XIV INTRODUCTION
« vœux », et, en tout cas, leur expression plus discrète que par le passé. Charles IX lui répondit qu'il pouvait compter sur son affectueuse protection et l'encouragea fortement à reprendre son ancien projet d'épopée ; mais il y mit une condition, c'est qu'il l'écrirait en vers décasyllabiques, à l'instar des plus anciennes « gestes » françaises. Que cette idée vînt de la Reine mère ou de son fils, elle n'était pas heureuse ; mais Ronsard crut devoir s'incliner, bien qu'elle contrariât son intention de toujours ; à preuve ces lignes qu'il inséra dans la deuxième édition de son Abbregé de l'Arl poétique en 1567 : « Si je n'ay commencé ma Franciade en vers Alexandrins..., il s'en faut prendre à ceux qui ont puissance de me commander et non à ma volonté, car cela est fait contre mon gré, espérant un jour la faire marcher à la cadance Alexandrine ' : mais pour ceste fois il faut obeyr. »
Il se mit donc à l'œuvre aussitôt, avec l'aide de son secrétaire Amadis Jamyn, qui, traduisant alors Y Iliade pour son propre compte, se chargea de collectionner pour son maître les métaphores, les comparaisons, les épithètes, les sentences et autres ornements homériques ^ Il se plaisait tant à Saint-Cosme qu'il y passa cinq années de suite ; mais, durant ce temps, loin de s'absorber dans la confection d'une œuvre à laquelle il n'avait apporté jadis qu'une ardeur très modérée et qui n'était plus pour lui qu'un pensum, il composa maints poèmes pleins de détails personnels sur sa vie au prieuré et ses relations tourangelles, poèmes qui n'ont rien à voir avec la Franciade et qu'il s'empressa de publier en 1569 '.
1. Comprendre avec E. Faral : vu que j'espérais depuis longtemps la faire marcher à la cadence alexandrine (cf. R. H. L. de 1910, p. 605, note). — Dans sa préface de la Franciade, Ronsard a donné une autre raison, purement esthétique et, d'ailleurs, très contestable, de son abandon de l'alexandrin (v. ci-après, p. 9, texte et note).
2. Jamyn avait entrepris de terminer la traduction de V Iliade commencée par Hugues Salel ; les chants XII à XVI parurent en 1574, précédés de liminaires, dont une ode de Ronsad, portant Jamyn aux nues ; l'œuvre parut complète en 1577; puisen 1580, puisen 1584. Cette dernière édition contient, dressé par l'auteur, un relevé alphabétique des principales « matières » de l'Iliade, suivi d'un « recueil descomparaisons ». Cf. Th. Gtaut, Amadis Jamyn, thèse de Paris, 1929, pp. 217 et 221.