‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 4)Chapitre 166 sur 263 · jS » Toute beauté n'est rien sans la vertu · texte numérisé non relu

jS » Toute beauté n'est rien sans la vertu

57-78. 84-Sj suppriment ces vingt-deux vers et les remplacent par ce distique : De la splendeur de ton Prince, qui passe L'Honneur d'honneur & les Grâces de grâce

1. Cf. ci-dessus l'élégie à la reine Elisabeth, vers 489 à 507.

2. Pour la variante des vers 57-78, Marcassus note que « ton Prince » c'est le roi d'Angleterre ; grave erreur, car en 1584 l'Angleterre n'avait pas de roi . Je conjecture que Ronsard entendait par là le comte di-ssex, amant de la reine Elisabeth, et même, disait-on, son fils naturel, qui prétendait avoir des droits à sa succession.

5. Tombant l'un sur l'autre dans la région de Phlcgra en Macédoine, ou dans celle de Cumes en Campanic, qu'on appela par analogie l'hlegraei campi. Cf. t. III. p. 157, note i ; VI, 87, où la » triple eschelle « est expliquée par le Pinde, le Pélion et le mont Ossa.

84 Que ' Juppiter pompeusement estoit

Hautain, d'avoir deschargé sa vengeance Sur si meschante &. malheureuse engeance. Et toutefois, comme un veinqueur douteux

88 Qu'il ne restast quelque racine d'eux ^,

Qui de nouveau envyroit sa victoire, Pour effacer la race & la mémoire De telle gent, du haut ciel dévala

92 Et bras à bras nostre Terre acolla,

La remplissant de sa semence heureuse.

Semence forte, ardente &: vigoreuse Digne d'un Dieu, que la Terre receut 5,

96 Dont tout soudain les Rois elle conceut,

Pourtrais sacrez de la haute Justice, Pour chastier les Geans & leur vice S'il en restoit : puis ce Dieu desiroit 100 De se mirer aux enfans qu'il auroit.

Et par les Rois cognoistre sa puissance, » Car du grand Dieu les rois sont la semblance. Quand la douleur d'enfanter la pressa, 104 A corps enflé estendre se laissa

Soubzun grand Palme +, & comme en sagesine [50]

89. 6y-Sj troubleroit sa victoire 97. yS-Sy graphie Portraits 104. 84-Sj A corps preignant

1. Redoublement du (yueconjonctit, courant au xvi' s., après l'enclave d'une ou de plusieurs propositions subordonnées.

2. Redoutant de voir subsister sur la terre quelque rejeton de Géants.

3. Souvenir de Virgile, Georg., II, 52, sqq. — Cf. tome I, p. 150.

4. Souvenir du mythe de Latone, qui, du fait de Zeus, avait conçu Phœbus et Phœbé, dont elle accoucha dans l'île de Délos, sous un palmier(cf. Callimaque, hymne en l'honneur de Délos).

MASCARADES ET BERGERIE l6$

La femme apelle à son secours Lucine ', Elle appella Juppiter, qui des Cieux Jettoit sur elle & son coeur & ses yeux ; Puis au millieu d'une longue tranchée, En s'efforçant, des Rois est accouchée -.

La Magesté ses grandes mains avoit Soubz les enfans : la Fortune servoit De sage femme, & la Vertu chenue Estoit du Ciel pour commère venue 5.

Tous ces enfans ne se resembloient pas : Les uns avoient petis corps, petis bras, Petites mains : les autres, au contraire, Avoient grands mains & grands bras pour attraire De loing le peuple, & pour faire ramer Leur Majesté bien loing, oultre la mer.

L'un en naissant estoit vieillard & sage. L'autre n'avoit ny force ny courage, Un fait-neant, & l'autre, généreux, Estoit de gloire & d'honneur amoureux,

io6. 6y-8j Trois fois apelle (et appelle) 107. 6y-Sy Elle invoqua Jupiter 118. 84-8J pour deffaire 120. 67-75 Leurs grands vaisseaux

119-120. S^-Sj Sous eux le peuple, & sous eux faire armer D'hommes la terre, & de vaisseaux la mer

I, Nom que les Latins donnaient à Junon quand elle présidait aux accouchements. Cf. Térence, Adelphes, III. .^88 :

Juno Lucina feropem, serva me, obsecro.

j. Je ne sais où Ronsard a pris cette légende de la naissance des rois. Il a pourtant eu soin de commencer son récit par : On dit que. Peutêtre a-t-il simplement développé à son gré ces mots d'Hésiode : 'V.v. Atô; BaiTÙf|£; (Theog., 96) ou un passage de la Bible, Sagesse, IV, 6 : Les rois tiennent leur puissance de Dieu.

\. Ces abstractions personnifiées, nombreuses dans l'oeuvre de R.t sont encore un héritage du Moyen âge autant que de l'Antiquité. Cf. par ex. t. III, p. 57 et suiv.; IV, 89 et 152 ; VI, 182 ; VIII, 51, 5? e, 98;X, Î38.

l66 ELEGIES

Et presque enfant ne pensoit qu'à la guerre Et d'abaisser souz luy toute la terre, Comme le nostre, à qui les Cieux amis

128 Ont de grands dons des naissance promis,

Pour joindre un jour par fidelle alliance Vostre Angleterre avecques nostre France. Incontinent que Juppiter les vit,

132 L'ardante amour son courage ravit :

Et, bouillonnant en son cœurdegrand aise, [50 v°]

Impatient les accolle & les baise

L'un après l'autre, &., d'eux père commun,

156 Bailla sa foudre en présent à chacun.

Disant ainsi : Ma race, je vous donne, (Oultre l'honneur, le Sceptre & la Couronne Que vous tiendrez dessous mon bras puissant)

140 Comme à mes filz le foudre punissant :

Non pour blesser ou pour tuer la race De l'innocente & simple populace, Mais pour punir les Geans serpens-piez ',

144 Si par audace ensemble ralliez

Me guerroyoient, ou si, gros d'arrogance. Ils conspiroient contre vostre puissance ^ : Lors n'espargnés la foudre, &. la rués,

Page 1