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CHAPITRE IX

Le séminariste peu affermi dans la pratique de la sainte vertu.

L'impureté ! voilà le vice que le séminariste doit abhorrer ; voilà le vice qui fait plus que tout autre les mauvais prêtres et qui les rend l'opprobre de l'Église et la ruine des peuples.

La chasteté ! voilà au contraire la vertu dont le séminariste doit décorer et embaumer son âme ; voilà la vertu qui fait les saints prêtres et qui les rend la gloire de l'Église et l'édification des fidèles : 0 qnàm pulchra est casta generatio cum claritate !

Il est inouï que le vice impur se déclare pour la première fois au séminaire. C'est toujours dans le monde qu'il a pris naissance et qu'il a exercé ses ravages.

Le séminariste à qui nous parlons en ce moment, a donc subi la funeste influence de ce vice avant d'entrer au séminaire. Souvent sa jeunesse, son enfance même en fut souillée. Des amis corrompus le corrompirent lui-même, et Dieu veuille qu'il n'ait pas été corrupteur à son tour!

Quand il se fut adonné au vice impur, ou il bien cessa de fréquenter les sacrements, ou bien il les reçut de temps en temps dans des dispositions trèséquivoques, ne sortant d'un abîme que pour tomber dans un autre, et désolant ses confesseurs par

la ténacité de ses habitudes et la fréquence de ses rechutes.

Tant qullne se préoccupa point des gravespensées d'une vocation, il satisfit étourdiment ses passions fougueuses et s'ensevelit dans leur boue infecte.

Mais la fin de ses études approchant, et se voyant pressé par ses parents de prendre un parti, il s'interrogea pour savoir ce qu'il devait conclure.

Son attrait pour l'état ecclésiastique n'était pas très-vif ; mais comme, pour diverses raisons, toutes les autres carrières lui étaient fermées, il se dit à lui-même : J'irai au séminaire.

Cette détermination prise, il pensa qu'il fallait changer de conduite. Dans ce but, il fit des efforts ; mais sa conversion ne fut point une conversion d'éclat ; il tombait moins souvent, mais il tombait encore, et ne s'arrachait au péché que lâchement et comme par contrainte.

Le petit séminaire lui ouvrit ses portes : en voyant dans ce saint asile un grand nombre d'élèves édifiants qui se disposaient pieusement à entrer dans la carrière ecclésiastique , il sentit quelque désir de les imiter ; mais sa lâcheté persévérant toujours, il fit de nouvelles chutes, et se voyant encore assez loin du moment où il aborderait le grand séminaire, il ajourna chaque jour sa conversion définitive. Qui sait même, grand Dieu, si jusque dans le petit séminaire il ne trouva pas des complices de ses désordres !

Ses vacances furent pitoyables, et pendant celles qui précédèrent immédiatement son entrée au grand séminaire, il prouva par de nouveaux actes qu'il n'était pas encore sincèrement converti.

C'est en cet état, bien peu rassurant, qu'il s'implanta dans la pépinière du sacerdoce, et c'est dans ce saint lieu que nous allons étudier sa conduite actuelle.

Nous ne supposerons jamais que le séminariste commette des fautes contre la sainte vertu dans le séminaire même. Malheur à lui s'il en était ainsi ! Mais non, nous voulons croire qu'il n'y en commet point ; il s'observe, il s'enchaîne, et cette suspension d'actes mauvais lui fait croire que c'en est fait de ses passions et qu'il en est délivré pour toujours. Cependant il porte dans son cœur affaibli un vieux ferment recouvert plutôt que détruit, qui pourra bien produire plus tard ses déplorables efTets. Voici les dispositions actuelles d'un tel séminariste.

L'aiguillon de la chair se fait sentir par des tentations fréquentes et quelquefois très-vives, et, ces tentations, il les combat avec mollesse et avec lâcheté.

Au lieu de puiser dans le souvenir du passé des sentiments d'humilité et de confusion, son imagination s'y reporte avec une demi-complaisance, et il se surprend assez souvent dans la contemplation de tableaux plus ou moins dangereux qui lui rappellent ses anciennes misères.

