LIVRE IV
Iront gangner les cymes Pyrénées, Princes guerriers, inveincus de travaux,
1292 Les monts d'Espagne au bruit de leurs chevaux
Retentiront, et couvers de gensdarmes Les champs luiront soubs la splandeur des armes. Lors Almaric, roy des Gots, qui tiendra
1296 Soubs luy l'Espagne, ardent les assaudra
(Nouveau fuzil de l'ancienne noise) ' Mais pour néant : car la vertu francoise De pieds, de mains et de teste poussant
1500 Ira des Gots la force renversant.
Ce roy voiant sa puissance coupée
Du fer Gaulois, scaura que vaut l'espée
De Childebert, qui luy persant la peau, [208]
1304 Costes et cueur, ira jusqu'au pommeau
D'une grand playe en la poitrine ouverte :
Avec le sang fuira l'ame déserte
Du corps Gothiq, et franche de ses os
J1Î08 Ira chercher là bas autre repos.
Ces frères Rois, ains frayeur des campagnes Ardront, perdront, pilleront les Espagnes Mettant à sac et peuples et seigneurs,
[ijia Lors tous enflez de butins et d'honneurs,
1291. 8j Princes hardii, mespriseurs de travaux
1294. J8-84 sous l'esclair de leurs armes
1295-94. 8j Retentiront, & !e cours des rivières Sera humé de leurs troupes guerrières
1299-1300. <?7 Se bandant toute & de veines & d'os Fera broncher sur U poudre les Gots
1501. 87 Leur Roy
1307-08. 8j Du corps Gothiq, qui grinceant maudira Dequoy si tost son printemps s'en ira
1309-12. Sy supprime ces quatre vers
I. C.-à-d. nouveau brandon de l'ancienne querelle (allusion à la défaite d'Alaric, père d'Almaric, à Veuille). Fusil est pris ici au sens figuré.
5o6 LA FRANCIADE
Et d'une gloire aux François éternelle Viendront revoir leur terre paternelle.
Puis sans enfans, des hommes le confort,
i}i6 Comme tous rois, scauront que peut la mort.
Q.uel est cet autre eshonté de la face ? C'est Aribert, deshonneur de ta race. Le nourrisson de toute volupté
M20 Qui pour ton fils ne doit estre conté '.
L'autre d'après, qui tout morne se fasche. Qui tient sa gorge et qui marchant remasche Meinte menace et resve tout à soy?
IÎ24 C'est Chilperic, indigne d'estre roy*.
Mange-sujet 3, tout rouillé d'avarice, Cruel tiran, serviteur de tout vice.
Lequel d'impos son peuple destruira :
i}28 Ses citoyens en exil banira.
13 13. 8y Eux annoblis d'une gloire étemelle
1315-16. y^-Sy Puis sans enfans, des (7^*' de) vieillards le confort, Comme tous Rois seront pris de la Mort 1319. On lit norrisson (éd. suiv. corr.) 1317-20. Sy supprime ces quatre vers 1324. y}-8y Childeric (lapsus)
1. Graphie phonétique pour compté. Sur cet Aribert, ou Charibert, fils de Clotaire, qui pour sa vie licencieuse fut excommunié par saint Germain, évéque de Paris, cf. Grégoire de Tours, Gilles, Aimoin^ et Bouchet.
2. L'auteur du Réveille-matin des François (1573 et 1574) a reproduit, avec des variantes négligeables, les vers 1557-68, 1599-1626, 1633-50, 1324-68, 1379-82, 1423-52, 1439-46. 11 feint de croire que Ronsard, « merveilleusement subtil », a désigné Charles IX sous le nom de Chilperic et Catherine de Médicis sous celui de Brunehaut, qu'il propose Bodile en exemple aux survivants de la Saint- Barthélémy, et que les vers 161 8 sq. sont adressés au 4° fils d'Henri II (cf., dans l'édition de 1574, t. I, pp. 109-116 et 126, et t. II, p. 169). Dans la rédaction latine du Rèveillc-matin, les vers de Ronsard sont traduits en vers latins, et ils sont traduits en allemand dans la traduction allemande de 1575. Au Dialogue second du Réveille-matin, La Mole est comparé à Bodile. Cf. L'Estoile, Mémoires, XII, p. 382.