CHAPITRE XIH
Le séminariste léger, rieur, facétieux, imprudent, etc.
11 y a peu de séminaires où l'on ne voie quelques élèves auxquels conviennent les qualifications mentionnées dans le litre de ce chapitre. Autant ils sont prompts à se manifester, autant ils sont lents à se corriger, si tant est qu'ils se corrigent jamais entièrement de leur excessive légèreté.
Or ceci est très-fàcheux ; car qui doit être grave, digne, modeste, prudent el réservé, si ce n'est le prêtre ? Mais comment deviendra-t-on subitement un prêtre grave et bien posé, si, pendant tout le temps du séminaire, on a été la légèreté même '^ Appliquons-nous donc sérieusement à combattre ce défaut qui, plus tard, nous priverait à coup sur de la confiance et de l'estime des peuples.
Il est rare qu'un séminariste léger, rieur, facétieux, etc., en mettant le pied dans le séminaire, ne se fasse pas connaître pour ce qu'il est, dès les premiers jours. Il voudrait dissimuler sa légè-
reté qu'il ne le pouiTait guère : son attitude seule le trahirait.
En effet, il y a quelque chose de sautillant dans sa démarche, d'animé dans son regard, de mobile dans sa tète, d'épanoui dans l'ensemble de ses traits, qui décèle le séminariste léger avant même qu'il se soit produit par des actes formels.
Le séminariste de cette trempe a besoin de plaisanter et de rire comme de respirer. Tout ce qui est sérieux le tue, ou du moins lui fait exhaler en de longs bâillements l'ennui qu'il éprouve : il ressemble alors à ce pauvre poisson qu'on vient de tirer de l'eau et qui, lui aussi, bâille sur l'herbe, comme s'il aspirait l'élément qui lui manque.
Il est doué d'une souplesse d'esprit incroyable pour égayer sur-le-champ une conversation grave. S'il aborde des séminaristes qui s'entretiennent utilement, illes comprime aussitôt, tant ils savent qu'il est impossible, lui présent, de discuter rien de sérieux.
Du reste, il ne les importune pas longtemps par ses facéties, car il lui faut du mouvement et de la variété. Quand donc il a lâché quelques bordées de plaisanteries, il se retire et va porter ailleurs son feu roulant de pointes et de quolibets.
Dès qu'on le voit paraître on s'apprête à rire, sachant bien qu'il va tout à l'heure égayer son monde.
Encore si ses plaisanteries n'atteignaient personne ; mais malheureusement il n'en est pas ainsi. Tous les petits travers qu'il aperçoit dans ses condisciples, sont pour lui la matière d'une foule de bons mots, qui pleuvent comme grêle sur ceux qu'il attaque par ses critiques railleuses.
On lui passe bien des choses, moins parce qu'on l'aime que parce qu'on le redoute. Bailleurs chacun sait qu'en prenant mal ses plaisanteries, on s'en attirerait infailliblement par cela même de plus piquantes encore.
Semblable à ces feux follets qui brillent et s'éteignent en un instant sur vingt lieux ditférents, il est partout et il n'est en quelque sorte nulle part. Il est la mouche du séminaire : comme elle, il bourdonne, il pique, il voltige ; comme elle aussi, il salit ce qu'il touche, c'est-à-dire que, par sa conduite légère et dissipée, il ternit la beauté, la sainteté du lieu qu'il habite.
Si vous entendez quelques rires étouffés dans un corridor à la porte d'un séminariste, soyez sur que notre rieur est là.
Si, pendant une récréation, un groupe joyeux et animé fait à lui seul plus de bruit que tous les autres séminaristes disséminés dans la cour ou dans le jardin, dites à coup sur que notre jeune rieur est le boute-en-train de cette petite réunion.
Si quelque espièglerie se raconte dans le séminaire, ne demandez pas le nom de son auteur : l'espiègle c'est notre jeune homme ; chacun le devine dès que sa petite malice est connue.