Sa chair n'est pas entièrement soumise ; elle aime beaucoup tout ce qui la flatte, et elle est excitée par une multitude d'objets qui passent inaperçus devant les yeux du jeune homme vraiment chaste.

Ses sens sont avides d'émotions mauvaises ; il leur refuse sans doute plusieurs satisfactions qu'ils réclament ; mais il doit voir que ce sont des eune- II. 14.

mis enchaînés qui espèrent se débarrasser plus tard de leurs pénibles entraves.

Ses yeux surtout sont loin d'être inactifs : ils veulent voir et ils voient en effet certaines personnes dont la rencontre réveille les passions. Quelquefois son regard est direct et arrêté ; d'autres fois il est furtif et en quelque sorte hypocrite ; il semble qu'il ne veut pas voir, il baisse les yeux, on le croit parfaitement modeste, et cependant rien ne lui échappe. Le mauvais fond est toujours là.

La sympathie de sexe est loin d'être éteinte dans son cœur ; à chaque instant elle annonce sa présence, et, pour éclater, on dirait qu'elle n'attend que des occasions.

En les attendant, ces occasions, la nature se satisfait quelquefois par des amitiés particulières dans le séminaire. Il lui faut des attaches à cette nature sensuelle, et, faute de mieux, elle se contente des seules qu'elle puisse actuellement former. Rassuré par la similitude du sexe, notre jeune homme est tranquille. 11 aime cependant, et quelquefois même il aime beaucoup trop certain condisciple qui lui rend la pareille : sentiments tendres, regards affectueux, cadeaux mutuels, serrements de main expressifs, désirs de se rencontrer quand on est séparé, entretiens expansifs quand on est seul à seul, échange de lettres qu'on ne voudrait montrer à personne : autant de traits qui caractérisent l'affection équivoque au courant de laquelle on se laisse entraîner. Sans doute tout cela vient s'abriter sous le voile d'une amitié légitime; mais, hélas ! sans qu'on s'en rende bien compte, dans cette amitié la passion joue quelquefois son rôle

et laisse entrevoir de grandes faiblesses dans Tavenir.

Le séminariste peu affermi dans la sainte vertu n'a point pour son corps cette retenue, ce respect même qu'ont pour le leur les jeunes gens éminemment chastes. Il se permet en ce point certaines libertés, soit par regards, soit par actions qui ne sont point à proprement parler des péchés, mais qui ne sont pas non plus l'indice d'une chasteté craintive et délicate.

Et que dirons-nous des vacances d'un séminariste de cette trempe? N'est-ce pas alors que les tentations redoublent, que les occasions sont recherchées, qu'on se permet la lecture de certains livres qui ne sont pas tout à fait des romans, de certains feuilletons qui ne sont pas tout à fait obscènes, lectures pendant lesquelles le cœur s'amollit, et après lesquelles la conscience murmure ? N'est-ce pas alors aussi qu'on fait des visites imprudentes, qu'on renoue des amitiés dangereuses, et que dans toutes les sociétés où l'on se trouve, on se sent irrésistiblement entraîné vers les jeunes personnes plutôt que vers les personnes âgées ? N'est-ce pas alors enfm que de nouvelles chutes annoncent l'ancienne faiblesse, et jettent dans le plus pénible embarras le confesseur du séminaire chargé de se prononcer sur une vocation si douteuse ?

Pour comble de malheur, ce jeune séminariste manque de piété. Voilà peut-être le trait qui le distingue de la manière la plus invariable. 11 ne le pense pas sans doute, et plusieurs, au premier abord, auront peine à se le persuader : nous croyons cependant qu'il en est ainsi. Quelques-uns des

traits ci-dessus énoncés peuvent ne pas se rencontrer chez le séminariste peu ctiaste ; mais le manque depiété s^observe toujours. Le démon peut, pour l'aveugler, lui épargner les tentations, les révoltes charnelles, les chutes ou les demi-chutes et autres choses semblables. D'un autre côté, voyant une différence notable entre sa conduite antérieure et sa conduite actuelle, il se forme une assez bonne opinion de sa vertu et se croit même positivement pieux. Cependant, nous le répétons, la piété lui manque. Sans doute il en pratique les actes ; il prie plusieurs fois le jour, il se confesse, il communie, il s'acquitte des exercices spirituels que le règlement du séminaire lui impose ; mais tout cela peut se faire sans avoir au fond de l'àme une piété solide et véritable ; et malheureusement c'est ce qui a lieu chez le séminariste qui n'est pas bien affermi dans la pratique de la sainte vertu.

