ACTE IV, SCÈNE I
Il va falloir pourtant me mettre à ses genoux, M'incliner sur sa main, moi, fils de Tadultère, Le tromper sans rougir et l'appeler mon père, Et lui faire baiser sur mon front exécré L'image du bandit qui l'a déshonoré !
Il le faut... Mon destin en cet égout me plonge, Et tel est mon devoir : trahison et mensonge!
Il s'approche de Gian-Battista et met un genou en terre.
Mon père !
G I A N - B A T T I s T A, avec joie.
Toi, mon fils !
Il embrasse le jeune homme.
Oh ! te voir ! ... Te revoir !
Avec un léger tremblement dans la voix.
Ce n'est pas pour ce soir?
SEVERO, se relevant.
Ce n'est pas pour ce soir.
GIAN-BATTISTA, avec un soupir de soulagement.
Ah!
SEVERO
Que hsiez-vous donc ?
GIAN-BATTISTA
Un récit de Plutarqu e . . .
222 SEVEIIO TORELLI.
Un tragique récit. . . Vois, j'ai fail une marque
A la page, et bientôt je la saurai par cœur.
Il n'est rien de plus beau dans le vieux chroniqueur;
Mais c'est une farouche et sanglante aventure...
Et je pensais à toi pendant cette lecture.
SEVERO
Quelle est donc cette page et qu'y raconte-t-on?
GIA>'-BATTISTA
La mort d'Harmodius et d'Aristogiton.
SEVERO, à part.
Oh! toujours, devant moi, mon serment qui se dresse L
GIAN-BATTISTA
Mon noble enfant, il faut qu'éclate ma tendresse.
Hier, quand tu m'as dit ton généreux dessein,
Mon cœur, à se briser, a baltu dans mon sein,
Et mes yeux, malgré moi, se sont gonflés do larmes.
Cependant j'ai voulu te cacher mes alarmes.
Pour ne pas t'amollir, mon fils, comprends-tu bien?
Et le père a cédé la place au citoyen...
Aujourd'hui... aujourd'hui, je ne suis plus qu'un père..
Pardon... mais je n'ai plus une âme si sévère
Et je ne me sens plus si courageux qu'avant.