‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 4)Chapitre 112 sur 263 · yS-Sj par fiere destinée 426. 78-8J Le Soleil s'en-nua · texte numérisé non relu

yS-Sj par fiere destinée 426. 78-8J Le Soleil s'en-nua

1. Ronsard avait déjà comparé Catherine de Medicis à Cybèle et à Junon (t. VII, pp. 3 5 et 36). — La source primitive de tout ce passage est encore Virgile, op. et /oc. cit. ; mais c'est toujours l'cgloguede Navagero que suit Ronsard :

Ergo omues, veluti et Phœbo Panique quotannis

Pastores certis statuent tibi sacra diebus,

Magne pater, nostrisque diu cantabere sylvis, etc.

2. C.-à-d. : par un cruel destin mourut prématurément. 11 s'agit du roi Henri II, frappé à mort dans un tournois (juin-juillet i JS9).

Ronsard, XIIL 7

9^ ëlegîes

428 Abhominant la terre en vices si féconde *, Les Nymphes l'ont gemy d'une piteuse voix', Les Antres l'ont pleuré, les rochers & les bois. Vous le sçavez, forests, qui vistes es bocages

432 Les loups mesme le plaindre, & les lions sauvages.

Ce fut ce Henriot qui remply de bon heur

Remist des Dieux banis le service en honneur,

Et, se monstrant des ars le parfait exemplaire,

436 Esleva jusqu'au ciel la gloire militaire.

Tout ainsi que la vigne est l'honneur d'un ormeau,

Et l'honneur de la vigne est le raisin nouveau,

Et l'honneur des troupeaux est le Bouc qui les meine,

440 Et comme les espicz sont l'honneur de la plaine,

Et comme les fruitz meurs sont l'honneur des vergers, Ainsi ce Henriot fut l'honneur des Bergers. Q.uantefois avons nous depuis sa mort cruelle

444 Labouré les sillons d'une peine annuelle ! Las ! qui n'ont raporté en lieu de bons espicz Q.u'yvraie, qu'aubifoin, que ponceaux inutilz ! Les herbes par sa mort perdirent leur verdure,

448 Les roses & les liz prindrcnt noire teinture, La belle Marguerite en prist triste couleur. Et l'œillet sur sa fueille escrivit ce malheur ^.

443-444. S4-Sy Quantesfots nostre soc, depuis sa mort cruelle, A fendu les guerets d'une peine annuelle 450. 'yS-Sj son malheur

1. Souvenir de Virgile, Georg., I, 466 à 468. — Au reste pour tout cet éloge funèbre, Ronsard s'est inspiré à la fois de Virgile, Bue. V, 20 à 44 (thrène sur la mort de Daphnis), $6 à 80 (apothéose du même), et de Sannazar, op. cit., prose V, sur la mort d'Androgeo, et chant d'Ergasto qui la suit. Cl. Marot avait déj.i imité ces auteurs dansson églogue lyrique sur le trépas de Madame Loysede Savoie, mère de François I"

2. Allusion aux légendes antiques relatives à certaines fleurs, nées du sang d'Ajax et d'Hiacyiithe et marquées d'un signe de deuil (Ovide,

Pasteurs, en sa faveur semez de fleurs la terre, 452 Ombragez les ruisseaux de pampre & de lierre.

Et de gazons herbus, en toute saison vers, [24 v^]

Dressez luy son tombeau & y gravez ces vers :

L'ame qui neiit jamais en vertu sou egalle, 456 Icy laissa son voile en tranquille repos :

Chesnes, failles ombrage à la tombe Royalle,

Vous ne fistes jamais ombrage à si beaux os. O berger Henriot, en lieu de vivre en terre 460 Toute pleine de peur, de fraudes & de guerre,

Tu vis là haut au Ciel, où mieux que paravant

Tu vois desouz les piedz les astres & le vent.

Tu vois desoubz tes pieds les astres &. les nues, 464 Tu vois l'air & la mer & les terres conneues

Comme un Ange parfait délié du soucy

Et du fardeau mortel qui nous tourmente icy '.

O belle ame gentille au Ciel la plus haussée, 468 Qui te moques de nous & de nostre pensée,

Et des apas mondains qui ne nous font sentir

Apres un vain plaisir sinon le repentir.

Ainsi qu'un beau Soleil entre les belles âmes 472 Environné d'esclairs, de rayons, & de flames,

454. 6y-y] Dressez sa tombe verte | jS-Sj Dressez luy son sepulchre 456. S4-S7 allant à son repos

4^8. 84-87 Et vous Manne du ciel tombez dessus ses os 460. Sj Sanglante de discords, de meurdres & de guerre 467. S4~8y O belle ame royale 470. 6j-yS A près le vain plaisir

469-470. S4-S7 qui tousjours font sentir Apres un vain plaisir un très long repentir

Met., X, 175 sqq., XIII, 390 sqq.) Cf. t. X, p. 6r, vers 180 et p. 150, vers 8. Au vers précédent jeu de mots sur la ileur nommée marguerite et la sœur de Henri II, qui portait ce nom.

I. Transcription chrétiennedes vers de Virgile sur Daphnis divinisé. Déjà vue aux t. I, p. 181 et III, p. 73 etsuiv.

Tu reluis dans le Ciel, & loing de toute peur Fait Ange tu te ris de ce monde trompeur.

Où tu es, le Printemps ne perd point sa verdure,

476 L'orage n'y est point, le chaut ny la froidure. Mais un air pur & net, où le Soleil au soir Comme icy ne se laisse en la marine choir. Tu vois autres forests, tu vois autres rivages

480 Autres rochers plus beaux, autres plus beaux bocages, Autres plus beaux patis, & ton troupeau tu pais [25] D'autres plus belles fleurs, qui ne meurent jamais. Et pource nos forests, nos herbes & nos pleines,

484 Nos ruisseaux & nos prez, nos fleurs & nos fonteines, Se souvenant de toy, murmurent en tout lieu Que le bon Henriot est maintenant un Dieu. Sois propice à noz vœus : je te feray d'ivoire

488 Et de marbre un beau temple au rivage de Loyre ', Où au retour de l'an, aux jours longs & nouveaux, Je feray des combatz entre les pastoureaux Ordonnez tous les mois en la saison première,

492 A sauter, à lutter, à franchir la carrière.

Là sera ton Janot qui chantera tes faitz. Tes guerres, tes combatz, tes ennemis deffaitz, Et tout ce que ta main d'invincible puissance

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