XVI. — Le chapelet. — Dévotion à la très-sainte Vierge
Avez-vous de la dévotion à Marie ? Vous répondrez sans doute affirmativement à cette question ; quel est le chrétien, pour peu qu'il approche des sacrements, qui ne soit pas plus ou moins dévot à Marie? Mais prenez garde, ce n'est pas par une dévotion ordinaire et commune que vous devez honorer la très-sainte Vierge : cette dévotion, chez vous prêtre, doit être transcendante; il faut que les peuples, en voyant tout ce que vous direz, tout ce que vous ferez pour étendre le culte de la Mère de Dieu, pour la faire connaître, vénérer et chérir, disent entre eux : Quel tendre amour il a pour Marie ! Votre dévotion à la très-sainte Vierge doit donc êUc en vous un trait saillant, un trait distinctif (1) Voyez là Saint Prêtre, clinp. De la Lecture spirituelle, p. 413.
et caractéristique ; non pas, bien entendu, pour en tirer gloire aux yeux des hommes, mais pour les édifier et les attacher eux-mêmes tendrement à Marie.
Alimentez cette dévotion dans votre àmepar la récitation quotidienne du chapelet : prière vénérable, enrichie d'indulgences dans chacune de ses parties, et qui, pour celui qui la récite pieusement tous les jours, est comme un gage de prédestination.
Ah ! jeune et bien-aimé confrère, vous ne savez pas les dangers que vous aurez à courir dans le saint ministère où vous allez vous engager. A la vue de ces dangers, à la vue de votre inexpérience et de votre faiblesse, jetez-vous dans les bras de votre divine Mère ; choisissez-la pour guide dans la vaste forêt que vous allez traverser, et pour mériter cette faveur, imposez-vous la loi, sans aller toutefois jusqu'au vœu, de réciter le chapelet tous les jours. (1)
XYII. — Pratique de la confession pour soi-même.
Voici un point éminemment capital. Nous avons lu ou entendu dire un jour ces mots qui nous ont impressionné : « Il n'y a point de prêtre, en quel- » que état qu'il soit, qui ne trouve un prêtre pour » l'absoudre. » Si cela est vrai, c'est dire assez qu'il y a des confesseurs qui ne font pas leur devoir, car il y a malheureusement des prêtres qui ne méritent pas d'être absous.
Vous devez donc faire, en ce point si important, un choix judicieux. Ne prenez pas un confesseur
(1) Voyez le Saint Prêtre, chapitre De la Dévotion à la trèssainte Vierge, paere4ol.
au hasard ; l'affaire est trop grave pour que le hasard y intervienne.
Choisissez un confesseur éclairé, ferme, homme de règle, zélé pour le progrès spirituel de ses pénitents ; et parmi ceux qui réuniront ces qualités, choisissez le plus saint.
Tâchez qu'il ne soit pas trop éloigné du lieu de votre habitation, pour nètre pas tenté d'ajourner vos confessions.
Ne quittez pas votre confesseur sans une cause notable ; mais changez-le sans balancer s'il transige avec vos défauts, s'il vous abandonne à vous-même, s'il ne prend aucun souci de votre perfection, s'il ne prête pas main-forte à l'exécution de votre règlement, si, en un mot, il est tout autre que vous ne pensiez.
Disons-le, nos confesseurs sont souvent ce que nous les faisons. Quand ils nous voient indifférents pour tout ce qui est de la perfection, ils nous traitent comme des prêtres ordinaires et ne visent qu'à nous tenir en garde contre le péché mortel. Pour ne pas fausser à ce point la grande affaire de la direction de votre âme, formez votre confesseur si vous voulez qu'il vous forme à son tour ; et, pour cela, dites-lui dès la première confession que vous lui ferez : « Mon Père, je suis un pauvre jeune prêtre » en qui il y a de la bonne volonté, mais beau- » coup de faiblesse ; j'ai promis à Dieu, en quittant » le séminaire, de mener une vie fervente dans » mon saint état ; aidez-moi, je vous en conjure, » k réaliser ma promesse. J'ai fait un règlement » que mon confesseur a approuvé et qu'il m'a fait » promettre d'observer jusqu'à la mort. Le voici :
» lisez-le, je vous prie, à quelque moment de loisir » et pressez-en vivement Texécution. En grâce, » ne me passez rien ; interrogez-moi sur ce rè- » glement comme s'il était la loi même de Dieu. » Si vous voyez que je me relâche sur quelqu'un » de ses points, donnez-moi la pratique journalière » de ce point pour pénitence. Mes principaux dé- » fauts sont l'orgueil, la vivacité, le peu d'ardeur » pour l'étude, etc. Descendez à chaque confession i> dans le détail des péchés que ces défauts me fe- » ront commettre ; appelez vivement mon at- )) tention sur ces péchés, jamais je ne m'offenserai » de vos réprimandes ; elles me prouveront au » contraire l'intérêt que vous prendrez à mon àmc. » Si mes confessions deviennent un peu plus rares » qu'au passé, avertissez-moi dès que vous le » rembarquerez. Je veux être un saint prêtre, ne » négligez rien pour me forcer à le devenir. »
Que de jeunes prêtres éviteraient le relâchement et se maintiendraient dans l'habitude de la ferveur, s'ils suivaient ces règles ! Suivez-les, vous, avec fidélité, et vous verrez quels prodiges de grâce elles opéreront en vous.