La jovialité est peinte sur sa figure. Ses traits sont si habilement mis en jeu par son fonds de gaieté, qu'ils semblaient être à l'état de rire permanent.
Son enjouement est contagieux ; nul n'en est témoin sans en subir l'influence : à sa simple vue, le séminariste le plus grave se déride comme les autres.
Pour un observateur, il est curieux de le voir en face d'un de ses amis qui est dans la peine : si la scène n'était pas aussi triste qu'elle l'est, on serait tenté de rire en le voyant aîfecter une douloureuse compassion qui fait violence à sa nature. Quelquefois le pauvre affligé lui-même sourit encore à son approche.
Comme il veut toujours rire, ses yeux sont constamment ouverts pour découvrir quelque chose qui l'amuse. Il épie tout le monde, il voit tout ce qu'on fait, il écoute tout ce que l'on dit, puis il fait de ses diverses observations la matière de ses plaisanteries.
Quelquefois il se fait singe : nul ne contrefait comne lui le langage, la tournure, les gaucheries (!■: :ous ceux avec lesquels il vit.
Qu'un élève, interrogé en classe par le professeur, fasse une mauvaise réponse, sa gaieté l'emportant sur sa charité, il donne le premier le signal du rire, et quand personne ne rit plus, il sourit encore.
L'église elle-même est le théâtre de son enjouement. Là comme parlout, il se pose en observateur : rien ne lui échappe, et après l'office, il fait connaître à plusieurs, qui ne s'en sont pas aperçus, toutes les fautes et les maladresses commises par les officiants dans les cérémonies.
Les supérieurs eux-mêmes n'échappent ni à son œil ni à sa langue : son œil saisit leurs singularités, et sa langue se met aussitôt en mouvement pour les divulguer.
Si encore il ne se permettait que des légèretés innocentes ou à peu près ; mais ses plaisanteries
ne sont pas toujours ratifiées par le bon ton. Entraîné par le besoin de rire et de faire rire, il descend parfois dans le grotesque et le trivial, oubliant ainsi la sainteté du séminaire, du vêtement qu il porte et du sacerdoce auquel il aspire.
Avec de telles habitudes, que doit-il faire quand il est seul? que se passe-t-il dans sa cellule pendant les heures que l'étude réclame ? Expie-t-il du moins par un travail assidu les légèretés continuelles qu'il se permet? Personne ne nous croirait si nous disions que l'Ecriture sainte et la théologie font ses délices. Tout le monde sait bien que les hommes légers ne sont jamais des hommes d'étude. Disons-le, les livres sérieux lui sont à charge ; il étudie aussi peu que possible ; et ces heures de travail qui, en conscience, devraient être si bien remplies, c'est à des futilités qu'il les consacre. Lettres joyeuses à des amis du monde, lectures quasi-profanes, compositions puériles^ poésies légères et autres occupations de même nature : tels sont les passe-lemps de ce pauvre jeune homme.
Quant à la prière, nous voudrions n'en rien dire. Vingt fois nous nous sommes demandé ce que devait être à l'oraison et dans les autres exercices spirituels, un séminariste facétieux et léger qui n'est heureux que quand il s'amuse, et, à cette question, nous n'avons jamais pu faire que de tristes réponses. Point de piété, non, point de piété dans une tête frivole ; et, sans piété, quel séminariste, grand Dieu ! et plus tard, quel prêtre ! ...
Si les choses se passent ainsi dans le séminaire même, qu'est-ce donc, hélas ! pendant les vacan-
ces? C'est alors que l'épanouissement est complet; c'est alors que les sociétés les plus enjouées et les plus bruyantes sont avidement recherchées ; c'est alors que les courses et les voyages se succèdent chaque jour ; c'est alors que la solitude, la prière et le travail sont presque totalement abandonnés ; c*est alors qu'on porte de cercle en cercle sa gaieté perpétuelle et sa légèreté poussée jusqu'à l'imprudence, peut-être même au delà ; c'est alors enfin qu'au lieu d'édifier le monde par la piété qu'il exige d'un séminariste, on le scandalise par une vie oiseuse et par une conduite toute séculière. Le défaut que nous combattons est encore un de ceux qui n'efîrayent guère celui qui y est sujet. Il considère toutes ces plaisanteries comme d'innocentes gentillesses, et ne comprend pas qu'il en puisse résulter des conséquences fort graves. Pour dissiper cette illusion fatale, qui pourrait bien être la vôtre, jeune lecteur, voyez ce que vous serez si vous sortez du séminaire avec cette légèreté folâtre dont vous avez la triste réputation.
