X INTRODUCTION
Ces sollicitations étant restées aussi vaines que les précédentes, et le roi Henri II étant mort en juillet 1559 sans avoir « crosse la lyre » de son poète, Ronsard découragé abandonna son projet d'épopée : nouvel ajournement, qui cette fois devait durer plus de six ans.
Des nombreux témoignages laissés parles écrivains de l'époque sur cette Franciade primitive, annoncée par l'auteur dès le début de sa carrière, attendue et préconisée par toute la Brigade, mais remise d'année en année faute de récompense immédiate, nous ne retiendrons ici que ceux de Joachim du Bellay, l'émule et l'ami de la première heure. A Rome depuis juin 1553, il était tenu au courant de la fortune littéraire de Ronsard non seulement par l'envoi de ses publications, mais aussi par le récit de leurs amis communs, entre autres Panjas, qui le rejoignit en avril 1554 comme secrétaire du cardinal Georges d'Armagnac, et Magny, qui arriva l'année suivante comme secrétaire de l'ambassadeur Jean d'Avanson i. Par eux il apprit de quelle faveur jouissait Ronsard à la Cour de France, notamment à propos du projet de son épopée, agréé par Henri II, faveur plus apparente que réelle, nous l'avons vu, mais que Joachim tint pour assurée. Aussitôt de complimenter et d'encourager l'heureux favori en plusieurs sonnets des Regrets *j et dans une épître latine ^i P. Ronsardum lyrae gallicae principern, dont voici la conclusion, d'après la traduction qu'il en a donnée lui-même :
Toute la Cour te vante
Pour Francus : pour Francus toute France te chante,
Et chante jusqu'ici le Tybre aux flots tortus
En son cours jaunissant l'honneur de ton Francus,
Sus donques, ce pendant que le Dieu de ta lyre
De ta saincte fureur heureusement t'inspire,
Escry, ose & fay tant, Ronsard, à ceste fois.
Que le Grec & Latin cède à nostre François >.
Un peu plus tard, ayant appris la nouvelle déception de son