LIVRE I
Outre la mer des Cyclades semées,
Revoirras Troye & les funèbres lieux rti2 Pleins des tombeaux de tes nobles ayeux.
De là singlant à rames vagabondes
Par le destroit des homicides ondes,
\'oirras le Pas où se noya la Sœur 1116 Pendue aux crins de son Bélier mal seur '.
Tu feras voile au Thracian Bosphore
Où rinachide, estant vestue encore
D'un poil de beuf, à coups d'ongles passa 1120 En lieu de rame, & son nom luy laissa 2.
Puis aprochant du grand Danube large
Qui par sept huiz en la mer se descharge
Aborderas à l'isle qui des Pins 1124 Porte le nom.' : là sçauras tes destins
L'un après l'autre, hoste de la rivière
De qui la corne est si brave & si fîere +.
II 19. 8j D'un poil de vache
1122. 7;'' Qui par six huiz \ jS-Sj texte primitif 1125-24. /j"" Dois aborder | /S-Sj Viendras à l'isle à laquelle les Pins Donnent le nom
1126. j^^De qui la course en peuples est si tiere | /S-Sy texte pn'tnittf
1. Le Pas, c'est le passage, le détroit (nous disons de même le Pasde-Calais ; le pas de Suze). Il s'agit ici du bras de mer, où d'après la légende se noya Hellé, fuyant de Thraceen Asie avec son frère Phrixos sur le dos d'un bélier à la toison d'or; d'où le nom d'Hellespont (la mer d'Hellé) donné à ce détroit (aujourd'hui les Dardanelles).
2. Le Bosphore de Thrace, ainsi nommé de ce que lo. fille d'Inachus, changée en vache par Zeus. traversa ce détroit « à coup d'ongles » (cà-d. de sabots).
^ Ce détail géographique vient d'.\pollonios; il situe cette île dans le delta de l'Ister (nom ancien du Danube) et l'appelle ïit'jv.r^, qui signifie le Pin {Argon. IV, 509 sqq.). I.cs auteurs latins lui donnent le nom correspondant de Peuce. Elle était renommée pour ses nombreux pins. Cf. Strabon, 255,4s ; Pline, Hist. Nat. IV, 79 ; Ammien Marcellin, XXII, 8, 45 ; Pomponius Mêla, II, 7 ; Lucain, III, 202.
4. Les Anciens représentaient les fleuves sous la forme d'un taureau, symbole de force et de fertilité. C'est ainsi que Virgile qualifie l'Eridan
8é LA F RANCI A DE
Ce fleuve ayant sur la teste un rouzeau,
1128 Et dans la main un vaze tout plein d'eau
Et du menton versant une fontaine, Te dira tout d'une, bouche certaine '.
A tant se teut : Junon qui descendit
1152 En le tençant la voix luy défendit ^.
Tandis la troupe au travail non oisive [42J
Le toreau mort renversa sur la rive :
Hz ont le cuir en tirant escorché,
ii;6 Puis estripé, puis menu dehaché
A morceaux crus : ilz ont d'une partie Sur les charbons faict de la chair rôtie, Embroché l'autre, & cuite peu à peu
1140 (Blanche de sel) à la chaleur du feu,
L'ont retirée, en des paniers l'ont mise, Puis sur la table en des plats l'ont assise, , Ont pris leur siège, ont destranché le pain,
1144 Ont faict tourner le vin de main en main,
Boivant de rang à tasses couronnées
1128. ys~^7 Et sous l'aisselle un vase remply d'eau {Sj à source d'eau)
II 34. 7^-8y renverse
1140. /S-Sj De tous costés à la chaleur du feu
1142. 7j' Puis sur la table en des plats bien assise | ~^^ Puis en des plats à table l'ont assise
1141-42. jS-Sy L'ont debrocbée, en des paniers l'ont mise, L'ont découpée, & sur la table assise
(le Pô) : auralus iaurino cornua vitllu (Georg. IV, 571) et le Tibre corniger {En. VIII, 77). Ronsard fait de même, non seulement pour le Danube, mais encore ci-après pour le Rhône.
1. C.-à-d. : véridique, à qui on peut se fier. Déjà vu ci-dessus, vers 648. Cf. Virgile, En. VIII, 31 sqq., où 1* dieu du Tibre, apparait en songe à Enée et le rassurant sur son sort et sur l'avenir, croit utile d'ajouter : Haiid incerta cano.
2. Détail pris à Virgile, En. III, 380 : farique vetat Saturnia Juno.