LIVRE I
Et de ton chef d'orages obscurcy.
Grand Jupiter, qui du monde as soucy, Entends ma voix : Donne, père céleste, [44 j
En ma faveur un signe manifeste, Tu le peux faire : on dit que quelquefois Tu fis voler deux pigeons par ces bois : L'un fut donné à Jazon pour escorte '. Donne moy l'autre, afin qu'heureux je porte De mon salut le signe trescertain, Estant couvert du secours de t^ main.
Comme il prioit, des Dieux le père & maistre Fit par trois fois tonner à main senestre ^.
Et cependant les rudes matelots, Peuple farouche ennemy du repos, D'un cry naval hors du rivage proche Demaroient l'ancre à la mâchoire croche, Guindoient le mast à cordes bien tendu. Chaque soldat en son banc s'est randu Tiré par sort 3. De bras & de poitrine Ils s'efforçoient : la navire chemine !
Les cris, les pleurs dedans le ciel voloient
1187-88. 7^-Sj transposent ces vers ainsi : 7^ Grand Jupiter qui du monde as souci, Ayant mon chef soumis à ta merci | 7^ Grand Jupiter, qui du monde as soucy, Pressé du sort à mon mal endurcy | 84-87 Dieu qui le ciel régis de ton sourcy, Si des humains ta nature a soucy {8j tu as quelque soucy)
1202-03. <^7 Démarent l'ancre... Guindent le mast
1205. jS-Sy Escheu par sort
1. Cf. Apollonius, Argon. II, 328 sqq. et 555 sqq. ; mais le poète ne dit pas que cette colombe vient de Zeus.
2. Cf. Virgile, En. II, 693. Le tonnerre à gauche était, comme le vol des oiseaux, un présage favorable aux yeux des Latins, qui se tournant vers le midi avaient à leur gauche l'Orient, d'où venaient les signes heureux (d'après Pline, H. N. II, 52, 55). Déjà vu t. I, pp. 30 et 156; III, p. 21, texte et note; VIII, p. 24. Ailleurs, R. a suivi la tradition opposée, celle des Grecs.