A PARIS
chez Gabriel Buon, au clos Bruneau, ^àrenfeigiic S.Claude.
ty^uec prmlege du Roy*
Fac-siiniU du fit ri' de Li première cdilion.
EXTRAICT DU PRIVILÈGE DU RoY.
Par privilège du Roy, donné a S. Germain en Laye le XX. jour de Septembre, Van ij6y ', il est enjoinct à P. DE R. de choisir & commettre tel Imprimeur docte & diligent, qu'il cognoistra estre suffisant pour fidèlement imprimer les œuvres ja parluymis en lumière, & autres qu'il composera & fera par cy après. Inhibant Qedict Seigneur) a tous Imprimeurs, Libraires, Marchans & autres quelscunques qu'ils n'ayent à imprimer ou faire imprimer aucunes des œuvres qui par ledict DE R. ont esté & seront par cy après faictes & composées, ny exposer aucunes en vente, s'elles n'ont esté & sont imprimées par ses permission, licence & congé, ou de l'Imprimeur par luy choisy & commis à l'impression d'icelles. Et ce sur peine de comfication (sic) des livres fa imprime^ ou à imprimer, & d'amende arbitraire, tant envers le Roy qu'envers ledict DE R. & des inlerests & dommages de l'Imprimeur par luy choisy & esleu, le tout pour les causes & raisons contenues & amplement déclarées audict privilège. Ainsi signé sur h repli. Par le Roy, Vous présent. De Lomenie. Et scellé à double queue, du grand seau, de cire jaune.
Ledict P. DE R. a permis à Gabriel Buon, d'imprimer ou faire mprimer le livre des Elégies, Mascarades & Bergerie, jusques au terme de six ans finis & accomplis, à commencer du jour que edict livre sera achevé d'imprimer.
I. Erreur typ. pour 1560. Cf. t. X, p. 171. — La meilleure preuve que « septembre iisôj » est une erreur, c'est que le volume fut offert à la reine d'Angleterre dès le mois d'août de cette année-là (v. la note finale delà dédicace en prose qui suit).
A la Majesté de la Roy ne d'Angleterre ^.
Madame, le plus grand heur que nostre France puisse recevoir pour le jourd'huy, après celuy de son privé repos, est le bien de la Paix solennellement jurée avecques vostre Majesté, laquelle est si forte qu'elle a peu rompre en deux ans les rancunes & dissentions presque naturelles augmentées & nourries par tant de siècles, au desavantage de deux royaumes si voysins & si florissans^ Les hommes bien nez, qui ont je ne sçay quel jugement outre le vulgaire, tiennent cela pour un tresevident miracle de Dieu : Parce que, toutes les raisons ^ & entreprises des hommes (veu la furieuse guerre qui les enflammoit) estoyent trop foibles & débiles pour moyenner une bone Paix, sans l'ayde & secours de Dieu, lequel tousjours se monstre d'autant plus bénin à ses créatures, que le faict est désespéré de tout salut : Car à la vérité ce que tant de Rois de France & d'Angleterre,
1. Sur les raisons qu'eut Ronsard de dédier ce recueil à la reine d'Angleterre Elisabeth, v. P. Champion, Ronsard et son temps, p. 217 et suiv.
2. Le traité de Troyes entre l'Angleterre et la France fut signé le] 2 avril 1)64. Mais, comme les hostilités avaient cessé dès juillet 1563 après la reprise du Havre par les catholiques et les protestants français réconciliés, et que d'autre part Ronsard n'a pas rédigé sa dédicace avant juillet 1565, on conçoit qu'il parle déjà de « deux ans de paix ».
5. Le mot /« a été ajouté de la main de Ronsard au-dessus de la ligne dans l'exeniplaire offert par lui à ^L de Fictes (Bibl. Nat., Rés. Ye. SOJ).
Ronsard, XIII. 5
puissiins en armes, rompuz aux affaires, avisez au conseil, n'auroyent sceu faire par longue guerre, surprise, faction & menée, deux Roynes tressages & tresvertueuses, comme par miracle, ne l'ont seulement entrepris, mais parfaict : monstrant par tel acte magnanime, combien le sexe féminin, au paravant esloigné des sceptres, est de sa nature tresgenereux & tresdigne de commander : Donques pour telles & SLutres raisons bien considérées, la plus grande & meilleure part de la Chrestienté auroit grand tort de se plaindre, se voyant au jourd'huy gouvernée par Princesses, dont l'esprit naturel, sens acquis, longue expérience, pratique de l'une & l'autre fortune, soit aux guerres, soir aux affaires domestiques, ont faict tellement honte de beaucoup de Rois que j'asseureroy volontiers qu'il seroit quelquefois plus proffitable à la Republique, qu'une Princesse de gentil & accort esprit regnast ou commandast, qu'un Roy paresseux & fait-neant, qui n'a rien en luy de magnanime ny de Prince, que le nom. C'est pourquoy il m'a semblé que je serois envieux de l'aise & repos de ce présent siècle, si participant en la generalle & particulière allégresse en laquelle je voy pacifiquement le peuple détenu, je ne rendoy un tesmoignage de ceste prudente Gynecocratie ', sous laquelle Testât publique est vertueusement policé, & si je ne consacroy quelque petite table vouée à la mémoire d'un si heureux gouvernement^: Ce que je tais icy d'un désir tresaffectionné, à fin que les peuples qui doivent estre