, le saint prêtre, malgré tous les moyens de sanctification qu'il emploie, finit par se relâcher et fait oncore quelquefois de tristes naufrages, comment pourrez-vous les éviter, vous qui n'aurez rien de ce qui fait sa force, et que le démon poursuivra avec d'autant plus de fureur qu'il verra chez vous plus de faiblesse et de lâcheté ?
Croyez-nous, jeune ami, c'est l'expérience qui s'énonce par notre organe : oui, si vous êtes un mauvais séminariste, vous serez un mauvais prêtre. Combien, grand Dieu, qui, mille fois mieux affermis que vous ne Tètes, ont déshonoré le sacerdoce, désolé rÉglise, scandalisé les peuples et perdu leur àme par des chutes honteuses I « J'ai » vu tomber des cèdres, dit saint Augustin, j'ai vu » tomber des hommes sur la vertu desquels je » comptais autant que sur celle des Jérôme et des >' Ambroise ! »
Oui. jeune homme, oui encore une fois, vous tomberez ; vous vous relèverez pour tomber encore, puis vous ne vous relèverez plus et vous serez un mauvais prêtre. La première attaque vous ébranlera, la seconde vous inclinera, la troisième vous abattra , vous précipitera dans l'abîme , et l'œuvre infernale sera consommée, et votre ruine sera complète : plus de prière, plus d'oraison, plus de lecture spirituelle ni d'exercices de piété quelconques : absence totale de travail, de règle, de vigilance et de tous les moyens de salut employés par les saints : vie lâche et désœuvrée, imprudentes démarches, fréquentations suspectes, liaisons criminelles, conduite extérieure pour le moins équivoque, ministère en friche, précautions peutêtre encore pour sauver les apparences, mais tôt ou tard, scandale, suspense et tout le hideux cortège de l'infamie du mauvais prêtre : voilà ce qui vous attend, jeune et tendre ami, si vous ne recourez pas aux moyens qui vont vous être proposés pour vous préserver de ce déluge de maux.
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— Le mauvais séminariste étant comme le germe d'où sort le mauvais prêtre., il faut donc de toute nécessité cpe vous changiez la nature de ce germe si vous voulez avoir quelque assurance fondée pour l'avenir. En d'autres termes, il faut que votre conduite subisse une réforme totale et que vous vous disiez à vous-même avec énergie : C'en est fait, je m'arrache à ma langueur et, avec la grâce de Dieu, je veux désormais marcher de front dans les voies de la piété avec les séminaristes les plus édifiants.
— Pour faire naître en vous ce généreux sentiment et surtout pour le réduire à l'acte, insistez fortement sur la méditation sérieuse des réflexions suivantes : Rien de plus épouvantable que l'état d'un mauvais prêtre : sa vie est l'abomination de la désolation dans le lieu saint ; sa mort est affreuse et très-souvent subite ; son enfer se distingue de l'enfer des séculiers par un surcroit d'ignominie et par des supplices beaucoup plus effroyables. Quoi donc I veux-je être un mauvais prêtre ? Non, certes : plutôt mille fois mourir, o mon Dieu, que de le devenir jamais !
— Cependant des hommes graves, désintéressés, éclairés par une longue expérience, m'assurent positivement que la vie du séminariste est l'image anticipée de la vie sacerdotale ; que le séminariste fervent lui-même se relâche souvent quand il est prêtre, mais que jamais le mauvais séminariste ne devient un bon prêtre, qu'il se familiarise an contraire avec ses fonctions les plus saintes, qu'il ne va pas loin sans faire des chutes honteuses qui se tournent bientôt en habitudes, et que ces habi-
tudes une fois formées sont indestructibles. Que je serais aveugle si ces effrayantes vérités ne faisaient pas luire à mes yeux un seul rayon de lumière ! Seigneur, faites que je les voie comme vous les voyez : Domine, ut mdeam.
