‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaire (volume 5)Chapitre 51 sur 425 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Qu'il nommera de son nom redouté :

i88 Là le malheur par qui l'homme est donté,

Le ravira de sa femme espousée

Grosse de luy : l'invincible fusée '

Du fier Destin ne veut que ce Troyen 192 Mène une femme au champ Parisien.

De là veinqueur traversant l'Alemagne

Voirra du Rhin le grand canal qui bagne

La riche Gaule, où suant de travaux, 196 Pour rafraîchir gendarmes & chevaux,

Ce fleuve amy boira quelque journée^.

De là suivant sa longue destinée,

Tout flamboyant en l'esclair du harnois 200 Descampera du rivage Gaulois.

Comme un torrent qui s'enfle & renouvelle'

Viendra couvrir les champs de la Mozelle,

Puis en l'honneur de son oncle Paris 204 Aux bords de Seine ira fonder Paris,

Siège royal d'un sceptre si superbe*.

Or' ce Paris qui maintenant n'est qu'herbe,

Isle serrée entre deux flots tortuz, [9J

208 Dedans le Ciel envoira ses vertuz,

Et ses maisons en marbre elabourées

Voisineront les estoilles dorées.

Devant le mur meint combat se fera,

1. C'est la filasse qui entoure le fuseau de la quenouille. Allusion à la Parque qui file la destinée des mortels.

2. C.-à-d. : il boira un jour aux eaux de ce fleuve ami, lui, ses cavaliers et ses chevaux.

5. Vers de Du Bellay, commençant un sonnet liminaire des Odes de Ronsard en 1550 (t. I, p. 56).

4. Ronsard oubliait ou ignorait que le premier nom de Paris fut Lutèce ; c'est seulement à l'époque de Clovis que cette ville prit le nom de la tribu gauloise des Parisii. Cf. E. Pasquier, Rech. de la Fr. IX, ch. 2 (éd. de 1723).

212 Seine de meurtre à bouillons s'enflera

Tournant sanglante à courses vagabondes Hommes, chevaux & armes sous les ondes. Mais ce Francus par hautesse de cueur

216 Des ennemis sera tousjours veinqueur.

Incontinent que la belle victoire L'aura couvert d'éternelle mémoire, Ja faict des Cieux immortel citoyen,

220 En peu de jours le brave nom Troyen

Perdra son lustre, & la ville déserte Sera de poudre & de buissons couverte.

Mais aussi tost que les destins auront

224 Parfaits leurs cours, un Prince Pharamond,

Prince de haute & superbe pensée, Fils d'un des fils de la Royne laissée En Franconie, estant Germain conceu,

228 Et des Troyens de droitte ligne yssu.

Suivant l'oracle & ma voix véritable, Fait capitaine, aux peuples redoutable, Par l'Alemagne un camp amassera

252 Qiai les sablons de nombre passera'.

Le Ciel luira sous l'esclair de ses armes

Et ses soldats, ses piétons, ses gensdarmes

Les uns à pié, les autres en chevaux [10]

236 Rompront la terre, & tariront les eaux.

De luy naistra le grand Roy Merovée, Par qui sera la ville relevée Et les honneurs de son ayeul Francus.

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