X. — L'Oraison
Yoilà le bouclier du prêtre ; sans elle nous ne voyons en lui qu'un soldat faible et désarmé au milieu d'ennemis acharnés à sa perte. Le mauvais prêtre ne la fait jamais ; voilà pourquoi il est mauvais prêtre : le prêtre tiède la fait quelquefois , mais il y manque souvent et la fait mal ; voilà pourquoi il est tiède : le bon prêtre la fait régulièrement, mais avec des défauts qui en altèrent les fruits ; voilà pourquoi il n'est que bon prêtre : le saint prêtre seul la fait commue il doit la faire ; voilà pourquoi il se tient au sommet de la perfection.
Si vous vous relâchez dans l'oraison soit en l'omettant de fois à autres, soit en rabrégeant notablement, soit en la faisant mal, toute votre conduite, toutes vos œuvres s'en ressentiront : ce n'est pas nous seulement qui l'affirmons, c'est l'expérience aussi qui vous l'atteste.
Dès que vous serez habillé, faites votre oraison : oraison différée, oraison manqiiée. Obéissez à l'usage en vous préparant à l'oraison par la prière vocale (1).
(1) Voyez, dans le Saint Prêtre, une formule de prière vocale, page 461.
Ne faites pas Forai son seiilemont pour pouvoir vous dire que vous Tavez faite : vous ressembleriez à un homme qui croirait avoir pris un repas parce qu'il aurait fait tous les exercices de la m.aslication sans avoir avalé aucun aliment. Dites-vous fermement au commencement de votre oraison : Je veux, avec la g*ràce de Dieu, en tirer quelque fruit ; rappelez-vous cette pensée pendant que vous méditez , et ne concluez pas sans vous demander quel effet cet exercice va produire pour l'affaiblissement de vos défauts et 1" acquisition des vertus qui leur sont opposées.
Quel que soit le sujet que vous méditiez, vous pouvez et vous devez toujours vous servir de l'oraison comme d'une arme puissante pour combattre votre défaut capital. C'est pour le détruire que vous faites oraison ; si vous ne l'employez pas à cet usage, c'est une arme inutile, une épée dans le fourreau. Que d'oraisons vaines faute de comprendre et d'appliquer cette simple notion du bon sens !
Donnez à votre oraison au moins la longueur qu'elle avait au séminaire (1).
XI, — La sainte Messe.
C'est à l'autel que le prêtre atteint le souverain degré do sa grandeur. Pour lui les cieux s'abaissent, ou plutôt il s'y élève et plane au-dessus des neuf chœurs des anges qui adorent dans sa main le Dieu qu'il immole !
(1) Voyez l8 Saint Prêtre, chapitre De VOraison, page 372 et siiiv. Nous recommandons spécialement la lecture de ce
cliapiirc au Saint Prêtre,
« Jamais, dit saint Ligouri, le prêtre qui n'est )) pas pénétré de Téminence du sacrifice de la » messe ne l'ofTrira convenablement. Jésus-Christ » n'a rien fait de plus grand ni de plus sublime » sur la terre. »
Malheur à a^ous si vous vous familiarisez avec le sacrifice de l'autel ! Vous tarirez par cette familiarité une mer de grâces dont Dieu veut tous les matins inonder votre âme.
Si vous ne faites pas toujours une bonne préparation en dehors de T oraison, vous ne tirerez jamais de la sainte messe des fruits abondants.
Pas de conscience douteuse à Tautel ; c'est racheminement au sacrilège. Quant au sacrilège lui-même, c'est l'abomination de la désolation, c'est l'enfer qui envahit le ciel !
Soyez en garde contre la rapidité de la célébration de la messe. On en vient là bien vite, et quand ou y est venu, jamais on ne reprend une pieuse lenteur : pas plus d'une demi-heure, pas moins de vingt-cinq minutes ; voilà la règle des saints prêtres.
Respectez et observez scrupuleusement toutes les cérémonies, et célébrez avec une dignité angélique. Une messe bien dite est pour les assistants une imposante prédication : soyez donc éloquent à l'autel bien plus encore que dans la chaire. Une dame du grand monde nous disait un jour : Je ne connais que les Jésuites qui disent bien la 7nesse. C'était une exagération, très-honorable sans doute pour ces vénérables religieux, mais injuste à l'égard d'une foule d'autres prêtres. Toutefois cela nous prouve que les gens du monde
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voient ce qui se passe à raiitel, et qu'ils n'ont pas toujours les yeux dans leurs livres. Nous avouons qu'il y a de bons prêtres qui, quoique pieux et attentifs, n'ont pas de dignité quand ils officient. C'est un inconvénient grave auquel ils devraient s'efrorcer de remédier. Les hommes ne voient pas leur piété intérieure, l'extérieur seul les frappe.
