ACTE I, SCÈNE IV
KARL, le pistolet à la maio.
Cette arme est-elle bonne ?
L'ARMURIER
Excellente, monsieur. C'est le pistolet d'ordonnance des gardes à cheval de Sa Majesté : ces messieurs les officiers n'en veulent pas d'autre pour les affaires d'honneur.
KARL
Porte-t-il loin?
L'ARMURIER
A vingt-cinq pas, monsieur, cela vous percerait une bonne planche de chêne ou... (en souriant) un homme.
KARL
La charge est-elle bien bourrée ? la poudre bien sèche?
L'ARMURIER
Sans doute, monsieur; mais pourquoi?
KARL
Pour rien. Reculez-vous un peu. Je tirerai d'ici.
(L'armurier s'éloigne de quelques pas.) Tout CSt dit, allonS !
Au moment où Karl, seul au milieu de la scène, la main gauche sur son cœur, va diriger l'arme contre lui, le duc, qui s'est approché silencieusement de lui par derrière, lui touche légèrement le bras qui tient le pistolet.
LK DUC
Pardon, monsieur.
KARL, dans le plus grand trouble.
Monsieur...
LE DUC, le saluant avec courtoisie.
Serait-il indiscret de vous demander pourquoi vous voulez vous tuer ?
KARL
Monsieur, qui peut vous faire croire ?... Prenez garde, j*aipeu de goût pour les mauvais railleurs.
LK DUC
Et moi pour les impatients, monsieur, et si vous aimez mieux mourir de ma main que de la vôtre... Mais toute cette vivacité est absurde ! Je n*ai point rintention de vous offenser, et quand vous saurez
pourquoi... (A ramuiricr qui s'est approché.) LaisSC-nOUS. L'ARMURIER.
Mais... Excellence, c'est que si réellement...
LE DUC
N'es-tu pas payé? Va-t'en, te dis-je !
L'ARMURIER
J*obéis, monseigneur, j'obéis.
Il sort.