Appliquez ces principes aux prêtres dont vous serez plus tard le directeur.
Un mot seulement encore : Confessez-vous fréquemment. Les saints prêtres se confessent toutes les semaines ; les bons prêtres ordinaires ne dépassent pas la quinzaine : se confesser plus rarement, est un signe évident de relâchement et de tiédeur (1).
(1) Voyez et lisez attentivement le chapitre du Saint Prêtre, intitulé : Le prêtre à confesse, etc., page 46 i.
XVIÏI. — Considérations générales sur le saint ministère.
Nous avons vu votre arrivée dans la paroisse, vos premiers rapports avec votre curé, vos premières visites aux paroissiens et votre première apparition à Téglise. Nous avons vu ensuite les divers points de conduite personnelle qui font l'objet du règlement que vous avez adopté ; il nous reste maintenant à vous donner quelques avis très-pratiques sur Texercice du saint ministère.
?>ous l'avons dit, la perspective de ce ministère auquel vous deviez être prochainement employé, était au séminaire la matière de vos préoccupations et de vos craintes; et aujourd'hui que vous allez vous mettre à l'œuvre, ces craintes augmentent au lieu de s'affaiblir. Mais écoutez-nous, jeune confrère : si vous êtes un saint prêtre, et si vous avez, pour ainsi dire, juré de continuer de l'être, loin de vous effrayer du divin ministère, vous devez l'embrasser avec une sainte allégresse. Que le mauvais prêtre et le prêtre tiède frémissent en s'y ingérant, cela doit être, ou plutôt cela devrait être : Dieu n'est pas avec eux, et quand on négocie l'œuvre de Dieu sans le concours et l'appui de Dieu, on ne va pas loin sans faire des chutes affreuses. Mais quand on a des intentions pures; quand on se défie de soi-même et qu'on ne fait fond que sur l'assistance divine ; quand on veut résolument et à tout prix sauver des âmes et se sauver soi-même; pourquoi trembler? N'est-ce pas le cas de dire avec l'Apôtre : Si De^JS pro nohis, quis contra 7ios ?
La vie du prêtre, quand elle est ce qu'elle doit
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èire, est une vie éminemment sanclifiante : sanctifiante pour lui-môme, sanctifiante pour ses frères dont il est réellement le second rédempteur. Quelle vie que celle d'un homme qui est constamment ou en prière, ou à l'élude, ou en communication avec les âmes pour les gagner à Dieu ! Prenez la journée d'un saint prêtre depuis son lever jusqu'à son coucher, et dites-nous ce que vous y voyez d'efTrayant, ou plutôt dites-nous si tout n'y est pas matière de consolation et motif légitime de confiance.
Vous objecterez sans doute que la responsabilité des âmes que l'on dirige est terrible ; c'est vrai, et c'est ce qui doit faire prendre toutes les précautions pour n'être pas écrasé sous le poids d'un tel fardeau. Mais si on les prend, ces précautions, si l'on étudie selon ses moyens pour pouvoir se dire qu'on n'est pas dans une ignorance coupable ; si l'on consulte dans les cas embarrassants et douteux; si l'on cherche en Dieu par une prière fervente et assidue les lumières et l'appui qu'on ne trouve pas en soi-même; encore une fois, pourquoi trembler ?
Yoyez le saint prêtre : quel calme ! quelle sérénité ! quelle délicieuse ferveur ! nous ne craignons pas do le dire, il est incontestablement le plus heureux des hommes. Les tribulaiions mêmes dont il est quelquefois abreuvé, redoublent sa joie au lieu de l'altérer, et il dit comme saint Paul : 6'?^perabundo gaudio in oiiini trihulatiGne nostrâ. Quel beau mot que celui de ce fervent jésuite qui , après avoir travaillé toute sa vie à sauver des âmes, répondit à quelques-uns de ses Itères qui lui disaient
de tempérer sa confiance en Dieu par la pensée de sa justice : <( Eh quoi! ai-je donc servi Mahomet? >> J"ai servi un Dieu fidèle et reconnaissant, quelle » crainte puis-je avoir? »
Rassurez- vous donc, bien-aimé confrère. Soyez un saint prêtre, vivez en saint prêtre, et après cela saluez d'un regard d'humilité et de confiance le glorieux ministère que vous allez remplir.