L'ANNEAU
Lorsque des anciens morts on trouble le repos, Qu'on soulève le marbre effrité des tombeaux,
Qu'au sépulcre on ose descendre, Et qu'on viole, après un travail dur et long. Le funèbre secret des vieux cercueils de plomb,
On n'y trouve que de la cendre.
Plus trace d'ossements, plus trace de linceul, L'implacable néant a tout dévoré, seul.
Comme une bête carnassière.
LA.N.NEAl. lïTJ
Lentement, lentement, tout s'est décomposé; Le squelette lui-même à la fin s'est usé :
Rien, plus rien qu'un peu de poussière !
Pourtant, en la fouillant du bout de son soulier, Parfois, le fossoyeur voit un objet briller
Parmi cette cendre incolore :
C'est l'anneau que le mort jadis eut à son doigt, Et qui, métal fidèle et pur, comme il le doit.
Demeure intact et brille encore.
Dans ces jours de chagrin où je hais le soleil, Il me semble souvent que mon cœur est pareil
A ces antiques sépultures, Et qu'on n'y peut plus rien désormais découvrir Des mille sentiments qui l'ont tant fait souffrir
Par leurs cruelles impostures.
Ce n'est plus que néant, que ténèbres, qu'oubli; Et ce tombeau, d'un peu de froide cendre empli,
M'en offre le parfait modèle ; Mais l'œil de ma pensée y voit briller encor. Comme, au fond de l'ancien sépulcre, l'anneau d'or.
Ton souvenir tendre et fidèle.
VIEUX BKOUlLLOx\ DE LETTRE
Adieu ! J'ai peur d'aimer. Quittons-nous ce soir même. Je te ferais souffrir et tu me rendrais fou. Ainsi qu'une coquette ôte un collier qu'elle aime, Je détache à resfret tes bras blancs de mon cou.
Adieu ! L'Amour viendrait. Bornons-nous au caprice. Ne nous torturons pas des larmes du départ. Adieu ! Mon cœur blessé saigne à sa cicatrice. J'ai tant souffert, vois-tu, pour avoir foi trop tard.
VIEUX BROUILLON DE LETTRE. i29
Adieu ! Pour nous punir de notre fantaisie, L'Amour veille, il nous guette, et le malheur le suit ; Pareil à ce bourreau qu'une reine d'Asie Postait pour égorger ses amants d'une nuit.
Huit jours tu m'appartins, — ô joie, ivresse, gloire î — Avec des soirs d'été pour sublime décor; Et, parmi les amours étoilant ma mémoire, Nos amours sont ainsi que des planètes d'or.
Maispuis-je, pauvre et fier, te garder, toi, trop belle? C'est impossible, hélas ! Épargnons-nous des pleurs. Si nous tardions encor, — la vie est si cruelle ! — Nos soupirs d'aujourd'hui deviendraient des douleurs.
Ayons pitié de nous ! Fuyons-nous, mon amie ! Mais souffre qu'en un rêve où sont mouillés mes yeux Je te revoie encor dans mes bras endormie, Et pose entre tes seins le baiser des adieux !