XV. — Lecture spirituelle
Yoici encore un exercice qui vous révélera votre degré de sainteté. Tant que vous serez fervent, la lecture spirituelle fera vos délices; vous y courrez comme à l'oraison. Le livre le plus pieux, le
(2) Voyez le Saint Prêtre , chapitre De la visite au saint Sacrement, page 431.
plus propre à vous unir à Dieu, sera celui que vous choisirez. Yous vous enfermerez avec lui dans la solitude de votre chambre comme avec un ami intime ; vous vous préparerez avec soin à profiter de son entretien; vous le pénétrerez avec bonheur, vous savourerez tout ce qu'il vous dira, vous le baiserez tendrement quand il vous touchera, vous vous en séparerez avec regret, vous lui direz : au revoir, et non pas adieu; puis, pour vous consoler de son absence, vous repasserez ce qui! vous aura dit et vous en ferez un saint usage.
Mais si vous cessez d'être fervent, tout sera changé. Votre ami sera toujours là, mais son entretien sera pour vous sans attrait; vous le laisserez dans un coin comme un hôte fastidieux et insipide ; vous lui ferez la honte de le remplacer par un ami frivole, et si, en souvenir du bien qu'il vous a fait autrefois, vous essayez de temps en temps de renouer connaissance, vous romprez l'entretien dès les premiers mots qu'il vous dira, et vous irez chercher de vaines jouissances.
Que cela est vrai ! et que cela devrait bien nous éclairer quand le goût de la lecture spirituelle disparaît de notre âme !
Où trouver, nous ne dirons pas un mauvais prêtre, mais un prêtre tiède et même un bon prêtre s'il n'a plus de règlement, qui aime la lecture spirituelle, qui la fasse tous les jours, qui en profite pour devenir meilleur? Disons-le, c'est ce qui ne se voit point.
Quand donc cette sainte lecture sera pour vous sans charmes, rentrez en vous-même, sondez votre intérieur, voyez où se portent vos goûts, inter- II. 22.
rogez vos œuvres ; il est impossible que vous ne trouviez pas en tout cela quoique désordre.
Ah ! jeune et tendre ami, de grâce vivez de manière à aimer toujours la lecture spirituelle ; et quand vous cesserez de l'aimer, cessez d'être infidèle pour laimcr de nouveau.
Ne vous livrez pas aux lectures futiles; le sacerdoce les repousse et les abhorre : Vanas gcneraiit cogitationes , dit saint Bonaventure , cxtinguunt mentis devotionem, et non œdificant menteni, sed potiùs inficiunt.
Aimez au contraire les lectures pieuses ; elles sont, selon saint François de Sales, Thuile de la lampe de l'oraison. « Hélas ! dit le P. Yaluy sur » ces paroles, combien de lampes s'éteignent » chaque matin faute d'huile (1) ! >->