C.-à-d. : amcre par quelques cotés
5. Souvenir des fêtes du carnaval de Fontainebleau, les dernières données par la Cour avant son départ pour « le tour de France »,
Quand voirrons nous sur le haut d'une scène Quelque Janin, ayant la joue pleine [43 v°]
Ou de farine ou d'ancre, qui dira 156 Quelque bon mot qui vous resjouyra' ?
Quand voirrons nous une autre Polynesse Tromper Dalinde ^, & une jeune presse De tous costez sur les tapis tendus 140 Honestement aux girons espandus
De leur maitresse, & de douces paroUes Fléchir leurs cœurs & les rendre plus molles, Pour sainctement un jour les espouzer 144 Et chastement près d'elles repouzer î ?
C'est en ce point, Madame, qu'il faut vivre, Laissant l'ennuy à qui le voudra suivre. De vostre grâce un chacun vit en paix : 148 Pour le Laurier l'Olivier est espaix ♦
Par toute France, & d'une estroitte corde
1. « Quelque Janin », ce n'est pas le nom propre d'un farceur du temps, comme le dit Blanchemain, reproduisant une erreur de Marcassus ; c'est la forme francisée de l'italien -attiii, bouffon. Cf. Brantôme, Vie de Catherine de Médias : « elle aimait fort à voir jouer des comédies et des tragédies, mais depuis Sofonisba... elle n'en fit plus jouer [de tragédies], mais ouy bien des comédies et tragi-comédies et même celles des Zani et Pantalons, y prenant grand plaisir, et en riait son saoul comme un autre » (éd. Lalanne, t. VII, p. 546)-
2. Allusion à la tragi-comédie de la Belle Genièvre (où figuraient Dalinde et Polinesse), tirée de l'Arioste, Orl.fnr., chants IV â VI, et jouée au château de Fontainebleau le ij février 1564, dans la grande salle de bal nommée aujourd'hui « galerie Henri II ». Mention en est faite par Castelnau dans ses Mémoires et par Brantôme op. et loc. cit.; mais on en ignore l'auteur. On sait seulement que Ronsard composa pour la circonstance deux intermèdes et un épilogue, dont on trouvera le texte ci -après. Cf. J. Madeleine, Quelques poètes fr' à Fontainebleau (1900), pp. S, 14, 159, et la Belle Genièvre, important article de laRevue de la Renaissance (t. IV, 1905, p- 50).
^. Ce tableau d'une jeunesse flirtant pour le bon motif rappelait discrètement à la Reine les intermèdes que R. avait écrits pour ladite tragi-comédie, A savoir le Triomphe d'Amour et le Triomphe de la Chasteté (v. ci après).
4. C.-à-d. : à la place du laurier (symbole de la guerre) règne l'olivier (symbole de la paix).
Avez serré les deux mains de Discorde '.
Morts sont ces motz Papaux & Huguenotz ',
Le Prestre vit en tranquille repos,
Le vieil souldart se tient à son mesnage,
L'artizan chante en faisant son ouvrage,
Les marchés sont fréquentez de marchans,
Les laboureurs sans peur sèment leurs champs,
Le pasteur saute auprès d'une fontaine,
Le marinier par la mer se promeine,
Sans craindre rien : car par terre & par mer
Vous avez peu toute chose calmer 5.
En travaillant chacun fait sa journée, [44]
Puis quand au ciel la Lune est retournée,
Le laboureur délivré de tout soing
Se sied à table, & prend la tasse au poing.
Il vous invoque, & remply d'alegresse
Vous sacrifie ainsi qu'à sa Déesse ■*,
Verse du vin sur la place, & aux Cieux
Dressant les mains & soulevant les 5'eux,
Supplie à Dieu qu'en santé tresparfaitte
Viviez cent ans en la paix qu'avez faitte 5.