ACTE IV, SCÈNE IH
MILITZA
Quel mot prononces-tu? Sois confiant, mon maître. Le chagrin qui te navre, oh ! fais-le-moi connaître. Me suis-je donc trompée alors qu'en ta maison J'ai cru voir se glisser la pâle trahison? Dis-moi comment la mort soudaine est descendue Sur l'homme dont là-bas triomphe la statue, Et pourquoi, depuis lors, le vent du désespoir Souffle sur toi...
Non ! non ! Tu ne dois rien savoir.
Mon père est un héros tombé pour la patrie; Et le soupçon dont fut sa loyauté flétrie Par nous deux, et qu'ici tu m'oses rappeler, Militza, jure-moi de n'en jamais parler!
MILITZA
J'obéirai. Sur quoi veux-tu que je le jure?
Là, tiens, sur ce poignard qui vient de ta ceinture
Et que je porte ainsi qu'un souvenir sacré !
Je ne parlerai plus de cela. C'est juré.
Du moins, apaise-toi, cher maître. Que ma lèvre
Se posant sur ta main en calme un peu la fièvre,
282 POllU LA COlilU)NM<:.
Et si, comme cela t'arrive quelquefois,
Tu verses une larme, attendri par ma voix,
Permets que je recueille et boive cette larme,
Car pour moi, vois-tu bien, c'est une ivresse, un charme,
Un bonheur qui ne peut même au ciel exister,
Et qui remplit mon cœur à le faire éclater.
CONSTANTIN
Durez ! prolongez-vous, instants heureux et calmes. Halte du voyageur au désert sous les palmes ! Visite du soleil au pauvre prisonnier!... Ma pensée est un champ de bataille, un charnier. Pauvre femme ! mais, grâce à ta bonté touchante. Un papillon y vole, une fauvette y chante.
Te consoler? Oh î si mon amour le pouvait.'...
CONSTANTIN
Hélas! non. Quand un homme a fait ce que j'ai fait. L'espoir est impossible... Un instant, tu m*apaises... Mais je voudrais couper cette main que tu baises! Fuis, te dis-je \ <mi mon rnpiir j'ai \o froid du tomhoan !