DES QUATRE PREMIERS LIVRES DE LA FRANCIADE I
sang : la mesme Déesse s'en vole après en l'antre de la Jalousie. La Jalousie infecte de son venin la poitrine de Clymene. Enfin Clymene poursuivant son faulx Daemon, tourné en la figure d'un sanglier, s'eslance dedans le goufre de la mer. Les Dieux en font une Déesse marine.
Argument du quatriesme livre
Dicaeé se courrouce, sachant la mort de sa fille Clymene, & pense comme il doit punir Francion , qu'il soupçonnoit en estre cause. Ce prince Phrygien fait entendre à Hyante l'amour qu'il luy porte. Hyante et Francus vont le lendemain au temple : une corneille parle, & advertiî Amblois de n'accompagner Francion. Ce Prince suplie Hyante de luy monstrer les Rois qui sortiront de son estoq. Hyante discourt si elle doit aimer ou non. Elle commande à Francion d'aprester un sacrifice aux esprits des enfers, & se parfumer d'encens masle & autres semblables suffumigations. Il obéît à ce commandement. Le Poëte descrit une fosse et horrible descente aux enfers. Apres que Francus a immolé la victime, & invoqué toutes les puissances de l'empire de Pluton, Hyante vient toute tremblante et folle de fureur, laquelle prophétise audit Francus son voyage es Gaules. Elle prédit le songe du fantosme qui doit aparoistre à Marcomire, et ce que fera Marcomire ayant en son armée trois cens capitaines. Apres elle discourt comme les âmes viennent et revent en nouveaux corps, &dequoy tout ce qui est vivant en ce monde prend sa naissance : que deviennent les âmes le corps mourant, quelle punition elles endurent aux enfers pour leurs péchez, & comment elles s'en purgent, & par quel espace de temps. Francion sacrifie derechef aux Deitez infernales, & les âmes sortent incontinent pour boire du sang de la victime. Lors il demande à Hyante qui sont ceux qu'il voit : et par ce moyen apprend sommairement l'un après l'autre les noms des Rois de France, les actes infâmes des vitieux et les gestes magnanimes des vertueux. Bref ce livre est des plus beaux, pour estre divisé en quatre parties : la première est d'Amour, la seconde de
Ronsard, XVI. — i. 2
18 LES ARGUMEXS
Magie, la troisiesme de la philosophie Pythagorique, apelléepar les Grecs [x£Ti|i.'ijy wa;;. L'Autheur se sert exprès de ceste fausse opinion, afin que cela luy soit comme un chemin & argument plus facile pour faire venir les esprits de noz Rois en nouveaux corps : car sans telle invention il eust fallu se monstrer plustost historiographe que poëte. La quatriesme partie consiste au narré de la première génération des Monarques de France jusques à Charles le Grand, duquel commence la seconde génération '.
I. Génération : dynastie. En 1575 et dans les éditions suivantes, Charles Je Grand est remplacé par Pépin.
IN FRANCIADA P. RONSARDI AD CAROLUM REGEM
G. Valens Guellius'.
Graeco igni Troiae populandaque mœnia ferro
Fatidico caecus dum canit ore senex, Ne sic posse quidem deleri ceriior author
Troiam omnem spondet, Dardaniumque genus, Priamidis vir Phœbi orbis promittit habenas,
Pergama Neptuni vel rediviva fide :
Hectoris hoc mânes responsum ulciscitur, inde
Cœpit & Aurorae laetior esse torus, Hanc reor & pridem volvens sub pectore sortem,
Carole, te & fratres indigitare tuos, Auguriique fide tantô majore teneri,
Quô magis Atridis Graeca camaena favet, Scilicet expressit inimico a vate sacratus
^neadum Danais fata timenda furor, Fors & Mœonides possit te rege renatus
Corpore Ronsardi nube latere nova, Sera sua ut tandem praesens oracula firmet,
I. Germain Vaillant de la Guesle, abbé de Pimpont. On trouve aussi des vers latins de lui en tête de la Bergerie et des Pierres précieuses de R. Belleau. Les Œuvres d'Am. Jamyn contiennent un « Discours à M. de Pimpont, Conseiller du Roy en sa Cour de Parlement » ; Baïf lui a dédié une ode (éd. Marty-Laveaux, t. II, p. 561) ; Belleau a traduit deux de ses Epitaphes latines {id.,X. I, pp. 165 et 166) ; Ronsard le met au nombre des « divines-testes, sacrées aux Muses » (préface posthume de la Fraiiciade) . Sur ce personnage, qui fut évêque d'Orléans vers la fin de sa vie, cf. Sccvole de Sainte Marthe, Elogia, traduits par G. Colletet en 1644.
20 LA rPANCIADE
Et pandat fato débita régna tibi, Possit & interdicto aliis superesse labori
dualis Alexandre Coa dicata manus, Solius ut solus tua cùm cantaverit acta,
Suspendat Phœbo dona reposta tubam, Utcunque est, seu Maeonius, seu musa revixit
Ut tu a Pelide cura secunda fores, Non posthac patriae incerta jactabitur aura,
Natales tantos prodidit ipsa dies, Vindocinum, ut Delos Phœbi, si vindicat ortus
Ronsardi, car non possit, Homère, tuos ?