‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 2)Chapitre 16 sur 279 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

odes en dialogue, plusieurs épigrammes, des odelettes de i8 à 8 vers, dans une langue franche, naïve, bien gauloise, qui n'est pas le moindre de leurs attraits. Pouvait-on croire que leur auteur était celui-là même qui avait écrit en triades pindariques, sur le mode sublime, VOile de la Paix, longue de 500 vers et celle de 816 vers A Michel de FHospital} Était-ce le même qui en 1550 prétendait s'éloigner par tous les moyens de la poétique de ses prédécesseurs, « prenant stile apart, sens apart, ouvre apart, ne désirant avoir rien de commun avecq' une si monstrueuse erreur » ' ?

C'est qu'au premier détour du « sentier inconnu >», par où sa juvénile ardeur l'avait alors entraîné loin de l'école Marotique, Ronsard avait été séduit par l'élégant badinage de quelques poètes anciens. A vrai dire, ils ressemblaient singulièrement à Clément Marot et à certains de ses disciples, qui d'ailleurs s'en étaient parfois inspirés -. Mais ils étaient fils ou petits-fils de Lesbos, de Téos, d'Alexandrie et de Rome, ce qui leur donnait un charme irrésistible. Ronsard avait donc allègrement suivi leurs pas et s'était laissé ramener par eux à la simplicité, à l'enjouement et à la grâce, qu'il n'aurait jamais dû fuir. Bref, l'ancienne école et la nouvelle s'étaient rejointes dans l'Antiquité païenne par l'imitation des épigrammatistcs et des petits lyriques grecs ou de leurs imitateurs latins et néo-latins, auxquels il convient d'ajouter certains poètes italiens, sensuels ou burlesques, qui ont contribué pour leur part à ce rapprochement, car de 1552 à 1556, Ronsard s'inspira d'eux dans ses sonnets, ses folastries et ses blasons '. Mellin de Saint-Gelais, dont la manière triomphait ainsi indirectement, eût pu le railler à son aise ; il se contenta de lui adresser ce curieux sonnet, où la pointe d'ironie vient à propos tempérer l'expression d'une sincère admiration :

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