‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 2)Chapitre 9 sur 279 · INTRODUCTION XIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIII

Le titre de Bocage donné par Ronsard à son recueil de 1554 n'était pas nouveau; il l'avait adopté déjà en 1550 pour la série des odes irrégulières reléguées à la suite de ses Quatre premiers livres d'Odes. Mais cette fois il était plus opportun ; il correspondait bien mieux au titre de Silvae choisi par Stace pour désigner un recueil de poésies mêlées, d'inspiration et de forme différentes, comparable à une forêt composée d'arbres de nature et de grandeur diverses '. Rien de commun entre les deux premiers Bocages de Ronsard, si ce n'est que celui de 1554 reproduit vers la fin un groupe de six odes déjà parues dans celui de 1550. Si l'on remarque, d'autre part, que le Bocage de 1554 non seulement ne contient pas un vers qui s'adresse au roi, à la reine, à un prince ou à une princesse, mais encore débute par une ode défavorable aux « grans Seigneurs », on verra quelle grave erreur ont commise, jusqu'à nos jours, certains historiens, éditeurs et critiques, en le confondant avec le Bocage royal, lequel n'a aucun point commun avec lui et n'a formé une section des Œuvres de Ronsard qu'en 1584. Bien mieux, rien n'est moins « royal » que le Bocage de 1554 : malgré quelques doctes passages insérés à dessein, les vœux, épitaphes, odes, odelettes, sonnets, épîtres, élégies, épigrammes et blasons qui le composent offrent le même ton simple, osons dire populaire, souvent d'ailleurs plein de finesse, qui caractérise la Muse de Ronsard en 1553 et 1554. Toutes ces oeuvres confirment ce que nous avons dit de l'évolution esthétique de Ronsard en ces années-là. Lui-même a déclaré au début d'un blason marotique, en s'inspirant de Virgile :

On n'aquiert pas petite gloire A traicter bien un œuvre bas.

Le bon ménétrier ne joue pas toujours les mêmes airs ; le poète qui veut plaire ne doit pas toujours se guinder sur de grands sentiments ou de nobles sujets ; tant pis pour les gens graves qui ne priseront pas sa nouvelle manière ^.

1. Laurent de Médicis et Alanianni avaient aussi publié àtsSelve, et J. Seccnd des Sxlvae, en donnant à ce titre le même sens que Stace.

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