SCÈNE V LE DUC, KARL
KARL
M'expliquerez-vous, maintenanL, dans quel dessein vous avez interrompu mon innocente distraction sous le singulier prétexte...
LE DUC
Monsieur, vous alliez bel et bien vous tirer un coup de pistolet dans le cœur. (Geste de Kaii.) Il est parfaitement inutile de chercher à me donner le change. Je n'ai pas l'intention de vous empêcher de vous tuer.
KARL
Monsieur!...
LE DUC
Regardez-moi bien. Ai-je l'air d'un philanthrope? Je n'attache pas grande importance, et je l'ai prouvé, à la vie d'un homme, la vôtre ou la mienne. Lesuicide meparaît une action trèspermise, — mais fort difficile, et qui exige, selon moi, plus de cou-
rage qu'il n*en faut pour charger rennemi comme je Tai fait, à la tète de mes escadrons, l'épée dans le fourreau et armé d'un simple fouet de chasse.
KARL, posant le pistolet sur une des tables.
Eh bien, oui! c'est vrai, je veux mourir; mais je ne suppose pas, monsieur, que vous ayez retardé le moment de ma mort uniquement pour me faire part de vos théories ou de vos exploits.
LE DUC
Décidément, vous avez le caractère mal fait aujourd'hui. Mais, dans l'état d'esprit où vous vous trouvez, je vous excuse et je continue à m'expliquer. Sachez donc, cher monsieur, que si j'ai eu l'impolitesse de vous interrompre dans votre très légitime tentative, c'est que, ce matin môme, j'ai eu, moi aussi, la fantaisie d'en faire autant.
K A H L , d'abord étoiinr.
Vraiment! (Avec amertume.) Muis jc vois que ce caprice vous a j)assé, et je ne m'en étonne guère. Rassurez-vous. Ce n'était qu'un élégant accès de spleen que vous noierez ce soir au fond d'une bouteille de tokay. Moi, je suis le fils d'un homme (|ui, après m'avoir donné l'éducalion d'un prince