LIVRE II
Me deffier en plain champ de bataille.
En telle peur, soudain armer je fis 1052 Mon jeune Orée (ainsi a nom mon fils) ',
L'acompagnant de bien peu de gendarmes,
Mieux équipez de courage que d'armes.
Ce jouvenceau, à qui le blond coton 1056 En se frizant sort encor du menton,
Fort & hardy fit avancer sa trope,
Et le premier assaillit le Cyclope^,
Le grand Phovére (helas ! on nomme ainsi j ]o6o Ce fier tyran aux plaies endurcy)?.
Mais pour néant ce jeune enfant s'efforce,
Car du Géan l'inviolable force -^
Le prit captif au beau milieu des siens, 1064 Puis en serrant de vergongneux liens
Ses gens & luy, d'un baston les emmeine,
Comme un pasteur ses moutons en la plaine.
Depuis le temps, ce malheureux cruel
1050. P, "jj-S-j camp de bataille
1055. (?7 Ce jouvencel
1056. 84-8-] Première fleur, sort encor du menton 1060. P Le fier 1062. P Car du cruel l'espouvantable force | ^B-S"] Car du Gean la
monstrueuse force
1065. P Leurs mains au dos | 7^° Sa troupe & luy 1064-65. 75'' Puis en serrant leurs gorges de liens, En les frapant
d'un baston les emmeine | yS-Sj Puis, attachant de vergongneux liens Sa troupe & luy, de son baston les meine
1066. P ses moutons par la plaine
1067. 8j Depuis ce temps par un meurtre cruel
1. Rimes phonétiques : on prononçait hw« //, comme le font encore nos pays^fns. — Q.uant au nom d'Orée, c'est la transcription francisée du grec topaïoç, qui signifie : d'âge florissant.
2. Terme impropre, dû à la rime, car ce géant avait ses deux yeux (v. ci-après, vers 1401 et 1444). Mais R. a voulu dire : ce tjran comparable à Polyphème par sa cruauté.
5. Phovére, et non Phouère : ce nom est une transcription francisée du grec cpoSîpô;, qui signifie : eff'rayant.