C.-à-d. goûter à
4. Cette distinction que Ronsard avait déjà faite en 1572 (cf. p. $), est empruntée à la Poétitjue d'Aristotc traduite et commentée par les Italiens. Voir Bray, Doctrine classique, p. 194 sq.
visions de Dieux & de démons, ou monstrueux langages des chevaux navrez à mort : tellement que le dernier acte de l'ouvrage se cole, se lie & s'enchesne si bien & si à propos l'un dedans l'autre, que la fin se rapporte dextrement & artificiellement au premier poinct de l'argument '. Telles façons d'escrire, & tel art plus divin que humain est particulier aux Poètes, lequel de prime face est caché au Lecteur s s'il n'a l'esprit bien rusé pour comprendre un tel artifice. Plusieurs cro3-ent que le Poëte & Historien soient d'un mesme mestier : mais ils se trompent beaucoup: car ce sont divers artisans, qui n'ont rien de commun l'un avecques l'autre, sinon les descriptions des choses, comme batailles, assauts de montaignes, forests & rivières, villes, assietes de camp, stratagèmes, nombre des morts, conseils &• pratiques de guerre : en cela il ne faut point que le Poëte faille non plus que l'Historien ;. Au reste, ils n'ont rien de commun (comme j'ay dict) sinon que l'un ne l'autre ne doit jamais mentir contre 1.^ vérité de la chose, comme a failli Virgile au temps, c'est à dire en la Chronique, lequel a faict Didon fille de Belus estre du temps d'Aenee, encore qu'elle fut cent ans devant pour le moins : mais il inventa telle ruse pour gratifier ♦ Auguste & le peuple Romain vainqueur de Carthage donnant par les imprécations de Didon commencement de haine & de discorde mortelle entre ces deux florissantes nations. La plus grande partie de ceux qui escrivent de nostre temps, se traînent énervez à fleur de terre, comme foibles chenilles, qui n'ont encore la force de grimper aux festes des arbres, lesquelles se contentent seulement de paistre la basse humeur de la terre, sans affecter la nourriture des hautes cimes, ausquelles elles ne peuvent attaindre à cause de leur imbécillité. Les autres sont trop ampoulez, & presque crevez d'enfleures comme hydropiques, lesquels pensent n'avoir rien fait d'excellent, s'il n'est extravagant, crevé &c bouflfy, plein