VI INTRODUCTION
valoir des partisans dans toutes les classes de la société. Ce clungciueiit d'attitude fut beaucoup moins une conséquence qu'une cause de son succès, et Ronsard savait parfaitement ce qu'il y gagnerait. Au reste, les Grecs ne lui avaient-ils pas donné l'exemple? L'/liillx>hgie n'était-ellc pas un recueil de fleurs très humbles et cependant très parfumées ? Les plus doctes poètes depuis Catulle n'avaient pas craint de s'abaisser et de dérider leur front i;rave. Ils avaient prouvé que le domaine de l'an n'a pas de limites, qu'il peut s'exercer et se manifester sur toutes sortes de matières, que les petits sujets enfin exigent souvent de l'artiste plus d'efTorts que les grands et partant plus de mérite. Un sonnet sans défaut ne valait-il pas un long poème ? Ces pensées, Ronsard les avait toujours eues, même au plus fort de ses accès d'enthousiasme pindarique. Mais le besoin de faire du bruit et d'impressionner fortement dès l'abord par du nouveau, du sublime et du mystérieux, les avait en quelque sorte refoulées ou éclipsées de 15.15 à 1551 environ. Vers 1552, elles devinrent pour lui des vérités de premier ordre qui allèrent en s'afTirmant et s'imposèrent de plus en plus à son esthétique durant la période de sa maturité.
Les conseils de ses protecteurs, tels que M. de l'Hospital et J. de Morel, les conversations échangées sans passion avec des unis compétents, tels que Du Bellay, Baif, Denisot, Belleau, les ripostes de l'ancienne école poétique aux attaques de la nouvelle, en particulier les raisonnements si judicieux du poète charollais, G. des Autels, qui ne croyait pas inconciliables les principes de l'une et ceux de l'autre ', enfin l'enseignement et l'exemple récents de Muret, auteur des Juvetiilia, tout cela fit réfléchir Ronsard et lui ouvrit les yeux. Nous avons vu que son revirement se manifesta, pourconmienccr, de façon bruyante et immodérée par la publication des Folastries, dont une bonne partie venait de VAntl>ologie grecque de Planude et l'autre reprenait en l'exagérant la tradition nationale. Puis, presque aussitôt, avec
1. V. les préfaces du Ref>cis de plui grand travail {l'i^o), de V Amoureux repcs et des Fneons lyriques (iJSî).