DEUXIÈME PARTIE
des faënza, de l'étrusque, de l'oriental, tenté quelquesuns des perfectionnements réalisés plus tard. Aussi remarquait-on, dans la série, de gros vases couverts de mandarins, des écuelles d'un mordoré chatoyant, des pots rehaussés d'écritures arabes, des buires dans le goût de la Renaissance, et de larges assiettes avec deux personnages, qui étaient comme dessinés à la sanguine, d'une façon mignarde et vaporeuse. Il fabriquait maintenant des lettres d'enseigne, des étiquettes à vin ; mais son intelligence n'était pas assez haute pour atteindre jusqu'à l'Art, ni assez bourgeoise non plus pour viser exclusivement au profit, si bien que, sans contenter personne, il se ruinait. Tous deux considéraient ces choses, quand M^"* Marthe passa.
«c Tu ne le reconnais donc pas? » lui dit sa mère.
— Si fait! reprit-elle en le saluant, tandis que son regard limpide et soupçonneux, son regard de vierge semblait murmurer: « Que viens-tu faire ici, toi? » et elle montait les marches, la tête un peu tournée sur l'épaule.
jyjme Arnoux emmena Frédéric dans la cour, puis elle expliqua d'un ton sérieux comment on broie les terres, on les nettoie, on les tamise.
« L'important, c'est la préparation des pâtes. »
Et elle l'introduisit dans une salle que remplissaient des cuves, où virait sur lui-môme un axe vertical armé de bras horizontaux. Frédéric s'en voulait de n'avoir pas refusé nettement sa proposition, tout à l'heure.
« Ce sont les patouillards, » dit-elle.
294 L'ÉDUCATION SENTIiM ENTALE .
Il trouva le mot grotesque, et comme inconvenant dans sa bouche.
De larges courroies filaient d'un bout à l'autre du plafond, pour s'enrouler sur des tambours, et tout s'agitait d'une façon continue, mathématique, agaçante.
Ils sortirent de là et passèrent près d'une cabane en ruines, qui avait autrefois servi à mettre des instruments de jardinage.
« Elle n'est plus utile, » dit M""^ Arnoux.
Il répliqua d'une voix tremblante :
« Le bonheur peut y tenir ! »
Le tintamarre de la pompe à feu couvrit ses paroles, et ils entrèrent dans l'atelier des ébauchages.
Des hommes, assis à une table étroite, posaient devant eux, sur un disque tournant, une masse de pâte; leur main gauche en raclait l'intérieur, leur droite en caressait la surface, et l'on voyait s'élever des vases, comme des fleurs qui s'épanouissent.
jyjme Arnoux fit exhiber les moules pour les ouvrages plus difficiles.
Dans une autre pièce, on pratiquait les filets, les gorges, les lignes saillantes. A l'étage supérieur, ou enlevait les coutures, et l'on bouchait avec du plâtre les petits trous que les opérations précédentes avaient laissés.
Sur des claires-voies, dans des coins, au milieu des corridors, partout s'alignaient des poteries.
Frédéric commençait à s'ennuyer.
« Gela vous fatigue peut-être? » dit-elle.