INTRODUCTION VU
France et de ses rois quand il le voudrait, et qu'il le voudrait le jour où Henri II ferait sa fortune. Fais-moi riche, lui avait-il dit déjà, et je chanterai tes louanges; fais-moi très riche, lui répétait-il, et je les chanterai mieux que tous mes contemporains; mais cette fois il esquissait au roi le plan de sa Franciade pour le décider par cet avant-goût à tenir ouvertes ses « grandes mains libérales », et Antoine de Baïf, soulignant l'intention de son ami, faisait précéder l'ode d'un distique grec plein de promesses, qui annonçait la conception d'une épopée supérieure à l'Iliade. Comme je l'ai fait pour les Quatre premiers livres des Odes, j'ai tenu à reproduire non seulement ce témoignage d'admiration et celui de Jacques Goupil qui l'accompagne au verso du titre, mais encore deux sonnets post-liminaires Sur la paix, l'un de Charles de Sainte-Marthe, l'autre de Pierre des Mireurs. Il n'y est pas question de Ronsard, mais leur présence seule à cette place nous prouve les liens qui l'unissaient à leurs auteurs. Le second, son condisciple au collège de Coqueret, se trouvait naturellement « embrigadé » dans la nouvelle école poétique ; mais le premier, un des plus doctes survivants de l'ancienne école, était à proprement parler un « rallié », qui, bien loin de faire chorus avec les « rimeurs » de la Cour contre Ronsard, s'était rangé tout de suite de son côté. Nous en avons une autre preuve, décisive, dans une épître latine des premiers jours de juin, où Ch. de Sainte-Marthe a exprimé son enthousiasme pour notre poète, en quinze vers, dont j'extrais ceux-ci :
Ronsardus meus ille, quem Minerva Sacravit sibi, cui suada Pitho Dextro Mercurio irrigavit ora, Qui {nolit velit invidus) poetas Inter, conspicuus locum tenebit '.
Il est piquant de relever un pareil éloge sous la plume d'un poète Marotique, au moment même où Mellin de Saint-Gelais,
I. La date de cette épître est fixée par un vers où Ch. de Sainte-Marthe dit que la mort de Marguerite de Valois, reine de Navarre (arrivée le 21 décembre 1S49) ^^t passée depuis près de six mois : Jam sextus prope inensiiest...'E\\t parut d'ailleurs dans V Hecatodistichon des sœurs Seymour en juin 1550.