INTRODUCTION XVII
mois de février; et, pour tout concilier, a pensé que ce cadre printanier avait été imaginé par Ronsard pour « faire oublier la saison rigoureuse, les arbres dépouillés, la fontaine, peut-être captive sous le gel ! » '. On voit la complexité du problème. Ce qui l'augmente encore, c'est l'allusion très nette à la paix de Troyes, qui ne fut signée avec Elisabeth d'Angleterre que le 1 1 avril, allusion qui donne à penser que la composition de la Bergerie est postérieure à cette date, et que, si on la joua, ce fut à l'occasion de cette paix, si glorieuse pour, la reine-mère, à Troyes même, où la Cour resta vingt jours, en ce « pays cham, penois » dont Orleantin déplore le pillage, commis par les reîtres allemands durant la première guerre civile.
Autant d'observations qui me confirment dans l'opinion que ladite Bergerie resta bel et bien dans les cartons de Ronsard, et qu'il en fut pour ses frais d'imagination scénique. De son côté, M"ie A. Hulubei, dans une excellente étude sur cette œuvre, a présenté des remarques très personnelles, qui corroborent mon opinion 2.
Au surplus, un tel divertissement, d'inspiration et de caractère politiques, eût mérité une publication immédiate, comme tant d'autres œuvres de circonstance que notre poète fit paraître à cette époque en plaquettes à part, propres à la divulgation. Or, il atendit l'année suivante pourpublier celle-ci, à la fin d'un recueil de mascarades, avec la distribution liminaire des rôles comme sur une affiche de théâtre, ce qui donnait au lecteur l'illusion d'une pastorale vraiment représentée.
Il reste que cette œuvre offre un intérêt historique de premier ordre et une grande valeur littéraire, et que Sainte-Beuve luimême n'a pu s'empêcher d'en admirer les «gracieux tableaux » 3^ qui sont, d'ailleurs, très habilement imités de' Virgile, de Sannazar et de Navagero.
1. R'jttsciri et son leinps, p. 222 ; Catherine de M. présente à Charles IX son royaume, p. 61 .
2. L'Eglogite en France an XVI' s. (thèse de Paris, 1958), p. 489 et suiv.
3. CEuvres choisies de Ronsard, (Paris, Sautelet, 1828), p. 236; éd. L. Moland (Paris, Garnier, s. d.), p. 233.