‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 3)Chapitre 197 sur 215 · S-S4 Dedans le ciel | Sj En l'air venteux · texte numérisé non relu

S-S4 Dedans le ciel | Sj En l'air venteux

différents, alors que, sous cette double allégorie, il n'a voulu désigner que la princesse Marguerite. Je dois l'indication de celte source iulienne et l'observation qui l'accompagne à M°" Hulubei, que j'en remercie vivement.

Ensuite l'idée m'est venue que le texte de ce passage dans les éditions du XVI* siècle pouvait bien présenter une variante (o à la plau dt t), à' xmtant plus que J. Martin a traduit en 1544 :

Car mort soudaine en furear nous a pris

Celle qui doit avoir autant de pris

Qu'Egcria ou Manto la Thebaine.

Je me suis donc reporté à l'édition de Venise (Marchio Serra, I5}2), « con somma diligenza corretta » ; et j'ai constaté que son texte portail bien : & la Tliebana Manto, — ce qui donne à croire que Ronsard avait sous les yeux le texte italien à coté de la traduction de son ami Martin, et qu'il a préféré suivre le texte italien. la princesse Marguerite étant pour lui et les poètes de son école une Manto et en même temps une Egérie.

I. On trouve de semblables apostrophes, et pour une raison analogue, dans VArcadia de Sannazar, égl. x et xi.

Si m'en croyez, allons en Arcadie,

2j8 Et fléchissons de nostre mélodie

Roches & bois, tygres, lyons & loups, Puis que la France est ingrate vers nous ' : Puis que la Nymphe en qui fut l'espérance

232 Des bons sonneurs s'escarte loing de France,

Allons nous-en, sans demeurer ici Pour y languir en peine & en souci.

Qui fera plus ^ d'un annuel office

236 Parmi les bois aux Muses sacrifice ?

Et qui de fleurs les ruisseaux sèmera ? Qui plus le nom de Pales 5 nommera Parmi les champs ? &' qui plus aura cure

240 De nos troupeaux & de nostre pasture ?

Qui plus à Pan vouldra recommander Les pastoureaux, & pour eux demander ?

Qui de leur flûte appaisera les noises ?

244 Q.ui jugera de leurs chansons françoises ?

Qui donnera le pris aus mieux disans.

Et sauvera leurs vers des mesdisans •♦ ?

232. Sj s'absente de la France 257. yS-Sy Qui plus de fleurs 240. Sj pour leur donner pasture

241-242. jS-Sj Qui plus à Pan daignera présenter Les pastoureaux pour les faire chanter

24s. On lit en jç au mieux (éd. suit, corr.)

1. Le mol ingrate n'a pas tout à fait ici le sens latin de j/^'n7«; qu'il a au vers 200; c'est une allusion à ce fait que la Cour ne récompense pas les poètes selon leur mérite (v. ci-dessus vers 1 3 et 14) et les récompensera moins encore quand la princesse Marguerite aura quitté la France.

2. Ici et dans les vers suivants ce mot a le sens de désormais, qu'il a conservé dans l'expression négative : ne... plus.

3. Divinité qui protégeait les bergers et leurs troupeaux dans la mythologie romaine.

4. Allusion à l'intervention de la princesse Marguerite auprès de son frère Henri II, en faveur des poètes de la Pléiade, notamment dans la

Adieu, troupeau, qui près moy soulois vivre,

248 Adieu \'andome, adieu, je la veux suivre

Par les rochers, les antres & les bois, Savoysien en lieu de Vandomois ».

Dans le pays où la belle Aialante ^

252 Mettra les piedz, tousjours dessous sa plante ',

Fusse en hyver, les roses s'esclouront Et de laict doux les fontaines courront, Les chesnes durs suront la liqueur rousse

256 Du miel espez, & la manne tresdouce

Sur les sommets des arbres s'assira Et sur le tronc le beau liz fleurira.

Les chesnes creux parleront les oracles 4,

260 Là plus qu'en France on voirra des miracles :

Car les rochers notre langue apprendront, Et les pinsons, rossignols deviendront : Tous les pasteurs au retour de l'année,

252. 60 par erreur le pies (éti. suiv. corr .) 2)j. 6j-yS Sur le sommet des arbres coulera 258. ^o-yj Et sur leur tronc | jS texte firiviilif 255-258. 84-Sj suppriment ces quatre vers 260. 6j-Sj Plus que j.imais on voirra de miracles

querelle entre Saint-Gcl.iis et Ronsard. Cf. les odes A Madame Margiutite aux tomes I et III de la présente édition.

1. Ce passage nous apprend que Rons.ird, au printemps de 1559, s'était retiré à N'endoine, de ch.igrin et de dcpit. Il en revint sans doute en juin pour les fêtes des ntariages princiers (v. ci-aprcsles Inscnptù-ns). Mais, bien qu'il eut alors le titre d' « aumônier du Roi et de Madame de Savoie », il ne suivit pas celle-ci dans son duché ft laissa échapper une fois de plus l'occasion d'aller en Italie. D'ailleurs, sa protectrice ne quitta la cour de France qu'au mois de novembre 1559, pour rejoindre son mari .i Nice, où elle denieu-^a jusqu'à la fin de l'année suivante (cf. Winifre^t Stephens. o/>. cit., chap. XII et XIII).

2. Fille d'un roi de Scyros, qui avait promis sa main à celui de ses nombreux prétendants assez agile pour la vaincre à la course. Grâce au stratagème des pommes d'or, suggéré par Vénus à Hippoméne, celui-ci fut vainqueur. Cf. Ovide. Met.. X. 567 et suiv.

5. C.-à-d. : sous ses pieds (sens du latin planta). 4. Comme ceux de la foret de Dodone en Epire. qui proféraient les oracles de Jupiter.

264 Luy dédieront une feste ordonnée,

Feront des veus, & donneront le pris A qui sera de chanter mieux appris • : Si qu'à jamais comme une colonibelle

268 Par les pasteurs volera toute belle

De bouche en bouche, & par raille beaux vers Son nom croistra dedans les arbres verds, Qui garderont dans l'escorce entamée

272 A tout jamais sa vive renommée,

Qui deviendra plus vieille quelque jour Que ces rochers qui sont tout à lentour. Tant qu'on voirra sur les Alpes chenues

276 Ou s'appuyer ou dégoûter les nues,

Tant qu'en hyver on voirra les torrans Avec grand bruit encontre val courans, Tant que les cerfs aimeront les bocages,

280 L'air les oiseaux, les poissons les rivages,

Tant que mon cueur mon corps animera, Tant que ma main ma musette aimera, Tousjours par tout, sans repos & sans cesse,

284 Je chanteray cette belle Déesse,

La Marguerite, honneur de notre temps, Dont la vertu fleurit comme un printemps *.

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