XVIII INTRODUCTION
de Charles IX, survenue en mai 1574, le découragea définitive, ment ; lui-même l'a déclaré en ce quatrain, qui sert d'épilogue audit poème de la réédition de 1578 :
Si le Roy Charles eust vescu J'eusse achevé ce long ouvrage :
Si tost que la mortl'eust vaincu, Sa mort me vainquit le courage.
Comme l'a écrit excellemment mon ami Chamard : « Ce quatrain lui fut une excuse pour son abandon. Il sauvait la face, en prenant prétexte de cette mort inopinée de son royal inspirateur. Mais au fond de lui-même, n'éprouvait-il pas un soulagement de se voir libéré d'une œuvre qu'il avait portée trop longtemps pour ne pas en avoir le dégoût, et qu'il avait, d'ailleurs, conçue d'après un plan beaucoup trop vaste?» '.
D'autres poètes qui n'avaient pas les mêmes raisons de dégoû reprirent après la mort de Ronsard le sujet de la Franciade. Le Parisien Jean Godard, après avoir composé une tragédie sur l'arrivée en Gaule de Francion, fils d'Hector, dédia en 1594 à Henri IV un poème intitulé les Trophées du Roi, qui commence par un discours en vers, analogue à ceux que Ronsard avait adressés en 1555 à Henri II. Il y annonce son intention de glorifier les ancêtres du nouveau roi dans une épopée, qui égalera l'Iliade et l'Enéide ; il s'engage « par serment solennel » à refaire & achever la Franciade, attendue depuis si longtemps, et en expose le plan : après le récit des aventures de Francion sur mer et sur terre,
Je lui ferai passer en armes l'Allemagne Et lui ferai laisser aux champs Franconiens, Appelés de son nom, bon nombre de Troyens.
Mais avant de quitter la Germanie, pour venir aux rives de la I . Histoire delà Pléiade, t. III, p. 112.