L'élève pieux et parfaitement chaste est rempli d'estime pour la chasteté ; il frémit à la pensée de tout ce qui peut la ternir ; il fuit avec empressement les occasions qu'elle redoute, et il aimerait mieux mourir que de se permettre un acte impur quelconque. Outre cela, les grandes vérités de la religion sont profondément implantées dans son âme ; la pensée de la mort, du jugement et de l'enfer est sa pensée fixe et habituelle ; la sublimité du sacerdoce lui apparaît avec une majesté qui lui cause un trouble et une frayeur que son directeur est obligé de modérer ; et comme il ne voit que ki piété qui le puisse rassurer, il l'embrasse avec une sainte ardeur et trouve dans sa pratique des consolations ineffables et une force invincible.

Or, c'est tout cela qui fait défaut au séminariste peu chaste : les grandes vérités dont nous venons de parler le laissent à peu près insensible ; ce sont pour lui des traits émoussés qui, ne stimulant point sa piété, le laissent, sous ce rapport, dans un état de froideur et de somnolence qui devrait le faire trembler et qui ne lui donne pas même la pensée de la crainte. C'est pour les directeurs de séminaires un sujet de désolation de voir frémir ceux, de leurs élèves qui devraient être calmes, et de voir parfaitement calmes ceux qui devraient frémir.

Redisons-le donc, non, la piété du séminariste peu chaste n'est point vive, n'est point rassurante : ajoutons même qu'elle ne peut pas l'être : pourquoi? parce que la racine principale qui l'alim^ente ne se trouve point chez lui ou y est excessivement faible. Quelle est cette racine? C'est la mortification, cette vertu qui renferme toutes les autres, et qui réforme l'homme tout entier. Quelle mortification y a-t-il et peut-il y avoir chez le séminariste mou, sensuel, qui flatte sa chair au lieu de la dompter, et lui accorde les satisfactions qu'il devrait lui interdire?

Où en êtes-vous, jeune et tendre ami, sur ce point capital? Ah! si, en lisant ce qui précède, vous dites avec un sourd gémissement : Mon Dieu, mon Dieu, que voilà bien ce que je suis 1 tremblez, tremblez : tremblez à la vue du présent déjà si déplorable ; mais tremblez plus encore à la vue des tempêtes et des naufrages que l'avenir vous réserve.

^Si le séminariste dont nous venons de crayonner

le portrait, a obtenu de son confesseur la permission telle quelle d'être prêtre, voici, selon nous, et, nous pouvons le dire, selon l'expérience, son avenir probable.

Écoutez, jeune ami, et méditez attentivement ce que vous allez lire ; c'est, hélas ! l'histoire de plusieurs de vos devanciers que nous allons raconter.

Quelque froid que vous soyez dans le service de Dieu, Tétonnante transformation qu'opérera en vous le sacerdoce, vous saisira d'abord avec une certaine vivacité. Votre première messe, votre première absolution et les premiers actes de votre ministère feront inévitablement sur vous une impression plus ou moins profonde.

Mais bientôt^ retenez ce mot, bientôt ces sentiments que vous n'entretiendrez point par les actes d'une piété ardente et soutenue, s'affaibliront au point de devenir à peine perceptibles.

Bientôt vous vous familiariserez avec l'autel, avec le saint tribunal, avec les fonctions augustes de votre sacerdoce, et vous serez dans le plus saint des états moins fervent que ne l'est un pieux laïque dans la vie commune.

Les exercices spirituels que vous faisiez forcément au séminaire vous seront à charge ; vous supprimerez les uns, vous abrégerez les autres, et le peu que vous conserverez encore, vous le ferez avec une piété chaque jour décroissante.

Or, ce que vous perdrez d'un côté, la mauvaise nature le gagnera de l'autre : longtemps com-

primée, elle voudra se soustraire à cette compression.

