DEUXIÈME PARTIE
taient un bouquet de violettes à la main. Le ton mat de leurs gants faisait ressortir la blancheur humaine de leurs bras ; des effîlés, des herbes, leur pendaient sur les épaules, et on croyait quelquefois, à certains frissonnements, que la robe allait tomber. Mais la décence des figures tempérait les provocations du costume; plusieurs même avaient une placidité presque bestiale, et ce rassemblement de femmes demi-nues faisait songer à un intérieur de harem ; il vint à l'esprit du jeune homme une comparaison plus grossière. En effet, toutes sortes de beautés se trouvaient là : des Anglaises à profil de keepsake, une Italienne dont les yeux noirs fulguraient comme un Vésuve, trois sœurs habillées de bleu, trois Normandes, fraîches comme des pommiers d'avril, une grande rousse avec une parure d'améthystes; — et les blanches scintillations des diamants qui tremblaient en aigrettes dans les chevelures, les taches lumineuses des pierreries étalées sur les poitrines, et l'éclat doux des perles accompagnant les visages se mêlaient au miroitement des anneaux d'or, aux dentelles, à la poudre, aux plumes, au vermillon des petites bouches, à la nacre des dents. Le plafond, arrondi en coupole, donnait au boudoir la forme d'une corbeille ; et un courant d'air parfumé circulait sous le battement des éventails.
Frédéric, campé derrière elles avec son lorgnon dans l'œil, ne jugeait pas toutes les épaules irréprochables; il songeait à la Maréchale, ce qui refoulait ses tentations, ou l'en consolait.
Il regardait cependant M™® Dambreuse, et il la
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trouvait charmante, malgré sa bouche un peu longue et ses narines trop ouvertes. Mais sa grâce était particulière. Les boucles de sa chevelure avaient comme une langueur passionnée, et son front couleur d'agate semblait contenir beaucoup de choses et dénotait un maître.
Elle avait mis près d'elle la nièce de son mari, jeune personne assez laide. De temps à autre, elle se dérangeait pour recevoir celles qui entraient ; et le murmure des voix féminines, augmentant, faisait comme un caquetage d'oiseaux.
Il était question des ambassadeurs tunisiens et de leurs costumes. Une dame avait assisté à la dernière réception de l'Académie ; une autre parla du Don Juan de Molière, représenté nouvellement aux Français. Mais, désignant sa nièce d'un coup d'œil, M""^ Dambreuse posa un doigt contre sa bouche, et un sourire qui lui échappa démentait cette austérité.
Tout à coup, Martinon apparut, en face, sous l'autre porte. Elle se leva. 11 lui offrit son bras. Frédéric, pour le voir continuer ses galanteries , traversa les tables de jeu et les rejoignit dans le grand salon; M'"^ Dambreuse quitta aussitôt. son cavalier, et l'entretint familièrement.
Elle comprenait qu'il ne jouât pas, ne dansât pas.
« Dans la jeunesse on est triste! » Puis enveloppant le bal d'un seul regard :
« D'ailleurs, tout cela n'est pas drôle! pour certaines natures du moins ! »
Et elle s'arrêtait devant la rangée des fauteuils, dis-