INTRODUCTION IX
que son poète avait abandonné la poésie lyrique pour la poésie épique, voulant porter jusqu'aux deux pôles le bruit de ses exploits, et que, pour cette raison, P. Lescot avait placé au front de la cour du Louvre, en regard de la statue de la Victoire, celle de la Muse de Ronsard, non pas avec une cithare à la main, mais avec une trompette à la bouche '.
Cette même année 1555 et l'année suivante, Ronsard, comme pour s'entraîner à la confection de son long poème, composait ses Hymnes, dont l'un est à la gloire de Henri II et quelques autres sont de petites épopées, notamment l'hymne de Pollux et Castor, présenté à l'amiral Coligny comme le prélude de chants épiques plus importants^». Après la trêve de Vaucelles, vers mars 1556, il s'offrait derechef en un sonnet à Henri II pour « célébrer ses faits » : la guerre terminée, le roi n'avait plus d'excuse pour différer « le voyage de Francus», entendez le don d'une bonne abbaye '. Un autre sonnet, qui accompagnait celuilà dans la Nouvelle Continuation des Amours +, et surtout une épître au cardinal de Lorraine, publiée à la suite des Hymnes, nous font connaître les démarches toujours infructueuses de notre solliciteur transi. Dans cette épître, il s'exprimait plus explicitement encore sur la récompense anticipée qu'il attendait :
Me blâme qui voudra d'importuner le Roy
Pour me donner du bien
Ha bons Dieux ! qui mettroit la Franciade à fin Sans le bienfaict d'un Roy ? Je le vous dis affin Que vostre saincteté quelquefois luy redie, Pour rendre à bien chanter ma Muse plus hardie.
Ce qui suit peut se résumer ainsi : Mon long poème demandera bien dix ans de travail ; je prie qu'on m'y encourage autrement que par de bonnes paroles ; je le composerai, si le roi m'octroie dès maintenant les revenus d'une abbaye : donnant donnant î.