‹ Œuvres complètes. Éd. illustrée (volume 3)Chapitre 123 sur 191 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

MILITZA

Le tien, sans doute.

Je ne sais pas prier.

CONSTANTIN

Ton pays?

MILITZA

La grand'route.

Ta famille?

CaNSTANTIN.

MILITZA

Ma mère errait sur le chemin, Mendiait et lisait les signes de la main.

CONSTANTIN

Elle t'aimait?

MILITZA

Qui sait? J'étais souvent battue; Et, lorsque j'eus quinze ans, la vieille m'a vendue. C'est elle qui m'apprit à danser.

CONSTANTIN

Et depuis?

MILITZA

Depuis, mon beau soldat, je vis comme je puis. Le chagrin dans le cœur et le fard sur la joue, Je ramasse mon pain n'importe où, dans la boue... Mon miroir m'a fait honte, un jour; je l'ai cassé; Et je pleure, la nuit, après avoir dansé.

CONSTANTIN, déliant les mains de Militza.

Allons, sois libre... Adieu!

MILITZA

Quoi, ta main me délivre !

CONSTANTIN, lui donnant sa bourse.

Oui, prends ma bourse, tiens, et tâche de mieux vivre. Car ta beauté m'afflige et ton charme est navrant. Pauvre fille qui fais le mal en l'ignorant. La débauche t'a prise, enfant à l'œil sincère, Dans l'horrible tribut payé par la misère. Si jeune, tu rougis de pudeur sous ton fard; Un reste d'innocence éclaire ton regard; Et la fleur dans la fange et de tous méprisée Garde encor, du matin, sa goutte de rosée.

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