VI. — Visites d'arrivée dans la paroisse
Si vous vous êtes conduit avec votre curé de la manière qui vient de vous être apprise, il sera heureux de vous accompagner lui-même chez ses paroissiens. Mais vous accorderait-il cette faveur si vous aviez commencé par le rebuter et lui déplaire ? C'est une question à laquelle on nous dispensera de répondre. Revenons plutôt à nos petits avis.
Voulez-vous, oui ou non, vous faire dans la paroisse une réputation de sainteté? Youlez-vous qu'on dise généralement en parlant de vous : Nous avons non pas seulement un bon prêtre, mais un saint prêtre pour vicaire? Oui sans doute vous le voulez. Eh bien ! donc, soyez sur vos gardes pendant vos premières visites; car, en chaque maison, vous serez infailliblement observé, contrôlé, admiré ou censuré, selon que vous donnerez lieu
(1) Voyez Pratique du zèle ecclésiastique, deuxième partie, ch. Il, Rapports d'un vicaire avec so)i curé.
à rédification ou à la critique. Ceci demande beaucoup de tact, et malheureusement plusieurs jeunes prêtres en sont totalement dépourvus. Tâchez de vous figurer un saint dans les circonstances où vous vous trouvez vous-même ; demandez-vous quel serait son costume, sa tournure, son regard, son attitude, sa conversation, en un mot toute sa personne extérieure ? Avec un peu de réflexion, vous devez aisément vous représenter ce que serait, sous ces divers rapports, un saint François de Sales, par exemple, ou un saint Vincent de Paul : Soyez ainsi, et dès l'abord, vous gagnerez l'estime et l'affection de tout le monde. Ceci, outre l'édification qui en résultera, sera pour vous comme une obligation morale de travailler à vous maintenir au degré de sainteté où l'on croira que vous serez parvenu : Clerici, dit un concile de Mayence, non varjis oculis, non cffrseni Imguâ, aut petulanti fhikloqiœ gestu, timidoque rjressu incedant, sed piidorem et verecundiam mentis simplici hahitu incessuque ostendant.
YII. — Bonne tenue à l'église.
Si vous devez être pieux et modeste dans la maison des hommes, combien plus devez-vous l'être dans la maison de Dieu ! Vous avez édifié le jour de votre première messe, pourquoi faire croire que vous n'avez été saint que ce jour-là? C'est une chose tristement remarquable que la promptitude avec laquelle un jeune prêtre se relâche sur ce point. On en voit qui, dèsla seconde semaine, célèbrent les saints mystères avec moins de dignité et
plus de vitesse que les anciens du saccruorce. Leur attitude au chœur est déjà nonchalante, négligée et marquée au coin de la légèreté. On les voit éten-i dus plutôt qu'assis dans leur stalle, regardant de " tous côtés, croisant les jambes, disart un mot inutile et annonçant par un sourire que ce mot est une plaisanterie déplacée. Tout cela se remarque, soyez-en sur, surtout chez un jeune prêtre que tout le monde veut voir pieux, modeste et recueilli. Un, jour, une dame nous pria de lui indiquer un confesseur pour un vieux pécheur qu'elle avait converti. Nous lui proposâmes un jeune prêtre en qui nous connaissions des qualités essentielles. Elle éluda notre proposition. Nous revînmes à la charge, et* elle nous dit ces paroles qui nous frappèrent : « Ce » jeune prêtre a des qualités, sans doute ; mais sa )) contenance au chœur est un peu légère, il s'y » tient négligemment et se permet de rire quel- » quefois des choses plaisantes qu'il observe. Or, » je connais mon vieux pécheur, s'il voyait la légè- » reté de ce prêtre, il lui retirerait aussitôt sa con- » fiance. » Voyez si le conseil que nous vous donnons n'est pas appuyé sur des raisons solides : Pavete ad sanctuarium ineiun (Lévit.). Bùm eo in loco estis, dit un concile de Milan, non pigri, non somnolenti, non oscitantes adeslote, non vagis oculis, non indecenti corporis statu.
VIII. — Exécution ponctuelle du règlement que vous vous êtes imposé.
Tous voilà installé, vos visites sont faites, on vous a vu en particulier et en public : à l'œuvre
maintenant. N'en doutez paSj c'est votre règlement qui vous sauvera ; c'est lui qui vous fera contracter des habitudes pieuses et régulières, sans lesquelles vous vous jetterez à bride abattue dans les voies du relâchement.
Lorsqu'on tient fermement à son règlement, chaque exercice appelle l'exercice suivant, et Ton éprouve un sentiment de bonheur quand, à la fm de la journée, ils sont tous remplis. Mais si, au contraire, on fait, par négligence, quelque brèche à son règlement, c'est comme une chaîne d'or qui, une fois rompue, perd une partie de son lustre. Ouel beau spectacl'e que celui d'un prêtre fervent qui, après vingt ou trente années de sacerdoce, exécute sa règle avec la même fidélité que le premier jour ! Qui pourrait, sans connaître le détail de ses œuvres, ne pas proclamer saint prêtre un prêtre de ce caractère ?
Nous vous en conjurons, jeune et tendre ami, observez ponctuellement votre règlement et ne faites pas comme tant d'autres qui, après l'avoir observé quelques semaines, le mettent de côté et vivent à l'abandon au gré de leurs caprices. Quelle que soit votre répugnance à le pratiquer, ou plutôt en raison même de cette répugnance, tenez ferme à cette ancre de salut, et soyez persuadé que tant que vous serez fidèle en ce point, vous serez un saint prêtre. Si vous avez l'esprit d'ordre et un vrai fonds de bonne volonté, les travaux du ministère, quelque multipliés qu'ils soient, ne seront point un obstacle à l'exécution de votre règlement. Les prêtres fervents ne s'en affranchissent jamais, et ils travaillent autant et phis que vous : Illum tan-
tinn diem vixissc te computa,à\x saint Euclier, qucra sine iillà regulx transgressione duxisti. 0 jugum sanctiamoris, s'écrie saint Bernard à cette occasion, quàm didciter capts, gloriosè laqueas, sua vite r premisy delectanter onerasl Que je serais différent de ce que je suis, pourrait dire tout mauvais prêtre ou tout prêtre tiède , si j'avais toujours été fidèle à mon règlement !