Au lieu de redouter le monde où vous entrerez chargé du poids de votre sacerdoce, vous le saluerez d'un joyeux regard, et vous saisirez avec empressement les occasions nombreuses que vous aurez de vous livrer sans réserve aux épanchements de votre gaieté.
N'ayant point acquis au séminaire un vrai fonds de piété, vous deviendrez de moins en moins pieux tous les jours. L'oraison et tous les exer-
cices spirituels que vous faisiez avec tant de froideur et de lâcheté dans votre solitude, seront abandonnés l'un après Vautre, et vous ne ferez plus, à cet égard, que ce qui sera d'une absolue nécessité ; encore vous en acquitterez-vous d'une manière pitoyable. La légèreté, soyez-en sur, tarira la piété. Et quel prêtre, ô mon Lieu, que celui qui n'est pas pieux dans le plus saint des états ! . . .
Vous manquerez totalement de cette gravité digne et modeste, qui, tempérée par un enjouement aimable et modéré, concilie au prêtre le respect et l'estime des peuples.
Ne voyant jamais en vous qu'un homme léger, badin, plaisant, jovial, diseur de bons mots, et quelquefois trivial, si l'on ne dit pas que vous êtes un mauvais prêtre, personne ne dira que vous êtes un saint : or, pensez-y, jamais vous ne ferez tout le bien que Dieu et l'Eglise attendent de vous, si vous n'êtes pas un saint prêtre et si vous n'êtes pas généralement connu pour tel.
La confiance, si nécessaire au prêtre pour exercer un ministère fructueux, ne vous sera point accordée. Quelle confiance peut inspirer un prêtre indiscret, qui semble faire parade d'une légèreté sans bornes dans ses discours et dans toute sa conduite? Les impies eux-mêmes déclareront que s'ils reviennent à Dieu plus tard, vous ne serez pas le confident de leurs misères ; puis, citant quelque saint prêtre de la contrée, c'est à celui-là, diront-ils, que nous révélerons les secrets de notre conscience, si jamais nous les révélons.
Vous malédifierez les âmes pieuses par votre habitude d'immodestie et d'enjouement excessif ;
et si, par hasard, vous en confessez quelques-unes, comment pourrez-vous les exhorter au recueillement, à la mortification, à l'esprit de prière et de piété, ne pratiquant rien moins vous-même que ce que vous conseillerez à ces âmes ferventes ?
Vous éprouverez un besoin continuel de mouvement et de dissipation. Vous serez partout excepté dans votre chambre et à l'église, où Ton ne vous verra que quand il vous sera impossible d'être ailleurs. On vous trouvera dans toutes les rues si vous habitez la ville, ou dans tous les chemins si vous vivez à la campagne, absolument comme on vous rencontrait à chaque instant dans tous les coins du séminaire.
Vous fuirez les maisons où vous ne pourrez pas rire tout à voire aise, et vous flânerez pendant des heures entières dans celles où le gros rire et la grosse gaieté seront en permanence.
Ainsi disposé, la maison du pauvre, de l'infirme et de l'affligé seront pour vous sans attrait. Vous serez embarrassé quelle contenance faire en face delà douleur. Habitué à plaisanter et à rire, vous ne saurez pas joindre, comme le saint prêtre, une larme à une larme, un soupir à un soupir.
