‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 191 sur 425 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Qui m'ont trompé dessous belle apparence. » Il n'est rien pire aux mortels qu'espérance. Mais toy, seigneur si sage & si prudent, En biens, citez & peuples abondant, Riche d'honneur & de terre fertile, Riche de femme & de belle famille ', Ne devrois estre en ce point langoureux, Ains les soupirs laisser aux malheureux.

Dicœe respond : Las ! si je n'estois père, Hoste Troien, je serois sans misère :

Un mien seul fils a causé mon tourment, [86]

Et s'il te plait je te diray comment.

Dedans ceste isle habite de fortune Un fier tyran, la race de Neptune^, Horrible & grand, mais homme en cruauté. Tant soit cruel, ne l'a point surmonté. Il fait meurdrir tous ceux qu'il prend en guerre.

loio. P au monde qu'Espérance

1015. j}'' Riche en honneur & en terre fertile | yS-Sy texte de J2

1015. On lit languoreux {éd. suiv. corrigent)

1017. 7j'' graphie Dicé | jS Dicœ' ] S4-SJ Dicé'

1022. Sj engeance de Neptune

1. Rimes phonétiques : on prononçait faniile, comme encore aujourd'hui en Normandie.

2. Un tyran féroce, fils de Neptune, comme le cyclope Polyphème, autre fils de Neptune. — La principale source de l'épisode de Phovère tslY Hymne de Poil ux et de Castor (tome VIII) ; on se reportera surtout aux vers 141, 146, 19^-5, 204, 250, 263, 295-8, 351, 341-4, 352-64, 42?, 426, 433, 459-40, 447-8, 461-3, 47I' 490. 527-30, 553-4, S39-40, 561-2, 701-4. Mais, comme l'ont montré Parducci et Vianey, Ronsard a fait, soit dans cet épisode, soit dans l'hymne de 1556, de nombreux emprunts aux combats de VOrlando furioso. Le chant XLVI a fourni les vers 1241-42, 1249-54, 1260-66, 152425, 1335-59, 1429-35, 1440-46, 1459-62 ; le chant II, 9, les vers 1595-99 ; le ch.:nt XV'II, loi, les vers 1298 et 1506-08; le cluint XXIV, 65-66, les vers 1405-08 ; le chant XLI, 96-7, les vers i3>i3-22. D'autre part, Ronsard s'est souvenu de l'épisode d'Angélique et de l'Orque : comparer au chant VIII, 65, les vers qui dans le manuscrit suivent le v. 1072 |R. L.].

14e LA FRANCIADE

Ceux que la mer jette contre sa terre,

Dessus l'autel de son père, & de sang 1028 Honnit le temple. Il attache de rang

(Piteux regard !) sur la porte les testes

Des assomez, misérables conquestes'.

Le fer ne peut endommager sa peau, 1032 II rebondit comme fait un marteau

Dessus l'enclume : en une seule veine,

Près le talon, est sa Parque & sa peine. Mille estoient morts par sa cruelle main, 1056 Quand moy, touché d'un cueur doux & humain,

Luy fis scavoir que les bestes sauvages.

Tigres, lions envenimez de rages.

Qui sans raison vivant parmy les bois, 1040 Gros animaux sans pitié ny sans lois,

S'entre-tuoient & mangeoient leur semblable :

Mais l'homme, né d'un esprit raisonnable,

Enfant du ciel, ne doit faire mourir 1044 L'homme son frère, ainçois le secourir.

Ce grand Géan, oj^ant ceste nouvelle.

Enfla son fief de colère cruelle,

Et bouillonnant, écumant & grondant, [87]

1048 Sans m'advertir de son courroux ardant,

Vint au matin au pied de ma muraille

1025-26. P II fait tuer tous ceux qu'il prend en guerre, Ceux que la

Mer a poussez i sa terre

1029-^0. P Des assommez sur la porte les testes Come un veinqueur

atache ses conquestes | 87 (Piteux regard !) pour parades aux festes (sic

four faîtes) De ses portaux les misérables testes

1035-34. 8y seule place Près le talon la Parque le menace

1036. 7)-S7 Quand moy, touché d'ui; naturel humain

1049. 7^'' Vint un matin [ jS texte de 72 | 84-Sj Vint de furie

I. Sens de la variante : il attache de rang (pitoyable vue) comme ornements aux faites de ses portails les tètes de ses victimes. On a déjà vu le pluriel ^or/<i«.t, t. VIII, p. 18,

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