Graphie courante encore au x%'i° siècle
j. Marie Stuart, par son père Jacques V et la mère de celui-ci, Marguerite TuJor, descendait du roi d'Angleterre Henry VII ; elle prétendait donc à la couronne des Tudor et c'est là l'origine de sa rivalité avec Hlisabetli d'Angleterre. L'Hospital écrivait de son coté au moment du mariage de Marie Stuart : « Marie apporte par contrat à son époux le royaume d'Ecosse. C'est peu, diras-tu, si l'on compare les deux couronnes, mais combien de fois la France a-t-elle recouru à l'Ecosse au moment de ses crises ! Quand les Anglais débarquaient en France, les Ecossais se ruaient en masse sur les provinces abandonnées, faisaient rebrousser chemin aux ennemis communs et délivraient ainsi notre pays de ses envahisseurs... Notre vieille alliée, quoique séparée par les mers et une longue traversée, vivait sous les mêmes lois que nous ; les deux sceptres seront d'un accord unanime portés parla même main. Les Anglais, qui nous séparent et qui restent les ennemis communs, refouleront leur antipathie et se donneront à leur héritière naturelle du côté maternel ; s'ils aiment mieux combattre, ils sauront ce que peuvent deux nations courageuses et bien unies. Je vais loin peut-être, mais Guines et Calais sont prises et les dieux laissent revivre nos espérances » (op. cit., livre IV, éd. cit., p. 244 et suiv.).
124 Les mescreans hors de la terre saincte ' :
Ta fille aisnée encores doit avoir Ce Roy qui passe en biens & en pouvoyr Les Roys d'Europe, à qui toute l'Espaigne,
128 Flandres, Millan, la Secille & Sardaigne,
Naples, Majorque obeyssent ainsy Que desoubz toy ce grand Royaume icy * : D'une autre part le grand Duc d'Austrasie
152 Ton autre fille en espouse a choisie 3 :
Et ta petite est pour le filz aisné Du Roy, qui s'est pour ton gendre donné 4 : D'une autre part ta scur, en qui repose
136 Toute vertu, est maintenant l'espose
De ce grand Duc qui souloit te hayr.
Et maintenant est prest de t'obeyr, Amortissant toute noyse ancienne,
140 Ayant conjoinct sa race avec la tienne 5.
128. ^7-7.? la Secile, Sardaigtie 135-136. 7<? rimes repouse... espouse
1. Ils riveront, comme l'avait fait Charles VIII, de devenir empereurs d'Orient et rois de Jérusalem, après en avoir chassé les Turcs. Cf. la fin de ['Exhortation à la paix, ci-dessus, p. 17 et suiv.
2. Philippe II, roi d'Espagne et de ses dépendances, énumérées ici (moins les colonies d'Amérique). L'expression « doit avoir» du vers 125 indique que la pièce a été composée avant le mariage d'Elisabeth de France, qui eut lieu le 22 juin. Ronsard, comme M.-C, de Buttet, parle de ce mariage futur comme s'il avait lieu au moment où il écrit. Il imagine ce qui se passera.
3. Charles, duc de Lorraine, avait épousé Claude de France, fille cadette d'Henri II, dès le 22 janvier 1559.
4. La petite princesse Marguerite, qui n'avait que six ans en 1559. était alors destinée à Don Carlos, fils aîné de Philippe II ; mais elle épousera en 1572 Henri de Bourbon, roi de Navarre, notre futur Henri IV.
5. La princesse Marguerite, tante de la précédente, a épousé le duc de Savoie, Philibert-Emmanuel. On savait à la Cour, dès]février ou mars, que ce mariage était décidé. Les expressions employées aux vers 136 et 140, prises à la lettre, pourraient faire croire que la pièce a été compo»
140 CHANT DE LIKSSE
Qui donques Roy fut jamais si heureux, Si plain d'honneur, d'enfans si plantureux, Qui desoubz toy ja granJetz apparoissent
1 14 Comme syons qui soubz un arbre croissent ' ?
