VIII INTRODUCTION
se révélant le chef de l'opposition, dénigrait la jeune école et surtout ce « pindariseur » ambitieux, qui prétendait le supplanter dans la faveur du roi et dans l'opinion publique.
C'est, en effet, soit en mai, soit en juin 1550, que je place (on verra pourquoi tout à l'heure) la fameuse scène de la médisance, où Saint-Gelais lut à Henri II les vers pindariques de Ronsard en lui faisant ressortir l'obscurité et l'emphase de certains passages perfidement choisis. Déjà dans VOde de la Paix Ronsard cherchait à parer les dangereux coups de langue des adversaires personnels qu'il avait à la Cour ', se rendant très nettement compte que, malgré la réserve élogieuse qu'il avait cru habile de faire à l'égard de Saint-Gélais dans la préface des Odes, celuici ne lui pardonnait ni la violence des attaques dirigées contre les Marotiques en général, ni surtout la condamnation brutale des poètes courtisans qui goûtaient alors « les mannes de la royale grandeur » =. Mais il n'avait sans doute pas encore la preuve matérielle que Saint-Gelais le desservait auprès du roi ; ses présomptions et ses craintes ne devinrent une certitude que le jour où Madame Marguerite et son chancelier, Michel de l'Hospital, eurent pris le vieux courtisan en flagrant délit et plaidé victorieusement contre lui la cause de leur protégé. Alors seulement Ronsard le démasqua et le dénonça à la première occasion, qui ne tarda pas à s'offrir.
Invité de façon pressante par Ch. de Sainte-Marthe à célébrer la m.émoire de Marguerite de Navarre, morte au mois de décembre précédent 3, sollicité d'autre côté par Nicolas Denisot qui préparait la seconde édition du Tombeau de cette reine, Ronsard se hâta d'y collaborer pour une large part et termina l'une