‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 110 sur 425 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

D'un cœur joyeux l'un à l'autre données '. Apres qu'ilz ont du boire & du manger [48 Osté la faim 2, ilz s'allèrent loger

Au premier front de la rive mouillée

Sur des lits faits d'herbes & de fueillée,

Où toute nuit jouirent du repos 152 Ronflant le somne au murmure des flots.

Au descoucher de l'Aurore nouvelle,

Le vieil Vandois du sifflet les apelle 3

(Qui seul estoit le Pilote ordonné) 156 Vo5^ant le vent heureusement tourné,

L'Auton couvert de nuageux plumages

Qui va souflant devant luy les orages.

Francus premier le sifflet entendit 160 Qui tout armé sa main dextre estandit

Dessus la terre, & ses yeux vers la nuë, [43]

Estant debout dessus la rive nuë

Prioit ainsi : ô grand Patarean, 164 A l'arc d'argent, Tire-loing, Thymbrean,

1152. j^-Sy graphie \q somme 1156. 7^-i>'7 ...en poupe bien tourné

1157-59. 7<y-iy7 Un bruit se fait par les bancs uu navire, Puis à sa tasche un chacun se retire. Soudain Francus le siflet entendit 1160. 78-Sj Lors tout 1162. 87 Estant debout sus la rive chenue

1. Description minutieuse, qui rappelle, pour la première partie, celle d'Apollonios, Argon. I, 432 sqq ; 455 sqq ; pour la seconde partie, celle d'Homère, Od. I, 144 sqq. — Comprendre par « tasses couronnées », non pas, comme on le fait parfois, des coupes entourées d'une guirlande de fleurs ou de feuillages, mais des coupes remplies jusqu'aux bords ; j'ai pour garants de ce sens non seulement l'érudit Marcassus, mais surtout Racine, notant ainsi un vers de VOdyssée, I, 148 : « Ils couronnoient de vin les coupes, c'est-à-dire qu'ils les remplissoient. »

2. Vers imité d'Homère, Oii. I, 150 ; 111, 67, ou de Virgile, En. VIII, 184 : Postquam exempta famés et anior compressus edendi. Déjà vu au t. XII, pp. 84 et 150.

?. On reverra ce personnage au livre III, où R. en fait l'ancêtre des X'endômois.

LA FRANCIADH

Garde, Apollon, entière cette troupe,

Dieu d'ambarcage ', & permets que je coupe

Soubs heureux sort la commande qui tient

1168 Ma nef au bord ^. A peine eut dit qu'il vient

Hors du foureau tirer sa large espée : Du coup la corde en deux pars fut coupée, Qui la navire au rivage aresîoit,

1172 Ferme atachée à un tronq qui estoit

D'un viel ormeau foudroyé du tonnerre De quatre pieds eslevé sur la terre :

Puis vers le vent adressa son parler.

1176 Vent, le balay des ondes & de l'air.

Qui de la nuë en cent sortes te joues, Qui ce grand Tout evantes & secoues.

Qui peux cent bras & cent bouches armer,

1180 Vien-t'en heureux ton halaine enfermer

Dedans ma voile, afin que soubs ta guide J'aille tenter ce grand rovaume humide, Et si jamais le destin ou le sort

iit4 Conduit ma flotte heureusement à bord.

De marbre blanc je te voue une Image Au naturel de ton moiteux visage.

1173. 7^-5/ D'un chesne vieil ri8o. 7^ -(?7 Vien-t'en poupier 1 185-86. 7^-Sj suppriment ces quatre vers

1. Dans Apollonios, Jason invoque de même Apollon, comme dieu des rivages (ay.T'.o;) et dieu des embarquements (iaoaT'.o;) Argon. I. 411 sqq. — Patarean = adoré à Patara, ville de Lycie ; Thymbrean = adoré à Thymbra, ville de Phrys;ie. Les deux autres épithètes traduisent le grec d'Homère àoyjpÔTolo; (à l'arc d'argent) et i/.r/j6\oc, (qui tire loin). Cf. tine litanie analogue au tome I, p. IS4 etsuiv.

2. Note de Ronsard en 1573 et éd. suiv. « Comm.ande, est la grosse cordequi tient le bateau : les Grecs l'appellent TrpyavTiT'.ov, les Latins rudens. »

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