Ne pas scandaliser en célébrant, c'est une édification ?ze«7^///u^ ; cela ne suffit pas : l'édification positive doit être le but de nos efforts.
Yoicice qui donne au prêtre une dignité édifiante à l'autel : — Pas de précipitation soit dans les mouvements du corps, soit dans la récitation des prières ; — faire le mieux possible chaque cérémonie et ne pas laisser l'une empiéter sur l'autre ; — ne jamais lever les yeux quand on se tourne vers le peuple ; tenir les bras étendus quand ils doivent l'être, et élevés, selon la rubrique, à la hauteur des épaules ; — avoir toujours une contenance grave, recueillie et modeste ; — réciter les prières qui se disent à haute voix d'un ton pénétré qui annonce, quoique sans déclamation, qu'on goûte ce que l'on dit ; — faire posément les génuflexions et les signes de croix ; — enfin être animé d'une tendre piété ; car toujours elle se reflète comme d'elle-même à l'extérieur.
Nous ne pouvons rien dire de plus précis à ce sujet. Appliquez-vous à suivre ces règles ; quand S'Ous en aurez pris l'haljiiude, cela ne vous coûtera Quilement ; vous ne pourrez même plus célébrer dune autre manière.
Soignez vos actions de grâces ; jamais elles ne
seront trop longues ; on s'en édifiera plus qu'on ne s'en plaindra. Le prêtre qui ne fait point ou qui fait fort peu d'action de grâce, ressemble à un laboureur qui , après avoir abattu une riche moisson, la laisserait dans le champ et refuserait de l'engranger pour en faire son profit. « Quelle » pitié, dit saint Liguori, quel désordre, quel » scandale ne causent pas les prêtres qui, après » avoir achevé de dire la messe et récité quelque » courte prière à la sacristie, sans attention ni » dévotion, se mettent de suite à discourir de » choses inutiles ou d'affaires du monde, ou » sortent aussitôt de l'église et vont porter Dieu » au milieu de la rue ! » Une personne du monde nous disait un jour de son confesseur : « Je suis » tentée de le quitter. — Pourquoi ? — Je ne le » trouve pas pieux ; il ne fait que quelques » minutes d'action de grâce. »
Pesez ces paroles que nous empruntons au Directoire du Prêtre : Sacerdotes debent esse imitatores, sanctorum Apostolorum , qui non antè exicrunt ceenaculo, quàm hymne dicta. Solus proditor Judas antè exicit. (Epis. Past. III, iïumb. Archiep. Machl.)
ISe vous dispensez jamais, sans une raison trèsgrave, de la célébration de la messe. Celui qui ne se sent pas touché de la privation du saint sacrifice, est dans la voie du relâchement. Qu'il se ranime en méditant ces belles paroles de l'Imitation : Quando sacerdos célébrât, Deum honorât, anrjelos lœtificat, Ecclesiam œdificat, vivos adjuvat, defunctis requiem praestat, et scse omnium bonorum participem cfficit.
Enfin, sans une raison légitime, ne dites point la sainte messe tantôt à une heure, tantôt à une autre ; c'est un désordre ; ayez une heure fixe et choisissez la plus commode pour les fidèles.
Terminons cette divine matière en disant avec le pieux auteur de l'Imitation : Si habcres anrjclicam puritatcm, et sancti Joannis Baptistœ sanctitatciiij non esses dir/nus hoc sacrcwientiun acciperc, nec tractare... Grande mysterium^ et magna dujnitas sacerdotwn : quihus dation est quod angelis non est eoncesswn (1) /
A IL - Lo saint Ofllce.
Un jeune prêtre, sortant du séminaire, est souvent déjà familiarisé avec l'Office divin. Comme il le dit depuis qu'il est sous-diacre, la routine s'est formée et elle a refroidi la ferveur des premiers jours. Renouvelez cette ferveur qui finirait hientôt par s'éteindre entièrement.
Dites les petites Heures aux premiers moments liljres dans la matinée; Yépres etCompties aux premiers moments liljrcs après le dîner ou la récréation; Matines et Laudes la veille, aux premiers moments libres après l'heure où il est permis de les commencer. Telle est la règle des saints prêtres ; les autres n'observent aucun ordre pour le temps de la récitation de l'Office; ils le disent chaque jour à des heures différentes et ordinairement le plus tard possible. Le bréviaire est ponr eux comme un ami fatigant et incommode dont on est forcé de recevoir chaqne jour l'importune visite,
(i) Voyez le Saint Prêtre, cliapilrc Dj la Mc3>^c, page 380.
et après le départ duquel on se sent à l'aise. Le saint prêtre au contraire trouve dans la société de ce tendre ami des douceurs infinies.