Pour la satisfaire, vous prendrez part à ces festins qui ne fortifient guère la chasteté, et vous deviendrez un hornme de bonne chère, un prêtre sensuel.

Yos sens, que vous n'aurez jamais sévèrement châtiés, vous demanderont chaque jour des satisfactions nouvelles que vous n'aurez pas le courage de leur refuser.

Votre imagination, qui vous livrait déjà dans le séminaire de si rudes combats, se dédommagera de la demi-contrainte que vous lui imposiez et réveillera les passions, si tant est qu'elles sommeillent.

Les tentations excitées chaque jour et par les désordres dont nous venons de parler, et par des occasions de tous les instants, même dans les fonctions les plus saintes, attaqueront votre chasteté déjà si peu solide, et vous conduiront sur le bord de l'abîme en attendant qu'elles vous y précipitent.

Votre société habituelle ne sera point celle d'un saint prêtre qui pourrait vous donner de sages conseils : vous les fuirez, ces conseils, et vous vous lierez avec quelques prêtres qui vous laisseront fort tranquille à cet égard ; prêtres légers, dissipés, sans piété et peut-être prédisposés comme vous aux misères charnelles.

Vos lectures ne seront guère ascétiques. N'osant pas peut-être vous procurer des livres positivement mauvais ni même simplement équivoques au point de vue des mœurs, vous vous dédommagerez de

cette privation par certains feuilletons que vous lirez furtivement, mais avidement, et dont le résultat infaillible sera le dégoût de la piété, le refroidissement du zèle, et un grand relâchement dans toutes les branches du saint ministère.

Vous trouvant sans attrait pour les choses de Dieu, vous vous tournerez vers le monde ; vous aimerez ses sociétés, et l'ennemi de votre salut vous fera choisir celles où votre chasteté sera le plus rudement assaillie.

Votre cœur si faible, si attachant, si peu soutenu du côté de la piété, environné d'objets qui le séduiront, rencontrera quelque cœur aussi faible que lui ; et la moindre étincelle jaillissant d'un de ces cœurs, les embrasera tous les deux du feu de l'abîme.

Alors viendront ces yisites mutuelles si dangereuses, ces assiduités continuelles, ces longs entretiens sans témoins et toutes les misères qu'entraîne après elle une si déplorable conduite.

Bientôt de telles relations seront connues du public; il en fera la matière de ses censures et vous retirera le peu d'estime qu'il vous accordait encore.

Prévoyant de graves et prochains scandales, de pieux laïques ou quelques confrères dévoués viendront vous trouver et vous prieront au nom de la religion et de votre intérêt propre de renoncer à vos fréquentations suspectes. Mais il sera trop tard ; déjà votre cœur sera gagné et peut-être gâté ; vous recevrez mal les conseils du zèle et de l'amitié ; vous braverez les accusations de toute une paroisse ; vous résisterez aux sollicitations les

plus empressées, et vous aimerez mieux sacrifier votre honneur et perdre votre âme, que de rompre les liens dans lesquels vous serez enlacé.

Est-il besoin de dire que l'oisiveté fera de plus en plus vos délices, et que l'idée seule du travail vous inspirera de la répugnance et du dégoût? Écriture sainte, théologie, études sérieuses et méthodiques, tout sera mis de côté. Prédications négligées, catéchismes sans préparation, malades non visités, confessions entendues à la hâte et à contre-cœur , cas de conscience décidés contre toutes les règles et tous les principes, absence complète de zèle, ne vous souciant pas plus du salut de vos frères que du vôtre, confessions personnelles rares, sans contrition, et faites à un prêtre choisi exprès parmi les plus indulgents et les moins pieux : quel désordre ! quel chaos I

Du reste, vous devez bien le penser, plus de paix pour vous alors, plus de joie intérieure, plus de consolation d'aucun côté. Votre conscience perpétuellement agitée, si elle n'est pas encore assoupie, votre froideur dans le service de Dieu, votre horreur pour les pratiques pieuses, votre réputation compromise, votre ministère en friche et frappé de stérilité, vos craintes continuelles à la pensée d'une dénonciation : quel état ! ! ! Repoussé par les bons prêtres, méprisé par les impies, déconsidéré auprès des âmes pieuses, amèrement critiqué par tout le monde : quelle vie! quelle flétrissure pour le sacer doce I quel sujet de deuil pour l'Église !