Vous aimerez le jeu, car les prêtres légers l'aiment autant que les prêtres graves l'aiment peu ; et si vous l'aimez avec passion, ce qui pourra bien arriver, vous serez un prêtre joueur et par conséquent un prêtre scandaleux, comme ceux qui, dans certains diocèses, passent les jours et les nuits les cartes à la main.
Vous ne manquerez pas un diner, une réunion joyeuse, une partie de plaisir quelconque, car par-
tout là vous aurez occasion de vous divertir. Mais l'étude ! mais la prière ! mais les œuvres de zèle ! mais les travaux du ministère ! 0 Dieu ! comment se feront toutes ces choses?
• Vous n'ouvrirez presque jamais un livre sérieux, et vous en lirez une multitude de frivoles. Pour vous, un livre utile sera toujours trop long, et votre journal ou votre quasi-roman sera toujours trop court.
Yous ferez inévitablement des imprudences de plus d'un genre, car c'est des tètes légères qu'elles s'échappent. Emporté par le plaisir, vous ne calculerez ni vos paroles ni vos démarches ; vous blesserez celui-ci, vous scandaliserez celui-là et vous malédifierez tout le monde.
Yous vous ferez des ennemis irréconciables par des épi grammes railleuses qui leur seront rapportées, ou par la manière dont vous traiterez certaines affaires délicates que la moindre imprudence compromettra sans retour.
Yous ferez fort peu de chose pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ; vous n'aurez point l'esprit de suite dans vos entreprises, et vous abandonnerez par dégoût ce que vous aurez commencé par boutade.
Yous porterez votre légèreté jusque dans l'église : pendant les fonctions que vous y remplirez, la rapidité de votre marche, la précipitation de vos cérémonies, l'évagation de vos regards, la nonchalance de votre attitude, les plaisanteries quelquefois très-déplacées dans vos catéchismes et même dans la chaire, feront dire à tout le monde : Quelle immodestie I quelle mauvaise tenue !
Vos manières légères et inconvenantes autoriseront des familiarités qu'on ne se permettrait jamais à l'égard d'un prêtre pieux et réservé : on sera libre avec vous parce que vous serez libre avec tout le monde, et de là que d© dangers et peut-être que de chutes !
On vous comparera à quelque saint prêtre de la contrée ; et votre conduite, mise en regard de la sienne, fera ressortir, à votre grand dommage, l'édification de l'une et la légèreté de l'autre.
Si vous êtes le vicaire d'un curé prudent et grave vous ferez son supplice ; si votre curé vous ressemble, vous serez l'un pour l'autre une pierre d'achoppement et de scandale.
Devenu curé vous-même, vous entraînerez vos vicaires dans votre mauvaise voie. Studieux, fervents et réguliers quand ils feront leur entrée dans votre presbytère, ils seront légers, tièdes, relâchés comme vous quand ils en sortiront, et, par votre faute, jamais peut-être ils ne retrouveront leur ancienne ferveur.
Amateur du changement, vous importunerez vos supérieurs, vous les fatiguerez par vos perpétuelles demandes de mutation, et, ne vous attachant à aucune paroisse, aucune paroisse non plus ne voudra s'attacher à un prêtre en qui elle ne verra qu'un pasteur transitoire et inconstant.
Jugez maintenant, jeune et tendre ami, si la légèreté que vous vous reprochez à peine au séminaire, ne mérite pas d'être sévèrement châtiée, puisqu'elle produit de si tristes résultats. Suivez donc, nous vous en conjurons, suivez les règles qui vont vous être tracées, puisque, seules, elles
peuvent vous préserver des dangers qui vous attendent.
Ce défaut est encore un de ceux qu'on reconnaît aisément en soi quand on y est sujet. Si, aidé de vos propres réflexions et de celles qui viennent de ^vous être soumises, vous êtes forcé de convenir que la légèreté est un de vos défauts dominants, voici les moyens de vous en corriger.
