‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 287 sur 425 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

I2J2 Pourveu, Troyen, que je puisse estre à toy :

Je ne craindray tes périlleux voyages, Terres, ny mers, tempestes ny orages, Ou si j'ay peur, j'auray peur seulement

1256 De toy mon tout, et non de mon tourment ' :

Si je péris, au moins en ta présence Je periray : ou ta cruelle absence (Si tu ne veux pour tienne m'aquerir)

1260 Cent fois le jour me tu'ra sans mourir.

De tel vers fut son epistre achevée, Puis la seella d'une agathe engravée :

La mit au ^ein de la nourrisse : et lors

1264 Une sueur ruissela de son corps,

Avecq la lettre encor'luy bailla l'ame Pour luy porter, et my-morte se pasme.

Tandis Cybele avoit changé de peau [151]

1268 Et transformé son vieil corps en un beau,

Prenant la face, et la voix, et la taille De Turnien (qui, depuis, la muraille Bastit de Tours, et la ville fonda) ^ :

1272 Lors de tels mots Francion aborda.

1255-56. Sy Ou si i"ay peur, de toy seul j'auray peur, Et non de moy, de qui tu es le cœur

1260. -j^^ tuera

1261. 7^' -57 De tels vers

1. Comprendre : J'aurai peur seulement pour toi, et non pour moi. Imitation d'Ovide, qui fait dire la même chose à Médée, amoureuse de Jason (AfW. VII, 62 à6S).

2. Cette parenthèse pourrait bien avoir été suggérée par un passage des lUuitraticms de Gaule, où Lemaire de Belges, après avoir fait remonter la fondation de Tours à un prince nommé Brutus (celui-là même qui d'après Lemaire conquit l'Armorique, puis l'île d'Albion, qu'il nomma Bretaigne), ajoute un peu plus loin : ''Touchant la cité de Tours, il est certain qu'elle fut fondée en l'honneur et au nom de Turnus, neveu de Brutus " (III, chap. 12).

Jusques à quant, fils d'Hector, sans rien faire, Nous tiendras-tu sur ce bord solitaire, Acagnardés ' en paresseux séjour,

1276 A boire, à rire, à démener l'amour?

A perdre en vain noz jours par les boccages Suivant les cerfs et les bestes sauvages 2? Que ne fais-tu, sans le temps consommer,

1280 Ce que t'a dit la Nymphe de la mer ?

Courtize Hyante, afin qu'elle te face Voir tous les Rois qui viendront de ta race : Puis donne voile?, et sans plus t'allecher,

1284 Va t'en ailleurs ta fortune chercher.

Ce Turnien avoit la face belle, Les yeux, le front, compagnon tresfidelle De Francion que seul il escoutoit,

1288 Et ses segrets sans autres luy contoit.

Il estoit fils de la nymphe Aristine, Qu'Hector avoit soubs sa masle poitrine Pressée au bord du fleuve Simoïs :

1293 Ses chers parens en furent resjouïs

Enorguillis de voir leur fille pleine Du fruit yssu d'un si grand capitaine.

Elle accoucha dessus le bord herbeux [152]

1296 Du fleuve mesme en regardant ses boeufs,

1275-74. 8y Jusques à quand, sans espoir de louange Nous tiendras tu dessus ce bord estrange

1282. TS-Sj Voir ces grands Rois 1287. 7<S-57 qu'à part il escoutoit T288. yj-Sy en privé luy contoit 1294. 7}^ Dii fruit conceu d'un

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