Et, malheureusement, ce ne sera pas tout en (^ore ; ce ne sera même que le commencement des grandes désolations : Hœc aiitem initia sunt dolo- II. 15

rum. Instruits de votre conduite (car presque toujours ils fmissent par l'être) , vos supérieurs ecclésiastiques vous imposeront l'obligation de la réformer, et vous menaceront de peines sévères si vous continuez vos imprudentes visites. Tout sera inutile : vous prendrez un peu plus de précautions pour cacher vos relations avec l'objet de votre attachement, mais vous le visiterez encore.

Enfin, viendra le jour du grand scandale et bientôt après le jour de votre disgrâce. Si vous n'êtes pas d'abord frappé de suspense, vous serez transplanté dans une autre paroisse ; mais cette transplantation ne réformera point votre cœur. Toujours faible, toujours enclin aux affections mauvaises, vous formerez bientôt de nouvelles liaisons qui vous attireront de nouveaux châtiments, et alors vous serez universellement méprisé, bafoué, dégradé, et, en vous voyant, chacun dira avec un sentiment d'horreur et de dégoût : Maudit soit le prêtre libertin !

Tout cela, sans doute, vous fait trembler, jeune et tendre ami. Pour vaincre l'ennemi furieux qui vous poursuit, saisissez donc les armes que la divine miséricorde vous présente.

— Commencez par bien voir si les traits qui caractérisent le séminariste peu chaste, se retrouvent en vous. Considérez ce que vous avez été et ce que vous êtes actuellement à l'égard de la sainte vertu. L'estimez-vous beaucoup ? Détestez-vous les péchés impurs de votre vie passée ? Éprouvez-

vous pour ces péchés une vive horreur ? vous rendez-vous le témoignage que vous aimeriez mieux mourir que d'en commettre un seul? Pensezvous, en un mot, que votre conversion est sincère, radicale et complète ?

— Si, sur ces divers points, vous n'avez pas lieu d'être pleinement rassuré, faites part de vos craintes à votre confesseur du séminaire. Initiez-le parfaiternent à toutes vos misères passées et présentes. Faites-lui une confession générale trèsexacte et donnez-lui connaissance non-seulement de \ os péchés contre la chasteté, mais encore de vos dispositions actuelles à l'égard de cette vertu.

— Si vous reconnaissez en vous quelque faiblesse sur l'article que nous traitons, combattez avec vigueur. Malheur à vous si vous êtes lâche, mou, sans nerf et sans énergie ! Yoilà ceux que l'esprit impur attaque presque toujours avec succès.

— Évitez tout excès dans le boire et dans le manger, fuyez la bonne chère et les festins, et embrassez la mortification du goût comme votre ancre de salut : Abundantia ciborum, fomenta vitiorum, dit saint Isidore. Ubi saturitas, ibi libido dominatw, dit saint Jérôme.

— Détestez l'oisiveté ; c'est la sentine de tous les vices et l'ennemie jurée de la chasteté. Si vous n'aimez pas le travail et si vous êtes prédisposé tant soit peu au vice impur, vous ne serez chaste que par miracle : Luxuria^ dit saint Bernard, cito decipit hominem otiosum.

— Soyez parfaitement modeste, surtont dans v&s regards. Les yeux sont les portes du cœur ; c'est par eux que l'esprit impur fait son entrée

dans l'âme. Plus ils sont avides de voir ce qu'ils ne doivent pas voir, plus vous devez les châtier avec sévérité : Nequiiis oculo quid creatum est? nous dit FEsprit-Saint... Virginem ne conspicias, ne forte scandalizeris in décore illius.

—Pratiquez, avec l'agrément de votre directeur, quelques actes de pénitence corporelle, non pas de loin en loin dans quelques accès de ferveur, mais habituellement et d'une manière réglée : Pertimescit Satanas piorwn vigilias, jejunia, etc.