— Commencez par vous bien convaincre de la nécessité de vous réformer sur ce point capital. Dites-vous à vous même dans des méditations sérieuses que, puisqu'il n'y a point de profession plus sainte, ni même aussi sainte que le sacerdoce, il n'y en a point non plus qui exige plus de gravité et de modestie que celui qui l'embrasse. Qu'est-ce qu'un prêtre léger, sinon un mondain travesti ?
— Convainquez-vous bien aussi que les hommes du monde les plus frivoles ne veulent pas qu'un prêtre leur ressemble. Autant ils estiment un prêtre grave et plein de dignité, autant ils méprisent un prêtre léger, facétieux, ou à plus forte raison goguenard et trivial : c'est un farceur , disent-ils. Croyez-nous, jeune ami, ces paroles méprisantes, nos oreilles les ont plus d'une fois entendues.
— Combattez les mauvaises raisons que vous pourriez être tenté d'alléguer pour justifier ou du moins pour pallier votre légèreté. Ne dites pas, par exemple, qu'une gravité trop compassée est sèche et rebutante, tandis qu'un certain enjouement réconcilie les mondains avec la dévotion et
rectifie les fausses idées qu'ils s'en forment. On peut être grave sans être sec ; il y a une gaieté modérée que la gravité sacerdotale n'a jamais condamnée et que Ton aime généralement à trouver chez un prêtre. Saint François de Sales était un type accompli en ce genre. Une aimable gaieté lui était familière ; mais jamais cette gaieté n'efTaçait la gravité modeste qui brillait en sa personne. Ne soyez gai que comme il Tétait, et tout le monde dira que vous l'êtes comme un prêtre doit l'être. — Ne dites pas non plus que la gaieté chasse la mélancolie, et qu'il est bon de combattre par l'enjouement la tristesse et l'ennui. Où donc avezvous vu que le fervent séminariste et le saint prêtre fussent, par caractère, sombres, chagrins et rêveurs? N'est-ce pas chez eux, au contraire, qu'on voit unies à une gravité "décente le calme, la séré- ' nité, l'air satisfait, et ce gracieux abandon que tout ' le monde admire ? Croyez-nous, cher ami, ils sont plus heureux que vous, ceshommes que vous croyez tristes parce qu'ils remplacent votre gaieté folâtre par une modestie séduisante et une joie modérée. — Enfin ne dites pas qu'on voit des prêtres tout aussi gais que vous et qui n'en sont pas moins des prêtres estimables et estimés. La gaieté, sachez-le bien, n'est qu'un trait de la légèreté. L'homme gai par naiure n'est pas toujours léger, et c'est la légèreté que vous avez à combattre. On peut être gai sans être railleur, facétieux, trivial, imprudent dans ses paroles et dans ses actes. Yoilà les vrais caractères de la légèreté ; voilà les caractères que vous devez faire disparaître si vous les reconnaissez en vous-même.
— Quand vous serez nourri de ces réflexions, mettez la main à l'œuvre et commencez votre réforme. Pour cela, regardez autour de vous : connaissez-vous un séminariste fervent et parfaitement modeste dans le séminaire? Connaissez-vous un saint et digne prêtre dans le monde? Yoilà vos modèles. Mettez en regard de vos légèretés et de vos imprudences, la sagesse de leurs discours, la dignité de leur attitude, la retenue de leur enjouement, la prudence de leurs démarches, l'égalité de leur caractère, l'aménité de leurs formes, et copiez trait pour trait ce qui brille chez eux et ce qui, malheureusement, est loin de briller chez vous.
— Portez vos vues encore plus haut. Vous voulez être ministre de Jésus-Christ ; voyez votre maître et votre modèle. On dit dans l'Évangile qu'il a pleuré; où avez-vous vu qu'il ait ri? On admirait la sagesse de ses paroles ; où avez-vous vu qu'il en ait dit d'imprudentes? On épiait toutes ses démarches pour le trouver en défaut ; où avez-vous vu qu'il en ait fait d'inconvenantes? On était ravi de ses manières douces, insinuantes et persuasives ; où avez-vous vu qu'il ait rebuté personne par des légèretés comme les vôtres ? Quis ex vobis, disait-il sans crainte, arguet me de peccato ? Encore une fois, voilà, voilà votre maître et votre modèle : étudiez-le, copiez-le, puisque vous êtes son disciple et que bientôt vous serez son ministre : Inspice et fac secimdùm exemplar.
