‹ Œuvres complètes. Ed. définitive d'après les manuscrits originauxChapitre 105 sur 108 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Craignant qu'il ne fallût borner là sa visite, il affecta, au contraire, beaucoup d'enthousiasme. Il regrettait même de ne s'être pas voué à cette industrie.

Elle parut surprise.

« Certainement! j'aurais pu vivre près de vous! »

Et, comme il cherchait son regard, W^^ Arnoux, afin de l'éviter, prit sur une console des boulettes de pâte, provenant des rajustages manques, les aplatit en une galette, et imprima dessus sa main.

« Puis-je emporter cela? dit Frédéric.

— Êtes- vous assez enfant, mon Dieu! »

Il allait répondre, Sénécal entra.

M. le sous-directeur, dès le seuil, s'aperçut d'une infraction au règlement. Les ateliers devaient être balayés toutes les semaines; on était au samedi, et, comme les ouvriers n'en avaient rien fait, Sénécàl leur déclara qu'ils auraient à rester une heure de plus. « Tant pis pour vous ! »

Ils se penchèrent sur leurs pièces, sans murmurer; on devinait leur colère au soufïïe rauque de leur poitrine. Ils étaient, d'ailleurs, peu faciles à conduire, tous ayant été chassés de la grande fabrique. Le républicain les gouvernait durement. Homme de théories, il ne considérait que les masses et se montrait impitoyable pour les individus.

Frédéric, gêné par sa présence, demanda bas à jjme Arnoux s'il n'y avait pas moyen de voir les fours. Ils descendirent au rez-de-chaussée; et elle était en train d'expliquer l'usage des cassettes, quand ^nécal, qui les avait suivis, s'interposa entre eux.

Il continua de lui-même la démonstration, s'étendit sur les différentes sortes de combutatibles, l'enfournement, les pyroscopes, les alandiers, les englobes, les lustres et les métaux, prodiguant les termes de chimie, chlorure, sulfure, borax, carbonate. Frédéric n'y comprenait rien, et à chaque minute se retournait vers ]^me Arnoux.

(c Vous n'écoutez pas, dit-elle. M. Sénécal pourtant est très clair. Il sait toutes ces choses beaucoup mieux que moi. »

Le mathématicien, flatté de cet éloge, proposa de faire voir le posage des couleurs. Frédéric interrogea d'un regard anxieux M""^ Arnoux. Elle demeura impassible, ne voulant sans doute ni être seule avec lui ni le quitter cependant. Il lui offrit son bras.

« Non ! merci bien ! l'escaher est trop étroit ! »

Et, quand ils furent en haut, Sénécal ouvrit la porte d'un appartement rempli de femmes.

Elles maniaient des pinceaux, des fioles, des coquilles, des plaques de verre. Le long de la corniche, contre le mur, s'alignaient des planches gravées ; des bribes de papier fin voltigeaient; et un poêle de fonte exhalait une température écœurante, où se mêlait l'odeur de la térébenthine.

Les ouvrières, presque toutes, avaient des costumes sordides. On en remarquait une, cependant, qui portait un madras et de longues boucles d'oreilles. Tout à la fois mince et potelée, elle avait de gros yeux noirs et les lèvres charnues d'une négresse. Sa poitrine abondante sailHssait sous sa chemise, tenue autour de sa

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