— Puisque je devrais encore trembler si j'étais rélève le plus pieux du séminaire, que dois-je penser de mon état en voyant — car j'en ai la conviction — que je suis le plus lâche, le plus froid, le plus pauvre en vertu de tous mes condisciples ? Si je ne tremble pas à cette vue, n'est-il pas évident que je suis déjà frappé d'aveuglement spirituel et endurci dans le mal, ce qui est, m'at-on dit, le caractère distinctif du mauvais prêtre ?
Quo faire donc ? Persévérer dans ma voie d'indolence et de péché ? c'est m'acheminer vers l'enfer. Me persuader que le sacerdoce me fera rentrer en moi-même et me rendra meilleur? c'est donner un démenti formel à l'expérience. Croire que je m'arrêterai sur le bord de l'abîme et que je me préserverai de ces catastrophes qui font du prêtre un Judas et un démon? c'est une confiance présomptueuse qui a fait des milliers de victimes. Espérer, du moins, que je me relèverai courageusement après une première chute et que l'horreur qu'elle m'inspirera m'en fera éviter une seconde? c'est une illusion que l'enfer seul entretient en moi pour me conduire plus sûrement au gouffre qu'il me creuse. Me rassurer en pensant que la vie que je mène au séminaire n'est pas, après tout, une vie positivement criminelle ? c'est oublier qu'elle doit être sainte et que, toute sainte qu'elle puisse être, elle n'est pas encore une quantité ccr-
laine. Non, Je le vois, toutes ces combinaisons qu'invente ma lâcheté sont des ruses de mon ennemi et des pièges qu'il tend à mon inexpérience et à ma faiblesse. Je n'ai qu'une ressource et je veux en profiter : vivre saintement , m'adonner à la piété, passer du noir au blanc sur tous les points où je suis Topposé de ce que je dois être : voilà la seule planche qui me reste pour éviter le naufrage: planche de salut, c'est à toi que je me confie : Dcus, in adjiitorium meum intende.
— Je vais donc d'abord examiner à fond la grande affaire de ma vocation ; je ne l'ai jamais fait, cet examen sérieux, et il est grand temps que je m'en occupe. J'ai eu jusqu'ici un parti pris, celui d'être prêtre ; je me suis dit : Yoilà ce que je veux être, voilà ce que je serai. Or, je le vois maintenant, en cette grave matière, ce n'est pas à moi de prendre un parti, c'est à mon confesseur à m'indiquer celui que je dois choisir. Ces réflexions : Que vais-je devenir ? que va dire le monde? que vont dire mes parents ? tout cela n'est rien quand je le mets en regard du malheur d'entrer dans le sacerdoce sans vocation. S'il faut quitter le séminaire, je le quitterai sans balancer: je le quitterai non-seulement si mon confesseur me l'ordonne, mais encore si, après l'avoir parfaitement éclairé, je le vois incertain sur ma vocation; car je veux à cet égard une sentence formelle et non une décision craintive et embarrassée, aimant mille fois mieux être un bon chrétien ordinaire dans le monde, que de m'exposer à être un mauvais prêtre dans l'Église.
— Je veux donc me faire bien connaître. Au
lieu de laisser mon passé dans rombre^, je vais dire à mon confesseur : « Mon père , j'ai mené » dans le monde une vie déplorable qu'il est peut- » être nécessaire de vous manifester. Le voulez- » vous ? je suis prêt : dites un mot et mon cœur » va s'ouvrir pour vous révéler ses misères : Para- » tum cor meum. » Je vais même insister pour lui faire cette révélation, surtout si je vois en lui la moindre hésitation sur ce point.