— Renoncez à vos plaisanteries perpétuelles : quand elles sont rares et de bon goût, elles ont leur agrément et vous pouvez vous les permettre ; mais quand elles blessent quelque vertu ou qu'elles
affluent par torrents, elles deviennent insipides, et vous devez les supprimer si elles sont mauvaises, ou les contenir dans de justes bornes si elles sont seulement par trop abondantes.
— Au lieu de considérer en toutes choses le côté plaisant de ce que vous entendez dire ou de ce que vous voyez faire, considérez plutôt le côté sérieux et utile, et montrez alors, par Li maturité de vos réflexions, que vous êtes un homme grave et non pas un enfant ou un écolier.
— Jamais surtout de railleries piquantes : soyez ferme à cet égard. Si, par malheur, vous en avez contracté l'habitude, hâtez-vous de la vaincre. La raillerie mordante, chez le séminariste ou chez le prêtre, est détestable; c'est d'ailleurs un mauvais genre que le monde poli, d'accord en ce point avec la religion, réprouve et condamne.
— x\yez horreur des trivialités et des bouff'onneries ; elles sont indignes d'un élève du sanctuaire. Si le séminariste se les permet, il continuera de se les permettre quand il sera prêtre, et alors il scandalisera les peuples et déshonorera le sacerdoce. Le prêtre doit être le plus saint des hommes ; n'en faites pas un bouffon.
— Ne fréquentez point les élèves connus par leur légèreté ; guérissez les contraires par les contraires ; associez-vous à quelques condisciples fervents et modestes , parlez avec eux de choses sérieuses et utiles, et faites votre profit de leurs enseignements et de leurs exemples.
— Enchaînez-vous, quand vous avez le désir de Vous émanciper et de vous mettre au large. Priez ou faites une bonne lecture, quand vous êtes sur
le point d'en faire une frivole ; travaillez, quand vous êtes tenté d'aller causer et rire au mépris de la règle ; dites un mot pieux ou du moins raisonnable, quand vous avez la démangeaison de vous lancer dans les facéties et les bons mots.
— Observez-vous avec soin quand vous sortez en ville, quand vous êtes par hasard avec des personnes peu réservées, ou à plus forte raison quand vous êtes à l'église. Soyez partout pénétré de la présence de Lieu qui vous voit, et dites-vous à vous-même : Comment serait un saint s'il était à ma place? comment serais-je moi-même si j'étais sous les yeux de Jésus et de Marie ?
— Priez votre directeur, vos supérieurs, et même quelque pieux condisciple de vous aider par leurs conseils à opérer votre réforme. Confiez-leur franchement le désir que vous avez d'abandonner votre mauvais genre, et punissez-vous quand il vous échappera quelque légèreté déplacée.
— Veillez particulièrement sur vous pendant le temps si périlleux des vacances. Faites voira vos parents, à vos amis, à tout le monde enfm, que vous n'êtes plus, sous le rapport de la légèreté, ce que vous étiez aux vacances dernières. Que votre changement à cet égard soit frappant et complet. Faites dire à tous ceux qui vous verront : Ce n'est plus lui, le séminaire Ta transformé !
— Enfm demandez instamment et fréquemment à Dieu le goût des choses sérieuses : de la prière, par exemple, de l'étude, des œuvres de zèle, de la vie de retraite, etc., et appliquez-vous fortement à acquérir ce goût. Embrassez la piété, jeune et tendre ami ; vous n'êtes léger que parce qu'elle
vous manque ; devenez pieux, et vous deviendrez par là même un séminariste accompli, et plus tard un prêtre béni de Dieu et des peuples dont vous serez le pasteur.
(Voyez le Saint Prêtre, deuxième partie, ch. XTII, page 322.)