XX INTRODUCTION
La conclusion s'impose, si l'on rapproche cette dernière date de celle des fêtes franco-espagnoles, qui commençaient dans le même temps.
Tout en se ménageant les bonnes grâces de son gendre le roi d'Espagne, représenté à Bayonne par le duc d'Albe, Catherine de Medicis tenait à conserver celles de sa voisine du Nord, la reine d'Angleterre. C'est la raison pour laquelle Ronsard, toujours prêt à servir la politique de la reine-mère, offrit le recueil des Elégies, Mascarades et Bergerie à Elisabeth Tudor, par une épitre dédicatoire très flatteuse. Or, il n'est pas téméraire d'affirmer que ce recueil, arrivé à la Cour anglaise au mois d'août 1565, avec sa charge de louanges hyperboliques adressées non seulement à la reine, mais encore aux deux personnages les plus puissants de son entourage, développa chez eux le goût des viasks, comme il appert des œuvres des poètes Elisabethains, tels que Ben Jonson, Lyly, Peele, Spenser et Ph. Sidney. Ils goûtèrent si bien ces pièces, où les récits pittoresques se mêlent à la mythologie antique et aux souvenirs de la chevalerie médiévale, que la reine d'Angleterre fit remettre à Ronsard « un diamant d'une excellente valeur », pour reconnaître son mérite autant que pour le remercier de ses louanges '.
C'est que cet héritage, recueilli de Marot et de Saint-Gelais, Ronsard le faisait valoir autrement et mieux qu'eux, surtout quand l'occasion s'offrait d'exprimer des idées morales, d'interpréter des sentiments patriotiques, de décrire les beautés des spectacles naturels. Autant que le lui permettait ce genre ingrat de poésie, il s'y est montré non seulement ingénieux et galant, mais encore touchant, grave, attendri, passionné même, dans
I . C'est du moins à cette époque que, selon toute vraisemblance, j'ai fait remonter ce c.ideau. V. mon éd. critique delà J'iede Ronsard, p. 28, ligne 43, et p. 174. — Sur les Masques anglais, y. la thèse de Reyher (Paris, Hachette, 1909). On y lit, p. 26: « Il y a fort à gager que le Mask, comme tant d'autres ouvrages italiens, pénétra en Angleterre en passant par la France. »