— Cela ne suffit pas encore : sans ménagement aucun, sans le plus petit déguisement, je vais lui avouer les motifs qui m'ont amené au séminaire et qui m'y font rester, le peu de goût que je sens, au fond, pour létat ecclésiastique, rempressement avec lequel j'en choisirais un autre si j'en avais les moyens, le fonds de péché et de passion que je sens en moi sans en être troublé , le goût du monde et des plaisirs qu'il procure, le peu d'attrait que j'éprouve pour la retraite, la piété et l'étude : je vais tout lui dire et répondre ingénument à toutes ses questions. Si je sens quelque répugnance à faire connaître ceci oh cela, je vais me dire aussitôt : « Raison de plus pour que je le déclare ; » et afm de m'encourager à faire cette déclaration, je vais me réprimander moi-même en disant : « Yil « imposteur ! veux-tu donc être un mauvais prêtre? » veux-tu faire violence à Dieu même ? veux-tu » provoquer sa colère ? veux-tu tomber en enfer » avec une multitude d'âmes qui seront éternelle- » ment réprouvées, et qui eussent été sauvées si » tu n'avais jamais été prêtre? Oui donc, encore » une fois, o mon Dieu, je vais tout dire et c'esl » vous-même qui allez ouvrir mes lèvres. »
— Tout cela est fort bien, jeune ami, et vous devez bénir Dieu qu'il vous inspire de tels sentiments; mais prenez garde, votre réforme doit être plus radicale encore. Tous n'avez pas assez d'horreur pour le péché ; vous vous croyez presque u!i saint en voyant que vous offensez Dieu beaucoup moins qu'au passé, et vous vivez tranquille quand vous devriez pleurer et gémir sur vos anciennes misères. Allez à la source des lumières, étudiez au pied de votre crucifix la théorie du péché ; méditez sur sa nature, sur l'injure qu'il fait à Dieu, sur les ravages qu'il opère dans l'âme où il réside, sur les châtiments éternels qui en sont les suites. Nourrissez-vous de ces vérités dans vos oraisons, dans vos visites au saint sacrement et dans tous vos exercices de piété ; demandez à Dieu qu'il vous fasse voir le péché du même œil que le voient les saints, et renouvelez cette demande jusqu'à ce que vous sentiez que la pensée de le commettre vous fait frémir et vous révolte. Vous n'avez peut-être jamais considéré le péché de la sorte, et voilà pourquoi vous avez été et vous êtes encore si misérable.
, — Joignez à cette méditation celle de la sublimité du sacerdoce. Nous vous l'avons dit, vous n'en avez pas l'intelligence ; vous n'êtes point frappé, saisi, terrifié à la vue de cet emploi tout divin ; vous le confondez presque avec les professions séculières au-dessus desquelles il s'élève autant que le ciel s'élève au-dessus de la terre ; vous n'avez aucune idée vraie de la sainteté qu'il exige de ceux qui y aspirent et de la frayeur dont les anges eux-mêmes sont pénétrés quand ils voient
un prêtre à l'autel tenant entre ses mains le Dieu qu'ils adorent. C'est tout cela qu'il faut comprendre et graver en traits de feu dans le fond de votre âme, si vous voulez sincèrem.ent devenir un saint prêtre. Quel changement s'opérera subitement en vous si vous remplacez par ces saintes réflexions les futilités qui vous absorbent !
— Embrassez la piété comme votre ancre de salut. Pas de bonne vocation sans elle : tous ceux qui la possèdent ne sont pas choisis de Dieu pour le sacerdoce ; mais ceux à qui elle fait défaut, à coup sur n'y sont pas appelés, ou bien ils manquent à leur vocation. Ne vous croyez pas pieux parce que vous assistez de corps aux exercices communs du séminaire ; mais voyez si vous aimez les œuvres de la piété, si vous vous y livrez avec joie, si vous êtes heureux à l'oraison, au piôd de l'autel, après la communion ou quelque pieuse lecture; voyez si vous préférez les entretiens fervents avec un bon séminariste aux conversations frivoles d'un condisciple qui vous ressemble ; voyez si vous rapportez toutes vos actions à Dieu, si vous les faites pour lui plaire et si vous aimez à vous entretenir en sa sainte présence. Que de cliQses à acquérir si vous voulez arriver à la sainteté qui vous est prescrite ! Mais, du courage ; ne tremblez pas. Dieu en fera plus que vous, si vous réclamez son assistance.
