LIVRE I
240 Ayant la Gaule & les Gaulois vaincuz
Ores par ruse, & ores par bataille, Rebastira de Paris la muraille Et de rempars son mur enfermera :
244 La Gaule, après, de Francus nommera
Chef des François, qui pour la souvenance D'un si grand prince aura le nom de France'. De Merové*, des peuples conquereur,
248 Viendra meint prince, & meint grand empereur
Haut eslevez en dignité supresme :
Entre lesquels un Roy Charles neufiesme', Neufiesme en nom & premier en vertu,
^52 Naistra pour voir le monde combatu
Desous ses pieds, d'oii le soleil se plonge, Et d'où ses rais sur la terre il allonge, Et s'eslançant de l'humide séjour
256 Aporte aux Dieux & aux hommes le jour4.
Jamais Hercule en tournoyant la terre, Ny rindian remparé de lierre 5, L'un en son char & l'autre à pié, n'eut tant
^60 Le glaive au poing d'honneur en combatant,
Bien que l'un ayt àgrand[sj coups de massue Assommé l'hydre & les fils de la nue^,
1. Comprendre : Ensuite, Mérovée nommera la Gaule du nom de Francus, chef des Francs, et la Gaule, en souvenir d'un si grand prince, s'appellera la France.
2. Syncope de l'e final de Mérovée, autorisée par Ronsard dans son Ahbregé de V Art poët.
3. Pour les besoins de sa cause, R. fait descendre son roi Charles IX de Mérovée, alors qu'il descendait de Hugues Capet, chef de la troisième dynastie.
4. Périphrases pour dire qu'il dominera l'Occident et l'Orient ; recommandées par Du Bellay dans sa Dcffence et Illustr, de la l. fr.
5. Bâcchus, vainqueur des Indes orientales, d'après Pausanias, X, 29, 4 ; Ovide, Met. IV, 20 sq.
é. L'hydre de Lerne et les oiseaux du lac Stymphale, deux des grands travaux d'Hercule.
Et l'autre armé de thyrses menaçans, [ii]
264 Ayt surmonté tant de peuples puissans'.
De ce ^^rand Roy je n'ay borné l'empire, L'an si dispos qui se change & se vire Cassant des Rois les sceptres Se la loy,
266 Ne perdra point l'empire de ce Roy,
Qui florira comme une chose ferme En son entier, sans limite & sans terme 2. Toutes grandeurs desous luy prendront fin,
272 Maistre du Monde : ainsi le fort destin
L'a fait escrire es voûtes azurées Du plus haut Ciel en graveures ferrées. Estant ce Roy du monde spatieux
276 Entier seigneur, & moy de tous les Cieuxî.
Et si tu veux contre nous entreprendre Tu te verras au milieu de l'air pendre, Puis à tes pieds, Junon, j'attacheray
280 Ma grosse enclume, ou je te chasseray
D'un tour de bras par le travers des nues : Ou sous le creux des terres inconneues Je t'envoiray pour jamais ou long temps
284 Dans les enfers compagne des Titans,
Et te feray à ton malheur connoistre Que je suis seul ton espoux & ton maistre 4,