‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 105 sur 425 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Clouant mes yeux enfermez de ténèbres, Me laverois le corps froid de tiède eau,

988 Et de gazons me ferois un tombeau

Comme bannie au bord de ce rivage Car aux bannis il n'en faut d'auantage, Serrant ensemble en un mesme repos 992 De mon mar}' les cendres & les os,

Haut invoquant noz noms, & ce qui reste [37]

De nous après l'heure extresme «Se funeste. Las ! je voy bien, mon fils, que tu t'en-vois 996 Bien loing de moy, & que ma triste voix

Comme ta voile au vent sera portée, Demeurant seule icy desconfortée :

Mais pour mon corps qui n'atend que sa fin

1000 Ne laisse, fils, à suivre ton destin.

O Jupiter, si la pitié demeure Là haut au ciel ', ne permets que je meure Ains qu'il se face en armes un grand Roy

1004 Et que le bruit en vole jusqu'à moy!

Donne, grand Dieu, qu'au milieu de la guerre Puisse ruer ses ennemis par terre Mordants la poudre à chef bas renversez,

]ioo8 D'une grand playe en l'estomac persez.

Que des citez la puissante muraille Trebusche à bas en quelque part qu'il aille. Soit à cheval, soit à pié guerroyant, [2 Et que quelcun s'escrie en le voyant

989. "jS-Sj Pour m'enterrer au bord de ce rivage 999. 7; Mais pour mon corps ja proche de sa fin 995-1000. jS-Sy suppriment ces huit vers 1007. 57... en leur sang renversez

I. Cf. Virgile, E«.1I, '536 ; déjà vu, t. I, p. 243 et IV, p. 109.

8o LA FRANCIADE

Favorisé de fortune prospère :

Le fils vaut mieux aux armes que le père '. Disant ainsi, pour présent lui donna

loié Un riche habit que sa main façonna,

Où fut portraite au vif la grande Troye En fîletz d'or joincts aux filets de soye. Avec ses murs, ses rampars & ses forts :

1020 Xanthetrainoit à l'environ des bords

Pour passement sa rivière azurée : [38]

Là s'eslevoit la montagne sacrée, Ide neigeuse, où d'argent sautelloit

1024 Meint vif ruisseau qui en la mer couloit*.

Au pié du mont fut en riche peinture Le beau Troyen, qui chassoit d'avanture Un cerf au bois, où Jupiter le vit,

1028 Qui par son aigle en proye le ravit'.

Ce jeune enfant emporté par les nues Tendoit en vain vers Troye les mains nues :

1015-16. S"] Disant ainsin, un habit luy donna due sa main propre ouvrière façonna

1018. S4-8J.., joints à filets de soye

1030-21. 7 j Là Xanthe alloit passementant les bords De ccst habit des plis de sa rivière | "jS-Sj Là Xanthe erroit passementant les bords Des plis tortus de sa lente rivière

1022-23. y}-8j Là s'eslevoit la cyme (7^ cuve par erreur) forestière D'Ide pineuse, où sourçant sauteloit

1029. 7}-S4 dans les nues | 8y texte primitif

1. Imité par transposition d'Homère, II. VI, 476 sqq., où Hector, berçant Astyanax dans ses bras, tient ce langage : « Zcus et les autres dieux, faites que mon fils s'illustre comme moi parmi les Troyens, qu'il soit aussi plein de force et règne puissamment dans Ilion 1 Qu'on dise un jour, le voyant revenir du combat : il est bien plus vaillant que son père. »

2. L'Ida, montagne de Phrygie(v. ci-dessus, vers 346 et435, ett. V, p. r66, texte et note 4).

5. Ganymède, enlevé par l'aigle de Zeus, qui l'aimait et en fit l'échauson des dieux de l'Olympe, à la place d'Hébé.

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