INTRODUCTION XVII
La deuxième pièce pourrait passer pour avoir été composée après le mariage de la princesse Marguerite, si l'on s'en tenait à son titre et aux allusions de son texte. Ce serait une grave erreur. Toute la Cour savait dés la fin de l'année précédente que l'une des clauses du traité en préparation serait l'union de cette princesse et du duc de Savoie. Un privilège daté du 23 février 1558 (= 1559 n. st.) qualifiait déjà Ronsard « aumônier ordinaire de Madame de Savoye » ' ; Michel de l'Hospital était allé au Cateau le 18 mars pour établir le contrat. « Le sieur de Savoie aura à femme Madame Marguerite de France », ces simples mots constituaient l'artic'e peut-être le plus important du traité du Cateau ^ On savait en outre que la cérémonie officielle devait avoir lieu aux environs du i" juillet. On pouvait donc en parler comme d'un fait accompli bien avant le jour de cette cérémonie. Si, d'autre part, on tient compte du premier alinéa, qui montre que Ronsard s'était éloigné de la Cour une fois de plus par dépit, des vers 15 et 248, qui placent la scène champêtre au mois de mai et dans le Vendomois, enfin des vers 287 et suivants, qui font allusion à Y Epithalame écrit par Du Bellay en collaboration avec la famille Morel, on peut dater la composition de cette pièce de la première quinzaine de juin. Le contrat fut signé le 27 juin au palais des Tournelles ; le mercredi 28 on célébra officiellement les fiançailles et le mariage fut fixé définitivement au 4 juillet. Les préparatifs commencèrent à Notre-Dame, à l'Evêché et au Palais de la Cité. Mais tout fut arrêté par l'accident mortel de Henri II au tournoi du 30 juin. Pourtant, à la prière du roi moribond, le mariage eut lieu, mais ce fut sans aucune pompe, la nuit du 9 au 10 juillet, aux Tournelles, dans la chambre d'Elisabeth, nièce de Madame Marguerite et reine d'Espagne par son propre mariage tout récent'. Le lendemain le roi de France mourait.