‹ Œuvres complètes. É. critique, avec introd. et commentaireChapitre 55 sur 244 · J2-J5 Le jeune peuple estranger · texte numérisé non relu

J2-J5 Le jeune peuple estranger

37-40. 60-Sj Et qu'il tirât des dangers Ces demidieux passagers (jS- 8j estrangers) Qui devoint {et dévoient) par la Lybie {84-8J Libye) Porter leur niere affoiblie

41-44. jj-^/ Mais si ce Harpeur fameus Ouioit le lut {6-j-Sy Oyoit '.e chant) des Serénes Qui sonne au[s]bors escumeus Des Albionnes arènes

1. Cette « mère » est le navire Argo, que les héros portèrent sur leurs épaules à travers les sables du littoral africain, après avoir interprété difficilement les paroles mystérieuses des divinités tutélaires du pays (Apollonius, Argon. IV, 1325-1387 ; cf. Pindare, Pyth. iv, 25-28). Denisot prit soin en 15 51 d'expliquer: « Les Argonautes arrestez dedans le Syrte Lybien furent admonnestés en songe par quelque Nymphe de porter leur mère affoiblie de tant de maulx par les desers de TAphrique, jusques au lac Triton. Leur mère, c'estoit leur navire qui premièrement les avoir portés en son ventre de Thessalie jusques en Colchos. Apol- Icine, 3 (sic). » Ronsard, après avoir supprimé cette note, ressentit en 1567 le besoin d'une nouvelle note marginale: « Leur navire dedans laquelle ilz estoyent portez au ventre comme en celuy de leur mère », qui disparut elle-même en 15 71.

Il avait repris en 1556 cette périphrase énigmatique au début d'une épitre à Jean de Morel {Nouv. Contin. des Amours) :

Quand le fameux Jason et la fleur de la Grèce,

Portans leur mère au dos, passèrent la sech'resse

De l'ardente Libye, et à force de bras

La poussèrent au lac qui surnomma Pallas en 1 accompagnant d'une note explicative, qui disparut elle aussi des dernières éditions, si bien que Marcassus, commentant les Pofwcs en 1623, et Blanchemain, le copiant en son t. YI, p. 229, s'y sont trompés.

2. C. à d. si Orphée entendait le luth des trois sœurs Seymour. Allusion à leur Hecatodistichon, publié par Denisot en juin 1550.

Son lue payen il fendroit,

Et disciple se rendroit

Dessous leur chanson Chrestienne

Dont la voix passe la sienne.

Car luy enflé de vains motz

Devisoit à l'aventure

Ou des membres du Chaos,

Ou du sein de la Nature ^ :

À Mais ces Vierges chantent mieux Ij Le vray Manouvrier des cieux, \ Nostre demeure éternelle,

Et ceulx qui vivent en elle ^.

Las, ce qu'on voit de mondain 3 Jamais ferme ne se fonde,

45. 67-7J Sa Lyre payenne fendroit | jS-Sj texte primitif avec luth 50. jr a-l'avanture | )2-6o a-laventure {éd. siiiv. corr.) 52. ji la nature (éd. suiv. corr.') 55. }2-8j Et sa demeure éternelle

1. Note de Denisot : « Orphée composa un livre de la Généalogie des Dieux, comme il témoigne lui-même au premier de ses Argonautes ». Mais les Argonautes publiés sous son nom sont attribués soit à l'Athénien Onomacrite, soit à quelque poète alexandrin.

2. Cette strophe et la précédente, où Ronsard met l'inspiration chrétienne au-dessus de l'inspiration païenne, rappelle tout à fait un passage de la dédicace des Pseaurnes de Cl. Marot à François I" (1543) •

Si Orpheus jadis l'eust entendue La sienne il eust à quelque arbre pendue... En outre, l'idée de comparer les sœurs Seymour aux antiques Sirènes puis de leur donner l'avantage parce que leurs chants sont chrétiens, me semble venir d'une pièce latine de Salmon Macrin, publiée dès 15 50 dans Y Hecatodistichon et recueillie la même année par son auteur dans les Naeniae (p. 44: Semotis scopulis freti Sicani), avant de reparaître dans le Tombeau de Marguerite de Valois en même temps que l'ode de Ronsard. Sur ce changement de ton, voir mon Ronsard poète lyr . , pp. ~6-'j-j.

?. C. à d. en ce bas monde, oopoîé à la « demeure éternelle » des âmes vertueuses. C'est ainsi que Du Bellay assigne à l'ode, entre autres sujets, « le discours tatal des choses mondaines » (Deffence, II, iv).

Ains fuit & refuit soudain

Comme le branle d'une onde,

Q.ui ne cesse de rouller,

De s'avancer & couller,

Tant que rampant il arrive

D'un grand heurt contre sa rive '

La Science au paravant Si long temps orientale, Peu à peu marchant avant S'apparoist occidentale :

Et sans jamais se borner Eir n'a cessé de tourner, Tant qu'elle soit parvenue A l'autre rive incognue *.

Là, de son grave souci Vint affoUer le courage De ces trois Vierges icy.

Les trois seules de nostre aage :

Et si bien les sçeut tenter, Qu'ores on les oit chanter

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