Insistez fortement sur la préparation prochaine. Ouand le moment do la récitation est venu, avant de proférer un seul mot , élevez votre cœur vers Dieu ; unissez-vous aux sentiments qu'a l'Eglise en vous prescrivant cette sainte prière ; proposez-vous une intention spéciale; implorez les lumières de l'Esprit saint et renoncez d'avance aux distractions qui vont survenir. Tous ne ferez probablement rien de tout cela, si vous vous contentez de réciter à la hâte et par pure routine la prière Aperi.
Ne contractez jamais l'habitude de réciter le bréviaire avec une précipitation excessive. On en voit quile disent avec toute la célérité dont ils sont capables ; ils voudraient le dire plus rapidement qu'ils ne le pourraient pas, et pour que rien ne manque à cette inconvenante vélocité, ils récitent en aspirant comme en respirant. Nous le demandons, qu'y a-t-il pour Dieu dans une telle prière ? Et cette prière se fait au nom de l'Eglise ! et cette prière est celle par laquelle l'Église militante s'unit aux concerts de l'Église triomphante ! et cette prière est rigoureusement obligatoire ! et l'obligation sub 7nortaIiàQ réciter celte prière et delà réciter avec attention peut être aisément enfreinte! Aidez-vous de ces réflexions pour vous réformer sur ce point, si déjà vous aviez besoin de réforme. Quid heatius, dit saint Basile, quàm hominem in terra concentum Angslorum imitari ; in hymnis et canticis Creatrrem prœdicare {V) !
(1) Voyrz IcSa'rd-Vrétrr, cliapitrc Dr l'Office divin, V- '^O"^*
XIÏI. — L'examen particulier.
Nous en avons déjà dit un mot dans le chapitre du Fervent séminariste. Contentons-nous d'ajouter ici que t02it prêtre qui fait chaque jour son examen particulier, est incontestablement un saint prêtre. Nous n'en dirions pas autant de plusieurs autres exercices ; mais nous l'affirmons positivement de celui-ci. Disons avec le même aplomb que le prêtre qui ne fait pas l examen particulier n est pas un saint prêtre. Il peut être un bon prêtre ; mais il n'est pas plus que cela, et tout bon prêtre qu'il est, il a et il aura toute sa vie des défauts dont il ne pensera pas même à se corriger.
Adoptez donc, nous vous en supplions, adoptez ce saint exercice comme si vous aviez fait le vœu de le pratiquer tous tous les jours (1).
XIY. — Visite au saint Sacrement.
Le prêtre qui ne fait pas habituellement la visite au saint sacrement, est plus ou moins profondément engagé dans la voie du relâchement et de la tiédeur. L'une des premières pensées que Jésus inspire au saint prêtre, est de le visiter régulièrement tous les jours dans le sacrement de son amour. Si vous sentez quelque répugnance à vous acquitter de ce devoir, vous n'êtes plus dans la ferveur de la dévotion. « Ma consolation et mon » appui le plus solide, disait un jour un prêtre » vénérable, c'est l'oraison, l'examen particulier,
(1) ie ^(.lint Prêtre, chapitre De l'Examen particulier, p. 4-24, dont nous recommandons spécialement la lecture.
» la visite au saint sacrement et la lecture spiri- » tuelle : ce sont là, ajoutait-il, les quatre roues du » char qni mène le prêtre au ciel. Pour moi, ajou- )j tait-il, quand l'une d'elles se détraque, je ne vais » plus à Dieu qu"en boitant, et je ne reprends une )> bonne allure qu'en revenant à celui de ces exer- » cices que j'avais eu la lâcheté de négliger. »
Nous connaissons une paroisse populeuse dans laquelle les prêtres, sous l'inspiration de leur digne curé, se sont concertés pour faire tous les soirs ensemble, et à une heure fixe, la visite au saint sacrement. Quand l'un d'eux ne s'y trouve pas, on peut être sur qu'il est appelé ailleurs pour quelque œuvre indispensable du ministère. Exemple admirable, qui édifie singulièrement tous les paroissiens, et qui pourrait être aisément suivi dans une multitude d'autres localités !
Quoi qu'il en soit, ne vous dispensez jamais de cette visite ; en la faisant avec exactitude, vous en retirerez des fruits abondants, vous aurez infailliblement la réputation de saint prêtre, et vous serez cause que plusieurs âmes pieuses adopteront cette fervente pratique (2).