— Rompez avec les compagnies qui augmentent chaque jour votre froideur pour Dieu et pour son service. Fuyez ceux que vous fréquentez, et fréquentez ceux que vous fuyez : Qui se ressemble s assemble, dit le proverbe, et vous en avez la
preuve en vous-même ; si vous vous adonnez à la piété, vous ferez tout naturellement votre société des séminaristes les plus fervents.
— Édifiez tout le séminaire par un changement complet. Vous Tavez scandalisé par votre légèreté, votre orgueil et votre insubordination ; faites-lui voir un revirement si parfait dans toute votre conduite, qu'il dise de vous avec admiration : Ce n'est plus le même ; quelle métamorphose ! quelle fervente piété après une vie si lâche ! Sic liiceat lux vcstra coram Jtominibus, ut videant opéra vestra bona, et glorificcnt Patrem vestnmij qui in cœlis est.
— Attaquez vigoureusement vos défauts et n'en épargnez aucun. Chacun d'eux est un reste de vos anciennes passions, et, ces passions, la plus petite racine peut les faire revivre. Rien ne doit être négligé quand on a la crainte de Dieu et qu'on veut gagner son amour : Qui tirnet Deum, nihil negligit.
— Combattez surtout l'oisiveté. En général, le mauvais séminariste n'est pas studieux. Les études saintes du séminaire ne cadrent pas avec ses habitudes d'inutilités et de désordre. La paresse l'engourdit en attendant qu'elle le corrompe. La piété et l'étude, voilà les deux ailes du séminariste : si Tune ou l'autre, ou toutes les deux lui manquent, il ne vole plus dans les hautes régions comme Toiseau, il se traîne dans la fange comme le reptile : Aina scientiam Scripturarum, dit saint Jérôme, et vitia Garnis non amabis.
— Veillez pendant vos vacances ; c'est le temps de l'épreuve et du noviciat plus peut-être que le séminaire. La manière dont elles se passent an-
nonce la conduite qu'on tiendra quand on sera prêtre. Le séminariste qui, durant les vacances, s'amuse sans cesse, n'étudie point, prie peu et mal, court de tous côtés, recherche les compagnies, se plait dans les festins et n'évite pas les occasions dangereuses, fera tout cela, et plus que cela encore, quand il sera prêtre. En quittant le séminaire, il commencera de longues vacances qui ne finiront qu'avec sa vie, et pendant lesquelles on peut prévoir qu'il se perdra, si celles du temps de ses études cléricales n'ont pas été saintement employées. C'est précisément Tinverse de la conduite du pieux séminariste ; comme il édifie tout le monde pendant ses vacances, on peut prédire qu'il continuera de l'édifier quand il sera prêtre. — En suivant ces règles, jeune et tendre ami, vous serez inondé des grâces et des bénédictions célestes. Aujourd'hui Dieu ne vous dit rien ; vous lui fermez la bouche, si j'ose ainsi parler, par une conduite qui l'offense; il vous laisse agir humainement dans l'affaire toute divine que vous traitez ; aussi vous conduisez-vous en aveugle. Mais si vous faites de ce qui vient de vous être dit, aussitôt la scène changera ; Dieu rompra le silence ; il vous parlera, parce que vous mériterez de l'entendre, et alors de deux choses l'une : ou il vous appelle au sacerdoce, et en vous le faisant savoir, il vous accordera la grâce de devenir un saint prêtre ; ou il ne vous y appelle pas, et en vous manifestant sa volonté par l'organe de vos supérieurs, il vous donnera le courage de quitter le séminaire malgré tous les obstacles, et de rentrer dans le monde où sa providence vous réserve un emploi. Puissiez-
vous écouter sa voix et ]a suivre avec docilité ! Amen.