Qui vivent tous ^, & si n'en as pas un Qui soit pourveu d'un petit bien commun, Car ilz sont tous abondans en richesses
148 Ou Roys, ou Ducz, ou Roynes, ou Duchesses.
Tu es gaillard, tu es jeune & dispos.
Et qui plus est tu as mis en repos Ton peuple & toy : car sans la paix publique
152 Peu t'eust vallu ton bon heur domestique.
Tu as par tout ton peuple obéissant :
Mais le seul poinct qui te rend si puissant C'est le service, & la fidelle peine
156 De la maison illustre de Lorreine,
Qui t'a servy & en guerre & en paix Et jusqu'au ciel a egallé tes faits J :
sée après ce in.iri.ige. Or, il n'en est rien, puisque le roi, auquel Ronsard s'adresse, était mourant quand la cérémonie eut lieu (v. ci-dessus, note du vers 72).
1. Le mot « sion » est encore employé par nos cultivateurs pourdésigner des rejetons d'arbre. Déjà vu au tome VI, p. 142.
2. Le roi Henri II a eu dix enfants légitimes, de Catherine de .Médicis, dont cinq tîls ; ni.us il avait perdu un fils, Louis, en 1550, et deux filles jumelles presque .i leur naissance en IÎS6. Survivaient en 1559 : François, Elisabeth, Claude, Charles, Marguerite, Alexandre-Edouard (futur Henri III), Hercule (futur François d'Anjou). Voir le tome VII, p. 36, note I.
3. Il eût été plus exact de dire : la maison de Guise, qui représentait la branche cadette de la maison de Lorraine. Les Guises étaient alliés à trois maisons souveraines, celle de Lorraine dont ils descendaient, celle de l'errare (par le miriage du capitaine François de Guise avec Anne d'Esté) et celle d'Ecosse (par le mari.ige de Marie de Guise avec Jacques V). Ils se glorifiaient aussi de descendre de la maison dWnjou, qui avait régné jadis sur Naples et la Sicile. Le capitaine François, laine de la famille, et son ca.let Charles cardinal de Lorraine, qui dirigeait à la fois les affaires de l'intérieur et celles de l'extérieur, furent tout puissants sous les règnes de Henri II et de François IL Cf. Forneron, Les ducs de Guise et leur époque, tome I.
C'est d'autre part le service agréable 160 De ton vaillant & saige Connestable ',
Auquel tu fais comme à ton père honneur, Et dont les ans t'ont servy de bon heur, C'est un d'Albon, un Chastillon, & mille 164 Autres seigneurs dont la France est fertille ^.
Donques ayant tant de félicité, Contente toy de ceste humanité, N'aspire point aux deitez d'Homère ', 168 Bien qu'en ses vers ilz facent si grand chère 4,
Et vy cent ans en France bien heureux, Car ton bon heur vau* bien celuy des Dieux s.
Fin.
1. Anne de Montmorency, grand connétable depuis 1558, puis disgracié dans les dernicres années du règne de François I", était rentré en faveur auprès de Henri II, dont il était devenu le conseiller indispensable. Fait prisonnier par les Espagnols à la bataille de Saint-Quentin, il avait été le plus pressant instigateur du traité de Cateau-Cambrésis, qui le délivra. Et depuis son retour (déc. 58) il était redevenu tout puissant. Cf. Décrue, op. et ïoc. cit. — Le vers suivant fait allusion à une réalité : Henri H l'appelait son • compère », et la sœur de Henri H l'appelait son « bon père ».
2. Le maréchal d'Albon de Saint-André et l'amiral Gaspard de CoHgny. Pour ces deux personnages et les « autres seigneurs », voir au tome VIII V Hymne de Henry H («p. 28 à 29) et le Temple des ChasHUons.
7,. Même conseil qu'au tome I, p. 82 et 89.
4. Noter le pronom masculin il^, mis pour le nom féminin deile^, sorte de syllepse fréquente chez les poètes du xvi' siècle.
5. Souhait vraiment pathétique, quand on songe que, quelques semainesplus tard, le roi Henri II devait mourir si tragiquement.
f V y T E DÉ