Fuyez les occasions que redoute la sainte chasteté. N'allez jamais, sans une bonne raison, dans les maisons où se trouvent de jeimes personnes. Si vous devez y aller quelquefois, n'y soyez que le temps nécessaire, et, pendant ce temps, édifiez tous ceux que vous visiterez parla plus exacte modestie dans vos regards, dans vos paroles et dans toutes vos manières.

— Ne fréquentez que des séminaristes ou des prêtres parfaitement chastes , studieux , sobres , amateurs de la solitude, et d'une piété exemplaire: ils vous communiqueront leurs vertus si vous les choisissez pour vos amis intimes.

— Jamais de fréquentation tant soit peu suspecte. Si une seule langue dit contre vous un mot de critique à cet égard, et que ce mot vous soit rapporté, suspendez impitoyablement vos visites, et dites vous à vous-même : Il n'est pas nécessaire que j'aille en cette maison, et il est absolument nécessaire que je conserve ma réputation intacte.

— Soyez sévères sur le point des lectures : n'en faites jamais qui soient tant soit peu légères en ce qui touche les mœurs. Ne vous réglez pas, à cet

égard, sur la conduite de quelques-uns qui agissent en ceci avec trop de liberté. Ne dites pas, par exemple : Tel bon séminariste et tel bon prêtre lisent ce livre ; donc je puis le lire moi-même. Puisque vous connaissez votre faible, vous devez penser que ce qui fait peu d'impression sur les autres, en ferait peut-être beaucoup sur votre imagination naturellement vive et déréglée.

— Cultivez rhumilité. L'orgueil est l'impureté de l'esprit, et cette impureté est la sœur de l'autre. L'élévation de l'esprit conduit directement à l'humiliation de la chair. L'homme parfaitement humble n'est jamais un impudique.

— Abhorrez dans le séminaire les amitiés particulières. N'en recherchez aucune, et ne correspondez point à celles dont on vous donnerait quelques témoignages. Évitez la compagnie de ceux de vos condisciples vers lesquels vous vous sentez attiré par les bonnes manières et les agréments naturels qu-lils possèdent, et choisissez de préférence ceux qui n'ont rien de remarquable sous ce rapport.

— Ayez une dévotion tendre et toute spéciale à la très-sainte Yierge. Confiez-lui la garde de votre cœur, et récitez chaque jour quelque prière en son honneur, pour obtenir par son entremise la grâce de ne blesser jamais en quoi que. ce soit la sainte chasteté qui lui est si chère.

— Adonnez-vous à la piété de toutes les forces de votre âme. Tant que vous serez solidement pieux, vous serez invulnérable. N'ôtez jamais un anneau à la chaîne de vos exercices spirituels. Ditez-vous à vous-même avec une sainte énergie : Ce n'est pas une piété ordinaire et commune que je veux acqué-

rir ; c'est, avec l'aide de Dieu, une piété transcendante et soutenue que je veux pratiquer. L'esprit impur respecte une àme pieuse ; il frémit à sa vue et n'ose en approcher. Mais dès qu'elle se relâche, il reprend courage, et si elle continue de se relâcher, il en fait infailliblement sa victime.

— Enfin si, après avoir très-nettement exposé l'état de votre âme à votre confesseur du séminaire, vous voyez qu'il balance sur le point de votre voca tion, gardez-vous d'avancer. S'il vous dit positivement de faire le pas décisif, faites-le, mais avec un sentiment profond d'Jiumiiité, de crainte et de tremblement : Cum me tu et treniore, selon l'expression de l'Apôtre.

Relisez souvent ce chapitre , ô jeune et tendre ami, non-seulement pendant que vous êtes au séminaire, mais encore quand vous n'y serez plus; et puisse-t-il être votre sauvegarde tous les jours de votre vie! Ne l'oubliez jamais, un pi'être parfaitement chaste est par là même un saint prêtre : celui, au contraire, qui viole la chasteté est un démon, et plus qu'un démon, pouvons-nous ajouter : Qui castitatemservavitj angélus est, fpdperdidit, diabolus.

(Voyez le Saint Prêtre, deuxième partie, ch. XII, page 295.)

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