ACTE IV, SCÈNE II
J'avais droit de juger, j'avais droit de punir ! Et je devrais toujours garder ce souvenir Baigné dans ta clarté pure et sans défaillance, Lampe de ma pensée intime, ô conscience ! Je frémis cependant et c'est plus fort que moi... Mais si je ne suis pas un criminel, pourquoi Cette froide sueur inondant mon front moite? Pourquoi ne puis-je plus regarder ma main droite? Et pourquoi tout à l'heure ai-je, tout frémissant. Jeté cet affreux vin qui me semblait du sang?... Devant moi, juste et pur, j'avais le crime immonde. En frappant, je sauvais mon pays, tout un monde, Vingt royaumes, aux pieds du Christ agenouillés; Dieu conduisait mon bras! Astres, vous m'approuviez ! Comme, sur son chetnin, on tue une vipère. J'ai dû tuer ce monstre... Oui ! mais c'était mon père !., Mon père! Mais c'est lui qu'en frappant j'ai sauvé! Si son nom, dans le cœur de tous, est conservé Comme le nom sacré d'un héros et d'un brave. Si là-bas, à Viddin, devant le peuple slave. Son image a reçu cet honneur souverain De surgir sur le ciel dans l'immortel airain, Offerte à tous ainsi qu'un exemple sublime. C'est que j'ai supprimé cet homme avant son crime ; C'est que j'ai su tenir secret le châtiment;
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C'est que pour lui je fus un juge encor clément, Et que, l'honneur étant sauvé par ma sentence. Il obtint ce triomphe au lieu d'une potence!... N'importe ! Contre moi j'entends son sang crier. 0 pieux assassin ! filial meurtrier!
Tu te cherches des noms dans ta douleur stupide; Mais c'est en vain î L'écho te répond : « Parricide î » Oui ! j'ai fait mon devoir; je n'ai pas de remord; Mais j'ai là, sous mes yeux, toujours cet homme mort! Et je le vois partout, et rien ne m'en délivre. Oui! je suis innocent, mais je ne peux plus vivre!... La mort, je l'ai cherchée avec l'ardeur d'un fou, Laissant à mon cheval la bride sur le cou. Dans d'imprudents combats, dans la guerre insensrt». Cette mort du soldat, Dieu me l'a refusée. Le chrétien ne peut pas porter la main sur soi; Mais tu me vois souffrir, mon Dieu ! délivre-moi! La mort, je veux la mort, et n'importe laquelle! La mort dans la douleur, dans l'angoisse cruelle, Dans la torture et sous les morsures du fer. Faisant se hérisser tous les poils de ma chair! La mort sur l'échafaud, la mort dans l'infamie î Et je l'accueillerai. Seigneur, comme une amie, Ouand elle fermera mes yeux d'agonisant; Car je ne peux plus vivre avec ce goût de sang