‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 3)Chapitre 159 sur 215 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

Pierre de Ronfard Vandomois.

A PARIS, DE L'IMPHIMERIE DE ROBERT ESTIBNNE.

Auec Priuilege du Roy.

Fac-similé du filie fie la première édition.

A LA ROYXE MERE Sonet.

Depuis la mort du bon Prince mon Maistre, Vostrc mari, mon seigneur & mon Roy, J'ay tant receu de langueur & d'esmoy, Q.u'avequcs luy presques je me sens estre.

Un nouveau dueil en mon cueur je sens naistre, Quand près de vous, Madame, je ne voy Sa majesté, qui faisoit cas de moy.

Et qui pour sien me daignoit reconoistre.

En regardant de toutes pars icy

Je ne voy rien que larmes & soucy, Toute tristesse a sa mort ensuyvie.

Ses serviteurs portent noire couleur

Pour son trespas, & je la porte au cueur, Non pour un an, mais pour toute ma vie.

Éditions : Suitr de r Hymne..., plaquette de I5S9- — Œiafts (Poëmes. 5* livre) 1560; (Sonnets à diverses personnes) 1567 à IS87.

Titre. 84-8^ A la Royne Catherine de Medicis.

SUYTE DE L'HYMNE

DE TRES-ILLUSTRE PrIN'CE ChARLES CARDINAL

DE Lorraine ' .

Quand j'achevay de te chanter ton hymne *, Où ta louange entre les Rois insio;ne 3 Est peinte au vif, & de mille couleurs Resemble un pré tout émaillé de fleurs, Je n'esperois de plus mettre en lumière Autre vertu que ta vertu première, Comme perfaicte en sa perfection :

Mais je fus loing de mon intention.

Car de rechef en vovci de nouvelles

Éditions. — Suyte de l'Hymne..., plaquette de IS59. — Œuvres (Hymnes, i" livre) 1560 à 1578. — Supprimé en 1584. — Reproduit dans le Recueil des Pièces retranchées en 1609 et éd. suiv., d'après le texte très réduit de 1578 (sauf quatre var. nouvelles).

Titre. j8 Suite de l'Hymne de Charles cardinal de Lorraine 3-4. 162^ et Bl. Dépeinte au vif & de mille couleurs, Ressemble

1. Cette « suite > a été composée très probablement en avril 1559, plus de quatre mois après V Hymne de Charles cardinal de Lorraine, qui remonte à décembre 1 5 58. V. ci-dessus l'Introduction. Mais elle ne parut qu'après la mort de Henri II, comme en témoigne le sonnet à la Reine mère, imprimé en tète de l'édition princeps et reproduit ci-dessus.

2. C'est bien à l'Hymne du Cardinal de Lorraine que fait suite cette pièce, et non pas à YHymne de U Justice, comme Blancliemain l'a dit dans une note de son édition (t. V, p. 270). Son erreur vient de la table du « Recueil des pièces retranchées 1 dans les quatre éditions de 1609, 1617, 1625 et 1650. Mais ces mêmes éditions donnent bien pour titre à cette pièce : Suitle de THynne de Charles cardinal de Lorraint ; et c'est immédiatement après cet Hymne qu'elle figure dans les éditions collectives de i)6o à 1578.

}. Rimes phonétiques : on prononçait hine et insine.

Ronsard, IX. 10

SUYTE DE l'hymne

Qui à l'envi sont encores plus belles '. Ta vertu semble au champ gras & fertil, ,2 Auquel le grain ne se germe inutil,

Mais en croissant en espic se façonne, Et cest espic en semence foisonne :

Ou comme au soir à l'embrunir des cieux ,6 Un astre icy s'apparoist à nos yeux,

Un autre là, puis vers l'Occidentale, Puis vers la part de l'Ourse Boréale Une autre estoille, & puis une autre auprès, 20 Et puis une autre, & puis dix mille après.

En ceste sorte S ô Prélat vénérable.

Ta vertu propre apparoist innombrable :

Et tout ainsi qu'autour de la minuict Toute planète également ne luit.

Mais une seule au milieu de la bande Reluit plus clere, & plus belle, & plus grande : Ainsi reluit & plus cler & plus beau Sur tes honneurs cest honneur tout nouveau, Que tu t'acquiers pour avoir retirée Çà bas du ciel la paix tant désirée î.

I Ces . vertus nouvelles . consistent, ainsi qu'on le verra daiis les vers suivants.» avoir enfin obtenu des Impénaux la conclusion de la paix. Mais comme on le verra aussi, ce nest p..s •->" Cardinal qu en re>enait le mérite. Ce début prouve à nouvciu que 1 H^fi'if du Cardinal <U Lorrain, fut composé à h tin de is^S. alors quon ."<= P;.^^oy»'| P" encore la fin des né«oci.uions et le rôle qu y louerait ledit Cardinal. Les conférences commencées à Cercamp avaient etc suspendues le 26 novembre 1,58; elles ne reprirent que le 6 février 1559 au Cateau- Gimbrésis (v. Romier, Orig. polit, des guerres de rel., tome 11).

. C -à-d. : de la même manière. Ci. lexprcssion . en ce point ..qui m.ûquc aussi le 2- terme d'une comparaison (ci-dessus HymntiuCard.

de Lorraine, vers 141, et au tome V, p. i>6, vers j).

? Sur les conditions de cette paix, rien moins que glorieuse pour la France, v. Forneron. Lesdua de Guise, tome I, p. 255 " suiv. : Romier. op. cil., tome H, p. 509 et suiv. ; ci-aprés le Discours au duc de Savoie, note du vers 262.

Or tu n'as pas ce bien tant désiré

52 Du hault du ciel seulement retiré,

Pour le laisser au bout de quelque année

Evanouir ainsi qu'une fumée :

Mais chèrement tu le gardes, & veux

}6 Qu'il serve à nous, &. à tous nos nepveux ',

Pour en jouir, comme une chose acquise Par toy Prélat, le plus grand de l'Eglise. Si à Ceres jadis on a basti

40 Des temples saincts pour avoir converti

Le glan en blé, quand la tourbe inciville Laissa les bois pour habiter la ville ^ : Si à Bacchus on feit honneurs divins

44 Pour nous planter seulement des raisins:

Et si Pallas, pour estre inventeresse D'un olivier, se feit une déesse' :

France te doit & temples & autels,

48 Et te doit mettre entre les immortels,

Et te nommer le Guisian Alcide, Qui de la guerre as esté l'homicide :

[Car ce n'est moins de nous donner la paix

52 Que voir soubs toy nos ennemis défais].

Au temps que Mars ses portes eut decloses. Par ton conseil ton frère a faict des choses

Page 1