‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 2)Chapitre 162 sur 252 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Car nous savons d'où vient ton auguste misère, Nous savons que tes fils, quatre nobles enfants, Sous les fusils braqués des Anglais triomphants. Ont mieux aimé mourir que de rendre leurs armes; Nous savons que tes yeux sont éteints par les larmes Et qu'à présent tu n'as pour guide, infortuné ! Que la pauvre orpheline, enfant du dernier-né. Victime du devoir et de la bonne cause, Il faut que sous un toit ta tête se repose. Chez le lord opulent ou chez l'humble fermier, Entre î et l'on remplira ton verre le premier; Entre î et chez l'un de nous prends la meilleure place ; Mais ne tends plus, Angus, au voyageur qui passe Sans savoir quel malheur te force à l'implorer. Cette main que nous tous sommes fiers de serrer î

ANGUS

Qui que tu sois, merci! L'Ecosse hospitalière A dignement parlé par ta voix familière. Mais le lit aux draps frais et les larges repas, 0 Fingalls î parmi vous ne me retiendront pas. Je dois toujours errer et mendier sans cesse; Et l'héroïque enfant qui conduit ma vieillesse. Par les âpres sentiers, vers des buts inconnus. Aux cailloux du chemin doit meurtrir ses pieds nus.

260 LES JACOIUTES.

Non! je n'acceplcnii ni le feu, ni la table;

Je ne veux que du pain et qu'un coin dans Tétablc,

Et dès Taube, demain, je fuirai sans adieu.

Car, sachez-le bien tous ! Angus a fait un vœu.

Aux portes du manoir et de la métairie,

Il surgit, vieux témoin des maux de la patrie,

Et de nos chers proscrits il est le messager.

Tant que nos rois mordront au pain de l'étranger,

11 se contentera, lui, du pain de l'aumône ;

La paille lui suffit, puisqu'ils n'ont pas leur trône;

Les malheurs des Stuarts aux siens se sont mêlés,

Et le vieux vagabond ressemble aux exilés.

Lorsque l'aveugle entend quelque clocher qui vibre.

Il va là, répétant : « L'Ecosse n'est pas libre! »

Et ses affreux haillons, et ses tristes yeux morts,

Au cœur des oublieux font naître les remords.

C'est là ma mission, c'est le devoir de celle

Dont l'humble main conduit l'infirme qui chancelle.

0 vous, qui, plus heureux que moi, pouvez la voir,

Cette fière et candide enfant, toute au devoir,

Dont le malheur a fait le courage précoce,

N'est-elle pas la chère image de l'Ecosse?

Marie! Elle a le nom d'une Stuarl; elle est

Catholique comme elle, et dit son chapelet ;

Mais il est tout entier fait des balles de guerre

Page 1